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Chapitre 4 — Équations polynomiales dans ℂ

📋 Prérequis & 🎯 Objectifs du chapitre déplier
📋 Prérequis
  • Ch. 1 — forme algébrique
  • Tle Spé — polynômes, second degré, racines
🎯 Objectifs — à la fin du chapitre, je saurai…
  • Résoudre dans \(\mathbb{C}\) une équation du second degré à coefficients réels ou complexes
  • Factoriser un polynôme à coefficients complexes
  • Connaître le théorème fondamental de l’algèbre (admis)
  • Utiliser les relations coefficients / racines (Viète)

Maths Expertes · Math@mine

Analyser le bénéfice d’une entreprise

Une entreprise modélise son bénéfice par \(P(x) = x^3 - 6x^2 + 9x - 4\) (en milliers d’euros, \(x\) en centaines d’unités produites).

Pour quelles valeurs de \(x\) l’entreprise est-elle bénéficiaire (\(P(x) > 0\)) ? Trouver d’abord les racines réelles de \(P\).

D’Al-Khayyam à Galois

Al-Khayyam (XIe siècle, Perse) résout les 13 types d’équations cubiques par intersection de coniques — une méthode géométrique qui évite les expressions imaginaires. Il pressent l’impossibilité d’obtenir des solutions « numériques » exactes pour certains cas.

Évariste Galois (XIXe siècle) prouve l’impossibilité de résoudre par radicaux les équations de degré cinq et plus — en inventant pour cela la théorie des groupes. Il mourra en duel à 21 ans, après avoir rédigé à la hâte ses découvertes la veille.

📜 Cardano et Bombelli : oser l’imaginaire → 📜 Galois et Noether : la symétrie cachée →

Diviseurs d’une racine rationnelle

Soit \(P(x) = x^3 - 6x^2 + 11x - 6\) à coefficients entiers. Si \(r\) est une racine rationnelle entière de \(P\), alors \(r\) divise le terme constant \(-6\).

Lister les diviseurs de 6. Tester les candidats entiers et trouver les trois racines de \(P\). Factoriser complètement \(P(x)\).

→ Solution complète en fin de chapitre

Sommaire
4.1.  Racines carrées d’un nombre complexe 4.2.  Équation du second degré dans C 4.3.  Théorème fondamental de l’algèbre 4.4.  Racines n-ièmes de l’unité 4.5.  Activités Python 📋 Bilan ⚠️ Pièges

4.1.  Racines carrées d’un nombre complexe

Pour résoudre \(z^2 = \alpha\) avec \(\alpha \in \mathbb{C}\), on cherche les complexes \(z = x + iy\) tels que \((x+iy)^2 = \alpha\).

Méthode — Racine carrée d’un complexe \(\alpha = a + bi\)

On pose \(z = x + iy\) (avec \(x, y \in \mathbb{R}\)) et on développe \(z^2 = \alpha\) :

\[(x+iy)^2 = x^2 - y^2 + 2xyi = a + bi\]

En identifiant parties réelle et imaginaire, on obtient le système :

  • \(x^2 - y^2 = a\)
  • \(2xy = b\)
  • (condition supplémentaire utile) \(x^2 + y^2 = |z|^2 = |\alpha| = \sqrt{a^2+b^2}\)

En additionnant et soustrayant les deux premières lignes avec la troisième :

\[x^2 = \frac{|\alpha|+a}{2} \qquad y^2 = \frac{|\alpha|-a}{2}\]

Le signe de \(y\) est déterminé par la condition \(2xy = b\).

Exemple — Racines carrées de \(3 + 4i\)

\(|\alpha| = \sqrt{9+16} = 5\). Donc \(x^2 = \frac{5+3}{2} = 4\) et \(y^2 = \frac{5-3}{2} = 1\).

Ainsi \(x = \pm 2\) et \(y = \pm 1\). La condition \(2xy = 4 > 0\) impose \(x\) et \(y\) de même signe.

Les deux racines carrées de \(3+4i\) sont \(\mathbf{2+i}\) et \(\mathbf{-2-i}\).

Vérification : \((2+i)^2 = 4 + 4i + i^2 = 3 + 4i\). ✓

Exemple — Racines carrées de \(-i\)

\(|-i| = 1\), \(a = 0\), \(b = -1\). Donc \(x^2 = \frac{1}{2}\) et \(y^2 = \frac{1}{2}\).

La condition \(2xy = -1 < 0\) impose des signes opposés : \(z = \dfrac{\sqrt{2}}{2} - \dfrac{\sqrt{2}}{2}i\) ou \(z = -\dfrac{\sqrt{2}}{2} + \dfrac{\sqrt{2}}{2}i\).

