Math@mine / Première / Ch3

Chapitre 3 — Suites numériques

📋 Prérequis & 🎯 Objectifs du chapitre déplier
📋 Prérequis
  • Seconde — fonctions, lectures graphiques, notion de limite intuitive
  • Ch. 1 — programmation Python pour simuler une suite
🎯 Objectifs — à la fin du chapitre, je saurai…
  • Distinguer et reconnaître suite arithmétique et suite géométrique
  • Calculer le terme général \(u_n\) et la somme des premiers termes
  • Démontrer par récurrence (initiation) la monotonie d'une suite
  • Conjecturer une limite à partir d'un calcul numérique
Première spécialité — Chapitre 3

Suites numériques

Définitions, sens de variation, suites arithmétiques et géométriques, récurrence et limites

Sommaire
1. Définitions et vocabulaire 2. Modes de génération d’une suite 3. Sens de variation 4. Raisonnement par récurrence 5. Suites arithmétiques 6. Suites géométriques 7. Suites arithmético-géométriques 8. Sensibilisation à la limite 9. Algorithme de seuil

Intérêts composés et doublement du capital

Un capital de 1 000 euros est placé à 3 % d’intérêts annuels composés. Chaque année, les intérêts s’ajoutent au capital et produisent eux-mêmes des intérêts.

Quelle somme aura-t-on après 10 ans ? Après combien d’années le capital aura-t-il doublé ? Quelle suite modélise ce placement ?

→ Solution complète en fin de chapitre

Des lapins de Fibonacci aux épidémies

Al-Karaji (Xe–XIe siècle, Bagdad) pose les bases du raisonnement par récurrence. Fibonacci (1170–1250), formé à Béjaïa en Algérie, introduit les chiffres arabes en Europe et présente dans son Liber Abaci (1202) la suite qui porte son nom — via un problème de reproduction de lapins. C’est déjà une suite récurrente : chaque terme dépend des deux précédents.

Des siècles plus tard, ce même principe — l’état de demain dépend de l’état d’aujourd’hui — a permis de modéliser des épidémies. En 1763, des soldats britanniques donnent délibérément des couvertures contaminées par la variole à des Amérindiens. Une seule personne infectée au départ. Neuf jours plus tard : 900 malades sur 1 000. Les suites récurrentes expliquent pourquoi une étincelle peut tout embraser.

📖 En savoir plus — le modèle SIR et le Fort Pitt →

📜 Lire l’article — Al-Karaji et Fibonacci : la Suite du Monde →

La suite de Fibonacci et le nombre d’or

La suite de Fibonacci est définie par \(u_1 = 1\), \(u_2 = 1\) et \(u_{n+2} = u_{n+1} + u_n\).

(Ici l’indice démarre à 1. Certains auteurs partent de \(u_0 = 0, u_1 = 1\). L’indice de départ peut varier selon les contextes.)

Calculer les 8 premiers termes et les rapports \(\frac{u_{n+1}}{u_n}\). Vers quelle valeur ces rapports semblent-ils converger ? Vérifier que \(\varphi = \frac{1+\sqrt{5}}{2} \approx 1{,}618\).

→ Solution complète en fin de chapitre

1. Définitions et vocabulaire

Définition — Suite numérique

Une suite numérique est une fonction définie sur \(\mathbb{N}\) (ou sur un sous-ensemble de \(\mathbb{N}\)) à valeurs dans \(\mathbb{R}\).

On note généralement une suite \((u_n)_{n \in \mathbb{N}}\) ou simplement \((u_n)\).

Le réel \(u_n\) est le terme général de la suite, ou le terme de rang \(n\) (ou d'indice \(n\)).

