Forme développée, canonique, factorisée — discriminant — parabole — signe
Un architecte conçoit une arche parabolique de 12 m de large à la base et 8 m de hauteur en son sommet, centré en \(x = 0\).
Les Babyloniens (XVIIIe siècle av. J.-C.) résolvaient déjà des problèmes équivalents à des équations quadratiques sur des tablettes cunéiformes — la tablette YBC 6967 en est un exemple remarquable. Al-Khwarizmi (IXe siècle) résout systématiquement les équations du second degré par « complétion du carré » (al-jabr) avec une démonstration géométrique — l’ancêtre de notre formule discriminant.
Al-Khayyam (XIe siècle) généralise ces méthodes géométriques pour résoudre des équations cubiques, posant les bases de ce qui deviendra l’algèbre symbolique.
Al-Qalaṣādī (1412–1486, Andalousie) est l’un des premiers à utiliser des symboles algébriques pour noter l’inconnue et ses puissances, ouvrant la voie à l’écriture \(ax^2 + bx + c\) que nous utilisons aujourd’hui.
Résoudre \(x^2 - 6x + 5 = 0\) en complétant le carré, sans utiliser la formule du discriminant.
Un trinôme peut s’écrire sous trois formes équivalentes, chacune utile selon le contexte :
| Forme | Expression | Utile pour… |
|---|---|---|
| Développée réduite | \(ax^2 + bx + c\) | Calculer, additionner des polynômes |
| Canonique | \(a(x - \alpha)^2 + \beta\) | Trouver le sommet, étudier les variations |
| Factorisée | \(a(x - x_1)(x - x_2)\) | Trouver les racines, étudier le signe |
Comme \(a \neq 0\), on divise par \(a\) avant de compléter le carré :
$$ax^2 + bx + c = 0 \iff x^2 + \dfrac{b}{a}x + \dfrac{c}{a} = 0 \iff \left(x + \dfrac{b}{2a}\right)^2 = \dfrac{b^2 - 4ac}{4a^2} = \dfrac{\Delta}{4a^2}$$Le dénominateur \(4a^2\) est strictement positif, donc le membre droit a toujours le signe de \(\Delta\).
Cas 1 : Si \(\Delta < 0\), le membre droit est strictement négatif, alors qu’un carré est toujours positif ou nul. Contradiction : pas de solution réelle.
Cas 2 : Si \(\Delta = 0\) :
$$\left(x + \dfrac{b}{2a}\right)^2 = 0 \implies x = -\dfrac{b}{2a}$$Cas 3 : Si \(\Delta > 0\) :
$$x + \dfrac{b}{2a} = \pm\dfrac{\sqrt{\Delta}}{2|a|} = \pm\dfrac{\sqrt{\Delta}}{2a} \quad (\text{au signe près}) \implies x = \dfrac{-b \pm \sqrt{\Delta}}{2a} \qquad \square$$Si \(\Delta > 0\), le trinôme se factorise : \(ax^2 + bx + c = a(x - x_1)(x - x_2)\).
En développant : \(a(x - x_1)(x - x_2) = a\bigl[x^2 - (x_1 + x_2)x + x_1 x_2\bigr] = ax^2 - a(x_1+x_2)x + a\,x_1 x_2\).
Par identification avec \(ax^2 + bx + c\) :
\(b = -a(x_1 + x_2)\) donc \(x_1 + x_2 = -\dfrac{b}{a}\)
\(c = a\,x_1 x_2\) donc \(x_1 \times x_2 = \dfrac{c}{a}\) \(\square\)
La courbe représentative d’un trinôme du second degré est une parabole d’axe de symétrie \(x = \alpha = -\dfrac{b}{2a}\).
La forme canonique donne \(f(x) = a(x - \alpha)^2 + \beta\) avec \(\alpha = -\dfrac{b}{2a}\).
Le carré \((x - \alpha)^2\) est toujours positif ou nul, et vaut 0 quand \(x = \alpha\).
Si \(a > 0\) : \(f(x) = a(x-\alpha)^2 + \beta \geq \beta\) avec égalité en \(x = \alpha\). Donc \(f\) admet un minimum en \(\alpha\). Pour \(x < \alpha\), \((x-\alpha)^2\) décroît, donc \(f\) décroît. Pour \(x > \alpha\), \((x-\alpha)^2\) croît, donc \(f\) croît.