Forme trigonométrique — méthode alternative

Si \(\alpha = r e^{i\theta}\), alors les deux racines carrées sont \(\sqrt{r}\,e^{i\theta/2}\) et \(\sqrt{r}\,e^{i(\theta/2+\pi)}\). C’est souvent plus rapide pour les complexes donnés en forme trigonométrique.

✅ Vérifie que tu as compris
Racines carrées complexesCalcul de √(a+ib)
aléatoire · Tous les exercices du chapitre →

4.2.  Équation du second degré dans ℂ

Théorème — Équation du second degré

Soit \(az^2 + bz + c = 0\) avec \(a, b, c \in \mathbb{C}\) et \(a \neq 0\). On pose \(\Delta = b^2 - 4ac \in \mathbb{C}\).

Si \(\delta\) est une racine carrée de \(\Delta\) (i.e. \(\delta^2 = \Delta\)), alors les deux solutions sont :

\[z_1 = \frac{-b + \delta}{2a} \qquad z_2 = \frac{-b - \delta}{2a}\]

L’équation a toujours exactement deux solutions dans \(\mathbb{C}\) (confondues si \(\Delta = 0\)).

Démonstration (mise sous forme canonique)

Puisque \(a \neq 0\), on factorise par \(a\) puis on complète le carré :

\(az^2 + bz + c = a\left(z^2 + \dfrac{b}{a}z + \dfrac{c}{a}\right) = a\left[\left(z + \dfrac{b}{2a}\right)^2 - \dfrac{b^2}{4a^2} + \dfrac{c}{a}\right]\)

\(= a\left[\left(z + \dfrac{b}{2a}\right)^2 - \dfrac{b^2 - 4ac}{4a^2}\right] = a\left[\left(z + \dfrac{b}{2a}\right)^2 - \dfrac{\Delta}{4a^2}\right].\)

L’équation \(az^2 + bz + c = 0\) équivaut donc à :

\(\left(z + \dfrac{b}{2a}\right)^2 = \dfrac{\Delta}{4a^2} = \left(\dfrac{\delta}{2a}\right)^2.\)

Dans \(\mathbb{C}\), \(X^2 = Y^2 \iff X = Y \text{ ou } X = -Y\). On obtient :

\(z + \dfrac{b}{2a} = \pm\dfrac{\delta}{2a} \iff z = \dfrac{-b \pm \delta}{2a}.\)

Si \(\Delta = 0\) alors \(\delta = 0\) et les deux solutions sont confondues : \(z_1 = z_2 = -\dfrac{b}{2a}\). ∎

Cas particulier réel

Lorsque \(a, b, c \in \mathbb{R}\) :

  • Si \(\Delta > 0\) : deux racines réelles \(\frac{-b \pm \sqrt{\Delta}}{2a}\)
  • Si \(\Delta = 0\) : une racine réelle double \(\frac{-b}{2a}\)
  • Si \(\Delta < 0\) : pas de racine réelle, mais deux racines complexes conjuguées \(\frac{-b \pm i\sqrt{|\Delta|}}{2a}\)

Dans \(\mathbb{C}\), le troisième cas donne toujours deux solutions : les conjuguées l’une de l’autre.

Exemple 1 — Discriminant complexe

Résoudre \(z^2 - 2iz - 3 = 0\) dans \(\mathbb{C}\).



\(\Delta = (-2i)^2 - 4(1)(-3) = -4 + 12 = 8\). Ici \(\Delta \in \mathbb{R}^+\), donc \(\delta = 2\sqrt{2}\).

\(z_1 = \frac{2i + 2\sqrt{2}}{2} = \sqrt{2} + i\) et \(z_2 = \frac{2i - 2\sqrt{2}}{2} = -\sqrt{2} + i\).

Exemple 2 — Discriminant imaginaire pur

Résoudre \(z^2 + (1-i)z - i = 0\).



\(\Delta = (1-i)^2 + 4i = 1-2i-1+4i = 2i\).

Racine carrée de \(2i\) : \(|2i|=2\), donc \(x^2=1\) et \(y^2=1\) avec \(2xy=2>0\) : \(\delta = 1+i\).

\(z_1 = \frac{-(1-i)+(1+i)}{2} = \frac{2i}{2} = i\)

\(z_2 = \frac{-(1-i)-(1+i)}{2} = \frac{-2}{2} = -1\)

Vérification : \(i^2+(1-i)i-i = -1+i-i^2-i = -1+1 = 0\) ✓ et \((-1)^2+(1-i)(-1)-i = 1-1+i-i = 0\) ✓

✅ Vérifie que tu as compris
Polynômes : racines, factorisation, multiplicitéÉquations deg 2 dans ℂ, factorisation avec racine évidente, Horner, Viète, multiplicité
▸ Racines deg 2 ▸ Racine évidente ▸ Horner ▸ Multiplicité ▸ Viète deg 3

4.3.  Théorème fondamental de l’algèbre

Théorème fondamental de l’algèbre (d’Alembert-Gauss)

Tout polynôme \(P(z) = a_n z^n + a_{n-1}z^{n-1} + \cdots + a_1 z + a_0\) de degré \(n \geq 1\) à coefficients dans \(\mathbb{C}\) possède au moins une racine dans \(\mathbb{C}\).