Notations
  • \(u_0\) est le premier terme (terme initial) si la suite est définie à partir de \(n = 0\)
  • \(u_1\) est le premier terme si la suite est définie à partir de \(n = 1\)
  • \(u_n\) désigne à la fois un terme particulier et la suite entière selon le contexte
Exemples

\(u_n = 2n + 1\) : on obtient \(u_0 = 1, u_1 = 3, u_2 = 5, u_3 = 7, \ldots\)

\(v_n = n^2\) : on obtient \(v_0 = 0, v_1 = 1, v_2 = 4, v_3 = 9, \ldots\)

\(w_n = (-1)^n\) : on obtient \(w_0 = 1, w_1 = -1, w_2 = 1, w_3 = -1, \ldots\)

2. Modes de génération d’une suite

1. Formule explicite

Définition

Une suite est définie par formule explicite lorsqu’on peut exprimer directement \(u_n\) en fonction de \(n\) :

\[u_n = f(n)\]

On peut calculer directement n’importe quel terme sans connaître les termes précédents.

Exemples

\(u_n = 3n - 2\) → \(u_{100} = 3 \times 100 - 2 = 298\) (calcul direct)

\(u_n = 2^n\) → \(u_{10} = 2^{10} = 1024\)

\(u_n = \dfrac{n}{n+1}\) → \(u_{99} = \dfrac{99}{100}\)

2. Relation de récurrence

Définition

Une suite est définie par récurrence (ou par une relation de récurrence) lorsqu’on connaît le premier terme et une relation permettant de calculer chaque terme à partir du précédent :

\[u_0 = a \quad \text{et} \quad u_{n+1} = f(u_n)\]

Exemples

\(u_0 = 1\) et \(u_{n+1} = 2u_n\) : on obtient \(1, 2, 4, 8, 16, \ldots\)

\(u_0 = 0\) et \(u_{n+1} = u_n + 3\) : on obtient \(0, 3, 6, 9, 12, \ldots\)

\(u_1 = 1\) et \(u_{n+1} = \dfrac{u_n + 2}{u_n + 1}\) : suite définie par récurrence non linéaire

3. Motifs géométriques et combinatoires

Exemple — Suite de nombres triangulaires

Le \(n\)-ième nombre triangulaire est le nombre de points dans un triangle équilatéral de côté \(n\) :

\[T_n = 1 + 2 + 3 + \cdots + n = \frac{n(n+1)}{2}\]

On obtient : \(T_1 = 1, T_2 = 3, T_3 = 6, T_4 = 10, T_5 = 15, \ldots\)

On peut aussi définir \(T_n\) par récurrence : \(T_1 = 1\) et \(T_{n+1} = T_n + (n+1)\).

Passage d’un mode à l’autre

Une même suite peut être définie de plusieurs façons. Par exemple la suite \(u_n = 3n\) peut s’écrire :

  • Formule explicite : \(u_n = 3n\)
  • Récurrence : \(u_0 = 0\) et \(u_{n+1} = u_n + 3\)

Passer d’une définition par récurrence à une formule explicite est souvent un objectif important.

3. Sens de variation

Définitions

Une suite \((u_n)\) est :

  • Croissante si pour tout \(n\) : \(u_{n+1} \geq u_n\)
  • Strictement croissante si pour tout \(n\) : \(u_{n+1} > u_n\)
  • Décroissante si pour tout \(n\) : \(u_{n+1} \leq u_n\)
  • Strictement décroissante si pour tout \(n\) : \(u_{n+1} < u_n\)
  • Constante si pour tout \(n\) : \(u_{n+1} = u_n\)
Méthodes pour étudier le sens de variation

Méthode 1 — Signe de \(u_{n+1} - u_n\)

  • Si \(u_{n+1} - u_n > 0\) pour tout \(n\) → suite strictement croissante
  • Si \(u_{n+1} - u_n < 0\) pour tout \(n\) → suite strictement décroissante

Méthode 2 — Rapport \(\dfrac{u_{n+1}}{u_n}\) (utilisable uniquement si \(u_n > 0\) pour tout \(n\))

  • Si \(u_n > 0\) pour tout \(n\) et \(\dfrac{u_{n+1}}{u_n} > 1\) → suite strictement croissante
  • Si \(u_n > 0\) pour tout \(n\) et \(\dfrac{u_{n+1}}{u_n} < 1\) → suite strictement décroissante
Attention

Si les termes \(u_n\) peuvent être négatifs ou nuls, la méthode du rapport n’est pas valide : préférer la méthode 1 (signe de \(u_{n+1} - u_n\)).