Si \(a < 0\) : même raisonnement avec les inégalités inversées, ce qui donne un maximum en \(\alpha\). \(\square\)
| Discriminant | Signe de \(f(x)\) |
|---|---|
| \(\Delta < 0\) | \(f(x)\) a le signe de \(a\) pour tout \(x \in \mathbb{R}\) |
| \(\Delta = 0\) | \(f(x_0) = 0\) et \(f(x)\) a le signe de \(a\) pour \(x \neq x_0\) |
| \(\Delta > 0\) | \(f(x)\) a le signe opposé à \(a\) entre les racines, le signe de \(a\) à l’extérieur |
Cas \(\Delta < 0\) : le trinôme n’a pas de racine réelle. La forme canonique donne \(f(x) = a\bigl[(x + \frac{b}{2a})^2 - \frac{\Delta}{4a^2}\bigr]\). Comme \(\Delta < 0\), on a \(-\frac{\Delta}{4a^2} > 0\), donc le crochet est toujours strictement positif. Ainsi \(f(x)\) a le signe de \(a\) pour tout \(x\).
Cas \(\Delta = 0\) : \(f(x) = a(x - x_0)^2\) où \(x_0 = -\frac{b}{2a}\). Comme \((x-x_0)^2 \geq 0\) avec égalité uniquement en \(x_0\), \(f(x)\) a le signe de \(a\) pour \(x \neq x_0\).
Cas \(\Delta > 0\) : \(f(x) = a(x - x_1)(x - x_2)\) avec \(x_1 < x_2\). Un tableau de signes du produit \((x-x_1)(x-x_2)\) montre que ce produit est positif à l’extérieur des racines et négatif entre les racines. En multipliant par \(a\), on obtient le résultat annoncé. \(\square\)
| \(x\) | \(-\infty\) | \(1\) | \(\frac{3}{2}\) | \(+\infty\) | |||
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| \(f(x)\) | \(+\) | \(0\) | \(-\) | \(0\) | \(+\) |
Pour résoudre une inéquation du second degré, on étudie le signe du trinôme puis on répond selon la question posée.
| \(x\) | \(-\infty\) | \(1\) | \(\frac{3}{2}\) | \(+\infty\) | |||
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Signe de \(a\) | \(+\) | \(+\) | \(+\) | ||||
| Signe de \(f(x)\) | \(+\) | \(0\) | \(-\) | \(0\) | \(+\) |
1. Équation de la parabole
L’arche est symétrique par rapport à \(x = 0\), de hauteur 8 m en son sommet et de largeur 12 m à la base. On cherche \(f(x) = ax^2 + b\) avec :
$$\boxed{f(x) = -\dfrac{2}{9}\,x^2 + 8}$$
2. Le camion peut-il passer ?
Le camion mesure 4 m de large : il occupe \(-2 \leqslant x \leqslant 2\). La hauteur de l’arche au bord du camion est :
\(f(2) = -\dfrac{2}{9} \times 4 + 8 = -\dfrac{8}{9} + 8 = \dfrac{64}{9} \approx 7{,}11\) m
Comme \(7{,}11 > 5\), le camion de 5 m de haut passe largement. Oui, le camion peut passer sous l’arche.
\(x^2 - 6x + 5 = (x-3)^2 - 9 + 5 = (x-3)^2 - 4 = 0\). Donc \((x-3)^2 = 4\), soit \(x-3 = \pm 2\), d’où \(x = 5\) ou \(x = 1\). Géométriquement : on transforme le carré imparfait \(x^2 - 6x\) en un carré parfait en ajoutant le « coin manquant » \(9 = 3^2\).
| Notion | Définition / Formule | Piège à éviter |
|---|---|---|
| Forme canonique | \(a(x-\alpha)^2 + \beta\) avec \(\alpha = -\dfrac{b}{2a}\) | Le signe dans \((x - \alpha)\) : l’extremum est en \(+\alpha\), pas \(-\alpha\) |
| Discriminant | \(\Delta = b^2 - 4ac\) | Ne pas oublier le \(4\) devant \(ac\) |
| Racines si \(\Delta > 0\) | \(x_{1,2} = \dfrac{-b \pm \sqrt{\Delta}}{2a}\) | C’est \(-b\), pas \(b\) au numérateur |
| Racine double si \(\Delta = 0\) | \(x_0 = -\dfrac{b}{2a}\) | Il y a bien une racine (double), pas zéro racine |
| Somme et produit | \(x_1 + x_2 = -\dfrac{b}{a}\), \(\quad x_1 x_2 = \dfrac{c}{a}\) | Le signe moins pour la somme, pas pour le produit |
| Signe du trinôme | Même signe que \(a\) à l’extérieur des racines | Entre les racines, le signe est opposé à \(a\) |
| Factorisation | \(a(x-x_1)(x-x_2)\) si \(\Delta \geq 0\) | Ne pas oublier le coefficient \(a\) devant |
Second degré : teste d’abord ton intuition, puis lis l’explication.