Par conséquent, \(P\) admet exactement \(n\) racines dans \(\mathbb{C}\) comptées avec multiplicité, et se factorise :

\[P(z) = a_n(z - z_1)(z-z_2)\cdots(z-z_n)\]

Démonstration — admis au programme

Résultat admis. Le théorème fondamental de l’algèbre est admis en Maths Expertes : sa démonstration dépasse le cadre du lycée.

Idée historique. D’Alembert en donne une première preuve en 1746, complétée par Gauss dans sa thèse de 1799. Toutes les démonstrations connues s’appuient sur des outils d’analyse complexe ou de topologie (théorème de Liouville, degré d’une application continue, théorème de Rouché). Il n’existe pas de démonstration purement algébrique.

Conséquence (factorisation). Une fois admis qu’une racine \(z_1\) existe, on divise \(P\) par \((z - z_1)\) : \(P(z) = (z-z_1)Q(z)\) avec \(\deg Q = n-1\). En appliquant à nouveau le théorème à \(Q\), puis en itérant, on obtient la factorisation complète en \(n\) facteurs du premier degré. ∎

Conséquence — Racines complexes conjuguées

Si \(P\) est un polynôme à coefficients réels et si \(z_0 \in \mathbb{C}\setminus\mathbb{R}\) est une racine, alors \(\bar{z}_0\) est aussi une racine. Les racines complexes non réelles viennent donc par paires conjuguées.

Exemple — Factoriser \(P(z) = z^4 + 4\)

Les racines de \(z^4 = -4\) sont les \(z\) tels que \(|z|^4 = 4\) et \(4\arg(z) \equiv \pi \pmod{2\pi}\).

Donc \(|z| = \sqrt{2}\) et \(\arg(z) \in \{\pi/4,\, 3\pi/4,\, 5\pi/4,\, 7\pi/4\}\).

Racines : \(1+i\), \(-1+i\), \(-1-i\), \(1-i\).

Factorisation réelle (en regroupant les conjuguées) :

\[z^4 + 4 = (z^2 - 2z + 2)(z^2 + 2z + 2)\]

Relations de Viète

Théorème — Relations coefficients-racines (Viète)

Si \(z_1, z_2\) sont les racines de \(az^2 + bz + c = 0\), alors :

\[z_1 + z_2 = -\frac{b}{a} \qquad z_1 \cdot z_2 = \frac{c}{a}\]

Plus généralement pour \(a_n z^n + \cdots + a_0 = 0\) de racines \(z_1, \ldots, z_n\) :

\[\sum_{i} z_i = -\frac{a_{n-1}}{a_n} \qquad \prod_{i} z_i = (-1)^n \frac{a_0}{a_n}\]

Démonstration

Cas du degré 2. D’après le théorème fondamental de l’algèbre, \(az^2 + bz + c\) se factorise : \(az^2 + bz + c = a(z - z_1)(z - z_2)\). Développons le second membre :

\(a(z - z_1)(z - z_2) = a\bigl[z^2 - (z_1 + z_2)z + z_1 z_2\bigr] = az^2 - a(z_1+z_2)\,z + a z_1 z_2.\)

Par identification des coefficients avec \(az^2 + bz + c\) :

\(-a(z_1 + z_2) = b \ \Rightarrow\ z_1 + z_2 = -\dfrac{b}{a}, \qquad a z_1 z_2 = c \ \Rightarrow\ z_1 z_2 = \dfrac{c}{a}.\)

Cas général. De même, \(P(z) = a_n(z - z_1)(z - z_2)\cdots(z - z_n)\). Le coefficient de \(z^{n-1}\) dans le développement est \(-a_n(z_1 + z_2 + \cdots + z_n)\) (somme des produits où l’on prend le terme en \(z\) de tous les facteurs sauf un). Par identification :

\(-a_n \sum_i z_i = a_{n-1} \ \Rightarrow\ \sum_i z_i = -\dfrac{a_{n-1}}{a_n}.\)

Le coefficient constant est obtenu en prenant \(z = 0\) : \(P(0) = a_0\) et \(a_n(0 - z_1)\cdots(0 - z_n) = a_n(-1)^n z_1 z_2 \cdots z_n\). D’où :

\(a_n (-1)^n \prod_i z_i = a_0 \ \Rightarrow\ \prod_i z_i = (-1)^n \dfrac{a_0}{a_n}.\) ∎

Application des relations de Viète

On sait que \(z_1 = 2 + i\) est une racine de \(P(z) = z^2 + bz + c\) avec \(b, c \in \mathbb{R}\). Déterminer \(b\) et \(c\).