Méthode 3 — Fonction associée

Si \(u_n = f(n)\), étudier les variations de \(f\) sur \([0, +\infty[\).

Quelle méthode choisir ?
SituationMéthode recommandée
Suite quelconqueMéthode 1 — Signe de \(u_{n+1} - u_n\)
Suite à termes strictement positifsMéthode 2 — Rapport \(\frac{u_{n+1}}{u_n}\) comparé à 1
\(u_n = f(n)\) avec \(f\) dérivableMéthode 3 — Variations de \(f\)
Suite arithmétiqueSigne de la raison \(r\)
Suite géométriqueSigne de \(u_0\) + comparaison de \(q\) à 1

🧰 Fiche méthode détaillée →

Exemple

Étudier le sens de variation de \(u_n = n^2 - 3n\).



\(u_{n+1} - u_n = (n+1)^2 - 3(n+1) - (n^2 - 3n) = n^2 + 2n + 1 - 3n - 3 - n^2 + 3n = 2n - 2\)

On étudie le signe de \(2n - 2\) :

  • Pour \(n = 0\) : \(u_1 - u_0 = -2 < 0\), donc \(u_1 < u_0\).
  • Pour \(n \geq 1\) : \(2n - 2 \geq 0\), donc \(u_{n+1} \geq u_n\). La suite est croissante à partir du rang 1.

Ainsi, \((u_n)\) n’est pas monotone sur \(\mathbb{N}\) tout entier : elle décroît de \(n=0\) à \(n=1\), puis croît à partir de \(n=1\).

4. Raisonnement par récurrence

Principe — Démontrer par récurrence

Soit \(P(n)\) une propriété dépendant d'un entier naturel \(n \geq n_0\). Pour démontrer que \(P(n)\) est vraie pour tout \(n \geq n_0\), il suffit de :

  1. Initialisation : prouver que \(P(n_0)\) est vraie.
  2. Hérédité : prouver que pour tout \(n \geq n_0\), si \(P(n)\) est vraie, alors \(P(n+1)\) l'est aussi.

Conclusion : si l'initialisation et l'hérédité sont vérifiées, alors \(P(n)\) est vraie pour tout \(n \geq n_0\).

💡 Image mentale — l'effet domino

Imaginons une rangée infinie de dominos. Si on prouve (1) que le premier tombe, et (2) que chaque domino fait tomber le suivant, alors tous les dominos tombent. La récurrence formalise cette intuition.

Exemple 1 — Somme des entiers de 1 à n

Démontrer que pour tout \(n \geq 1\), \(\;P(n) : \displaystyle\sum_{k=1}^{n} k = \dfrac{n(n+1)}{2}\).

Initialisation (\(n=1\)) : \(\sum_{k=1}^{1} k = 1\) et \(\dfrac{1 \times 2}{2} = 1\). ✓

Hérédité : supposons \(P(n)\) vraie pour un certain \(n \geq 1\), c'est-à-dire \(\sum_{k=1}^{n} k = \dfrac{n(n+1)}{2}\). Alors :

\(\displaystyle\sum_{k=1}^{n+1} k = \sum_{k=1}^{n} k + (n+1) = \dfrac{n(n+1)}{2} + (n+1) = \dfrac{n(n+1) + 2(n+1)}{2} = \dfrac{(n+1)(n+2)}{2}.\)

C'est \(P(n+1)\). Conclusion : par récurrence, \(P(n)\) est vraie pour tout \(n \geq 1\). \(\square\)

Exemple 2 — Inégalité de Bernoulli

Démontrer que pour tout \(n \in \mathbb{N}\) et tout réel \(a \geq 0\), \(\;(1+a)^n \geq 1 + na\).