« Si \(\Delta > 0\), les racines sont \(\dfrac{b \pm \sqrt{\Delta}}{2a}\). »
Cette formule est-elle correcte ?
Les racines sont \(\dfrac{\mathbf{-}b \pm \sqrt{\Delta}}{2a}\) — le \(b\) est changé de signe.
Mémo : l’abscisse du sommet est \(\alpha = -\dfrac{b}{2a}\). Les racines sont \(\alpha \pm \dfrac{\sqrt{\Delta}}{2a}\).
Mini-test : pour \(f(x) = x^2 - 4x + 3\), quelles sont les racines ?
🔗 Travaillé dans les exercices sur le discriminant
« \(f(x) = (x-3)^2 + 1\) a son minimum en \(x = -3\). »
Cette affirmation est-elle correcte ?
Le minimum est en \(x = \mathbf{3}\), pas \(-3\). L’expression \((x - 3)^2\) vaut 0 quand \(x = 3\).
La forme \(a(x-\alpha)^2 + \beta\) : l’extremum est en \(x = \alpha\) (avec le signe qu’on lit dans la parenthèse, opposé au signe affiché). La valeur de l’extremum est \(\beta = -\dfrac{\Delta}{4a}\).
Mini-test : \(g(x) = (x+2)^2 - 5\) a son minimum en :
🔗 Travaillé dans les exercices sur la forme canonique
« Si \(\Delta < 0\), le trinôme \(ax^2+bx+c\) est toujours négatif. »
Cette affirmation est-elle vraie ?
Si \(\Delta < 0\), le trinôme a le signe de \(a\), pas forcément le signe négatif.
Mini-test : \(f(x) = 2x^2 + x + 1\). \(\Delta = 1 - 8 = -7 < 0\). \(f(x)\) est :
🔗 Travaillé dans les exercices sur le signe du trinôme
« Entre les deux racines, le trinôme a le signe de \(a\). »
Cette affirmation est-elle vraie ?
C’est l’inverse ! Entre les deux racines, le trinôme a le signe opposé à \(a\). C’est à l’extérieur des racines qu’il a le signe de \(a\).
Exemple : \(f(x) = x^2 - 1\) (\(a = 1 > 0\)). Entre les racines \(-1\) et \(1\) : \(f(0) = -1 < 0\) (signe opposé à \(a\)).
Mini-test : \(f(x) = x^2 - 4\) (\(a = 1 > 0\)). Le signe de \(f\) sur \(]-2, 2[\) est :
🔗 Travaillé dans les exercices sur les tableaux de signes
« Pour résoudre \(x^2 = 3x\), on divise par \(x\) et on obtient \(x = 3\). »
Cette méthode est-elle correcte ?
En divisant par \(x\), on perd la solution \(x = 0\) (on ne peut pas diviser par 0).
La bonne méthode : factoriser.
\(x^2 = 3x \iff x^2 - 3x = 0 \iff x(x - 3) = 0\)
Produit nul : \(x = 0\) ou \(x = 3\). Il y a deux solutions.
Mini-test : résoudre \(2x^2 = 5x\). Les solutions sont :
🔗 Voir aussi le chapitre Équations (Seconde)
« Si \(a > 0\) et \(\Delta < 0\), alors \(f(x) > 0\) pour tout réel \(x\). »
Cette affirmation est-elle vraie ?
C’est vrai ! Si \(\Delta < 0\), le trinôme n’a pas de racine réelle : il ne change jamais de signe. Comme \(a > 0\), la parabole « sourit » et reste au-dessus de l’axe des abscisses.
Exemple : \(f(x) = x^2 + 1\). \(\Delta = -4 < 0\) et \(a = 1 > 0\), donc \(f(x) > 0\) pour tout \(x\).
⚠️ Le piège 3 montre que si on oublie de vérifier le signe de \(a\), on peut conclure à tort que \(\Delta < 0\) implique « toujours négatif ».
Mini-test : \(g(x) = -x^2 - x - 1\). \(a = -1 < 0\), \(\Delta = 1 - 4 = -3 < 0\). \(g(x)\) est :
🔗 Travaillé dans les exercices sur le signe du trinôme