Initialisation (\(n=0\)) : \((1+a)^0 = 1\) et \(1 + 0 \times a = 1\). ✓

Hérédité : supposons \((1+a)^n \geq 1 + na\). Alors, comme \(1 + a \geq 0\) :

\((1+a)^{n+1} = (1+a)^n (1+a) \geq (1+na)(1+a) = 1 + (n+1)a + na^2 \geq 1 + (n+1)a.\)

(la dernière inégalité utilise \(na^2 \geq 0\)). Donc \(P(n+1)\) est vraie. \(\square\)

Exemple 3 — Monotonie d'une suite récurrente

Soit \((u_n)\) définie par \(u_0 = 1\) et \(u_{n+1} = \sqrt{u_n + 2}\). Démontrer que \((u_n)\) est croissante.

Initialisation : \(u_0 = 1\), \(u_1 = \sqrt{3} \approx 1{,}73\). On a \(u_1 \geq u_0\). ✓

Hérédité : supposons \(u_{n+1} \geq u_n\). Alors \(u_{n+1} + 2 \geq u_n + 2\), et comme la racine carrée est croissante sur \([0, +\infty[\), \(\sqrt{u_{n+1} + 2} \geq \sqrt{u_n + 2}\), soit \(u_{n+2} \geq u_{n+1}\). Donc \((u_n)\) est croissante. \(\square\)

⚠️ Pièges classiques
  • Oublier l'initialisation : l'hérédité seule ne prouve rien (les dominos doivent être déclenchés).
  • Confondre l'hypothèse de récurrence et la conclusion : dans l'hérédité, on suppose \(P(n)\) et on prouve \(P(n+1)\). Pas l'inverse.
  • Quantifier l'hypothèse incorrectement : on suppose \(P(n)\) pour un entier \(n\) (pas pour tous les entiers).

5. Suites arithmétiques

Définition

Une suite \((u_n)\) est arithmétique de raison \(r\) si pour tout entier \(n\) :

\[u_{n+1} = u_n + r\]

Autrement dit, chaque terme s’obtient en ajoutant une constante \(r\) au terme précédent.

Propriétés fondamentales

Terme général : Si \((u_n)\) est arithmétique de premier terme \(u_0\) et de raison \(r\) :

\[u_n = u_0 + nr\]

Plus généralement : \(u_n = u_p + (n-p)r\) pour tous entiers \(n, p\).

Sens de variation :

  • Si \(r > 0\) → suite strictement croissante
  • Si \(r < 0\) → suite strictement décroissante
  • Si \(r = 0\) → suite constante

Somme des termes :

\[u_0 + u_1 + \cdots + u_n = (n+1) \times \frac{u_0 + u_n}{2}\]

Autrement dit : somme = nombre de termes × moyenne du premier et du dernier terme.

Attention : de \(u_0\) à \(u_n\), il y a \(n+1\) termes (pas \(n\)), car on commence à l’indice 0.

Démonstration — Terme général

Par récurrence : \(u_1 = u_0 + r\), \(u_2 = u_1 + r = u_0 + 2r\), …, \(u_n = u_0 + nr\). ✓

Plus rigoureusement : \(u_n = u_0 + \underbrace{r + r + \cdots + r}_{n \text{ fois}} = u_0 + nr\). ✓

Exemples

Ex 1. Suite arithmétique de premier terme \(u_0 = 3\) et de raison \(r = 5\) :

\(u_n = 3 + 5n\). Donc \(u_{10} = 3 + 50 = 53\).

Ex 2. Somme \(1 + 2 + 3 + \cdots + 100\) :

C’est une suite arithmétique de premier terme 1, raison 1, dernier terme 100. Il y a 100 termes (de \(u_1 = 1\) a \(u_{100} = 100\) : le nombre de termes est \(100 - 1 + 1 = 100\)).

\(S = \text{nombre de termes} \times \dfrac{\text{premier} + \text{dernier}}{2} = 100 \times \dfrac{1 + 100}{2} = 5050\)

Application — Évolution linéaire

Un salarié gagne 2 000 € le premier mois et reçoit une augmentation fixe de 50 € par mois.

Son salaire au mois \(n\) est : \(u_n = 2000 + 50n\) — c’est une suite arithmétique de raison 50.

Au bout de 3 ans (36 mois) : \(u_{36} = 2000 + 50 \times 36 = 3800\) €.

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6. Suites géométriques

Définition

Une suite \((u_n)\) est géométrique de raison \(q\) si pour tout entier \(n\) :

\[u_{n+1} = q \times u_n \quad (u_n \neq 0)\]

Autrement dit, chaque terme s’obtient en multipliant le précédent par une constante \(q\).

Propriétés fondamentales

Terme général : Si \((u_n)\) est géométrique de premier terme \(u_0 \neq 0\) et de raison \(q\) :

\[u_n = u_0 \times q^n\]

Plus généralement : \(u_n = u_p \times q^{n-p}\).

Sens de variation :

\(u_0 > 0\)\(u_0 < 0\)
\(q > 1\)Strictement croissanteStrictement décroissante
\(0 < q < 1\)Strictement décroissanteStrictement croissante
\(q = 1\)Constante
\(q = 0\)\(u_n = 0\) pour \(n \geq 1\) (constante à partir du rang 1)
\(q < 0\)Alternée (ni croissante ni décroissante)

Somme des termes (si \(q \neq 1\)) :

\[u_0 + u_1 + \cdots + u_n = u_0 \times \frac{1 - q^{n+1}}{1 - q}\]

En particulier : \(1 + q + q^2 + \cdots + q^n = \dfrac{1 - q^{n+1}}{1 - q}\)

Démonstration — Somme géométrique

Posons \(S = 1 + q + q^2 + \cdots + q^n\). Alors :

\(qS = q + q^2 + \cdots + q^n + q^{n+1}\)

\(S - qS = 1 - q^{n+1}\) donc \(S(1-q) = 1 - q^{n+1}\)

Si \(q \neq 1\) : \(S = \dfrac{1 - q^{n+1}}{1 - q}\). ✓

Exemples

Ex 1. Suite géométrique de premier terme \(u_0 = 2\) et de raison \(q = 3\) :

\(u_n = 2 \times 3^n\). Donc \(u_5 = 2 \times 243 = 486\).

Ex 2. Somme \(1 + 2 + 4 + 8 + \cdots + 2^{10}\) :

\(S = \dfrac{1 - 2^{11}}{1 - 2} = \dfrac{1 - 2048}{-1} = 2047\)

Application — Capital et intérêts

Un capital de 1 000 € est placé à un taux annuel de 3 %.

Après \(n\) années : \(C_n = 1000 \times 1{,}03^n\) — c’est une suite géométrique de raison \(q = 1{,}03\).

Après 10 ans : \(C_{10} = 1000 \times 1{,}03^{10} \approx 1344\) €.

Une évolution à taux fixe est toujours modélisée par une suite géométrique.

Application — Décroissance radioactive

Une substance radioactive perd 10 % de sa masse par an. Si la masse initiale est \(m_0\) :

\(m_n = m_0 \times 0{,}9^n\) — suite géométrique de raison \(q = 0{,}9 < 1\) → décroissante.

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⚠ Hors programme officiel BO Première Spécialité. Les suites arithmético-géométriques ne sont pas exigibles en Première — elles sont étudiées en Terminale. Cette section est proposée en approfondissement pour les élèves qui veulent prendre de l’avance.

7. Suites arithmético-géométriques (complément)

Définition

Une suite \((u_n)\) est arithmético-géométrique si elle vérifie une relation de la forme :

\[u_{n+1} = au_n + b \quad \text{avec } a \neq 0, a \neq 1, b \neq 0\]

Méthode — Résolution par suite auxiliaire

Pour trouver la formule explicite de \(u_{n+1} = au_n + b\) :

  1. Chercher la valeur fixe \(\ell\) telle que \(\ell = a\ell + b\), soit \(\ell = \dfrac{b}{1-a}\)
  2. Poser \(v_n = u_n - \ell\)
  3. Montrer que \((v_n)\) est géométrique de raison \(a\) : \(v_{n+1} = av_n\)
  4. En déduire \(v_n = v_0 \times a^n\) puis \(u_n = \ell + (u_0 - \ell) \times a^n\)
Exemple

Soit \(u_0 = 2\) et \(u_{n+1} = 2u_n + 3\).



Étape 1 : \(\ell = 2\ell + 3 \Rightarrow \ell - 2\ell = 3 \Rightarrow -\ell = 3 \Rightarrow \ell = -3\)

Étape 2 : \(v_n = u_n + 3\)

Étape 3 : \(v_{n+1} = u_{n+1} + 3 = 2u_n + 3 + 3 = 2(u_n + 3) = 2v_n\)

Donc \((v_n)\) est géométrique de raison 2.

Étape 4 : \(v_0 = u_0 + 3 = 5\), donc \(v_n = 5 \times 2^n\)

Ainsi : \(u_n = v_n - 3 = 5 \times 2^n - 3\)

Vérification : \(u_0 = 5 \times 1 - 3 = 2\) ✓ et \(u_1 = 2 \times 2 + 3 = 7 = 5 \times 2 - 3\) ✓

Application — Modèle de population

Une population de bactéries double chaque heure mais 100 bactéries meurent à chaque cycle.

\(u_{n+1} = 2u_n - 100\) — suite arithmético-géométrique avec \(a = 2, b = -100\).

Point fixe : \(\ell = 2\ell - 100 \Rightarrow \ell - 2\ell = -100 \Rightarrow \ell = 100\). Donc \(u_n = 100 + (u_0 - 100) \times 2^n\).

8. Sensibilisation à la limite

Intuition — Comportement à l’infini

Sur des exemples, on peut observer le comportement d’une suite quand \(n\) devient très grand :

  • \(u_n = \dfrac{1}{n}\) : les termes se rapprochent de 0. On dit que la suite « tend vers 0 ».
  • \(u_n = n^2\) : les termes deviennent arbitrairement grands. La suite « tend vers \(+\infty\) ».
  • \(u_n = (-1)^n\) : les termes alternent entre -1 et 1. La suite n’a pas de limite.
  • \(u_n = 0{,}9^n\) : les termes se rapprochent de 0 (suite géométrique de raison \(|q| < 1\)).
  • \(u_n = 1{,}01^n\) : les termes deviennent arbitrairement grands (raison \(q > 1\)).

Toute formalisation de la notion de limite est hors programme en Première.

Résultats admis sur les suites géométriques
  • Si \(|q| < 1\) : \(q^n \to 0\) quand \(n \to +\infty\)
  • Si \(q > 1\) : \(q^n \to +\infty\) quand \(n \to +\infty\)
  • Si \(q = 1\) : \(q^n = 1\) pour tout \(n\)
  • Si \(q \leq -1\) : la suite \((q^n)\) n’a pas de limite
Résultat admis -- justification intuitive

Ces résultats sont admis en Première. Voici une justification intuitive :

Si \(|q| < 1\) : multiplier par un nombre de valeur absolue strictement inférieure à 1 fait diminuer la valeur absolue à chaque étape. Par exemple, \(0{,}5^n\) donne \(1,\ 0{,}5,\ 0{,}25,\ 0{,}125,\ldots\) qui se rapproche de 0.

Si \(q > 1\) : multiplier par un nombre strictement supérieur à 1 fait augmenter sans borne. Par exemple, \(2^n\) donne \(1, 2, 4, 8, 16,\ldots\) qui tend vers \(+\infty\).

Si \(q = 1\) : \(1^n = 1\) pour tout \(n\), évidemment.

Si \(q \leq -1\) : le signe alterne à chaque étape et la valeur absolue ne diminue pas, donc la suite ne peut pas converger.

9. Algorithme de seuil

Définition

Un algorithme de seuil permet de trouver le plus petit entier \(n\) à partir duquel les termes d’une suite vérifient une certaine condition (dépasser un seuil, rester en dessous d’un seuil, etc.).

Méthode — Algorithme de seuil

Cas 1 : trouver le plus petit \(n\) tel que \(u_n > S\) (dépasser un seuil) :

  1. Initialiser : \(n \leftarrow 0\), calculer \(u_0\)
  2. Tant que \(u_n \leq S\) : incrémenter \(n\), calculer \(u_n\)
  3. Retourner \(n\)

Cas 2 : trouver le plus petit \(n\) tel que \(u_n < S\) (passer sous un seuil) :

  1. Initialiser : \(n \leftarrow 0\), calculer \(u_0\)
  2. Tant que \(u_n \geq S\) : incrémenter \(n\), calculer \(u_n\)
  3. Retourner \(n\)

La condition du « Tant que » est toujours l’opposée de ce qu’on cherche.

Exemple

A partir de quel rang \(n\) a-t-on \(0{,}9^n < 0{,}01\) ?



On teste \(n = 0, 1, 2, \ldots\) pas a pas. Le tableau ci-dessous montre quelques étapes clés :

\(n\)\(0{,}9^n\)Condition \(< 0{,}01\)
400,01478Non
430,01075Non
440,00967Oui ✓

Le plus petit rang est \(n = 44\). On vérifie aussi par le calcul : \(0{,}9^{44} \approx 0{,}0097 < 0{,}01\).

Solution du problème d’ouverture — Intérêts composés et doublement du capital

On modélise le capital par une suite géométrique \((u_n)\) de premier terme \(u_0 = 1000\) et de raison \(q = 1{,}03\) :

$$u_n = 1000 \times 1{,}03^n$$

1. Capital après 10 ans

\(u_{10} = 1000 \times 1{,}03^{10} \approx 1000 \times 1{,}3439 \approx \mathbf{1\,343{,}92}\) euros.

2. Doublement du capital

On cherche le plus petit entier \(n\) tel que \(u_n \geqslant 2000\), c’est-à-dire \(1{,}03^n \geqslant 2\).

Par calculs successifs : \(1{,}03^{23} \approx 1{,}974 < 2\) et \(1{,}03^{24} \approx 2{,}033 \geqslant 2\).

Il faut attendre 24 ans pour que le capital ait doublé.

3. Modélisation

C’est une suite géométrique de raison \(q = 1{,}03 > 1\) : chaque année, le capital est multiplié par 1,03. La relation de récurrence est \(u_{n+1} = 1{,}03 \times u_n\). La suite est strictement croissante et tend vers \(+\infty\).

Solution de l’énigme — La suite de Fibonacci et le nombre d’or

Termes : 1, 1, 2, 3, 5, 8, 13, 21. Rapports : 1, 2, 1.5, 1.667, 1.6, 1.625, 1.615, 1.619… Ils convergent vers le nombre d’or \(\varphi = \frac{1+\sqrt{5}}{2} \approx 1{,}618\). Si le rapport converge vers \(L\), alors \(L = 1 + \frac{1}{L}\), soit \(L^2 = L + 1\), équation dont la solution positive est précisément \(\varphi\).

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Suites : termes, nature, variationIdentifier la nature, calculer des termes, déterminer le sens de variation
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Calculs avec les suitesPourcentages, coefficients multiplicateurs, puissances
➡️ Pour la suite
Ch. 4 — Dérivation — Tu vas aborder l'un des outils majeurs de l'analyse : le calcul différentiel, qui mesure la vitesse de variation d'une fonction.

📐 Applets GeoGebra — suites numériques et récurrence

🎯 Applet interactif — Construction des 4 premiers termes d'une suite récurrente

Manipule \(u_0\) et observe la construction en escalier ou en spirale. Cœur de la notion \(u_{n+1} = f(u_n)\). · ↗ Ouvrir en plein écran

Pour approfondir, d'autres applets s'ouvrent en plein écran dans un nouvel onglet :

📐Construction 4 premiers termes (variante)Ouvrir ↗ 📐Suites de Feigenbaum et suites récurrentesOuvrir ↗ 📐Chaîne-produit (4 premiers termes d'une suite récurrente)Ouvrir ↗

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