Puisque les coefficients sont réels, \(z_2 = \overline{z_1} = 2 - i\).

Par Viète : \(b = -(z_1+z_2) = -(4) = -4\) et \(c = z_1 z_2 = (2+i)(2-i) = 5\).

Donc \(P(z) = z^2 - 4z + 5\).

Division euclidienne des polynômes et factorisation par racine

Théorème — Division euclidienne des polynômes

Soient \(P\) et \(B\) deux polynômes avec \(B \neq 0\). Il existe un unique couple de polynômes \((Q, R)\) tel que :

\[P = B \cdot Q + R \quad\text{avec}\quad \deg R < \deg B.\]

\(Q\) est le quotient et \(R\) le reste de la division de \(P\) par \(B\).

Analogie avec l’arithmétique

C’est l’analogue, pour les polynômes, de la division euclidienne des entiers : \(a = bq + r\) avec \(0 \leqslant r < b\). On admet le résultat au lycée ; il se démontre par récurrence sur le degré de \(P\).

Corollaire — Factorisation par une racine

Soit \(P\) un polynôme à coefficients dans \(\mathbb{C}\). Alors \(\alpha \in \mathbb{C}\) est racine de \(P\) si et seulement si \((z - \alpha)\) divise \(P(z)\), c’est-à-dire qu’il existe un polynôme \(Q\) tel que :

\[P(z) = (z - \alpha)\,Q(z), \quad \deg Q = \deg P - 1.\]

Démonstration du corollaire

Divisons \(P\) par \(B(z) = z - \alpha\) (degré 1). D’après le théorème ci-dessus, il existe un unique \((Q, R)\) tel que :

\(P(z) = (z - \alpha)Q(z) + R(z), \quad \deg R < 1.\)

Le reste \(R\) est donc de degré 0, c’est-à-dire un scalaire constant, notons-le \(r\).

En évaluant en \(z = \alpha\) : \(P(\alpha) = (\alpha - \alpha)Q(\alpha) + r = r\). Donc \(r = P(\alpha)\).

Finalement : \(P(\alpha) = 0 \iff r = 0 \iff (z - \alpha) \mid P(z)\). \(\square\)

Méthode — Factoriser \(P\) connaissant une racine (schéma de Horner)

Pour factoriser \(P(z) = a_n z^n + \cdots + a_0\) connaissant une racine \(\alpha\), on peut poser \(P(z) = (z - \alpha)(b_{n-1} z^{n-1} + \cdots + b_0)\) et identifier les coefficients par récurrence :

  • \(b_{n-1} = a_n\)
  • \(b_{k-1} = a_k + \alpha \cdot b_k\) pour \(k = n-1, n-2, \ldots, 1\)
  • Vérification : \(a_0 + \alpha \cdot b_0 = 0\) (reste nul)

C’est le schéma de Horner, très efficace à la main comme en machine.

Exemple — Factoriser \(P(z) = z^3 - 6z^2 + 11z - 6\) (racine \(\alpha = 1\))

On vérifie \(P(1) = 1 - 6 + 11 - 6 = 0\). ✓ Horner avec \(\alpha = 1\) :

  • \(b_2 = a_3 = 1\)
  • \(b_1 = a_2 + 1 \cdot b_2 = -6 + 1 = -5\)
  • \(b_0 = a_1 + 1 \cdot b_1 = 11 - 5 = 6\)
  • Reste : \(a_0 + 1 \cdot b_0 = -6 + 6 = 0\) ✓

Donc \(P(z) = (z - 1)(z^2 - 5z + 6) = (z - 1)(z - 2)(z - 3)\) (après factorisation du degré 2).

4.4.  Racines \(n\)-ièmes de l’unité

Définition

Les racines \(n\)-ièmes de l’unité sont les solutions de \(z^n = 1\) dans \(\mathbb{C}\). Il y en a exactement \(n\) :

\[\omega_k = e^{2ik\pi/n} = \cos\frac{2k\pi}{n} + i\sin\frac{2k\pi}{n}, \quad k = 0, 1, \ldots, n-1\]

Dans le plan complexe, ces \(n\) points sont les sommets d’un polygone régulier à \(n\) côtés inscrit dans le cercle unité.

Propriétés

Notons \(\omega = e^{2i\pi/n}\) la racine primitive. Alors les \(n\) racines sont \(1, \omega, \omega^2, \ldots, \omega^{n-1}\).

  • Leur somme est nulle : \(1 + \omega + \omega^2 + \cdots + \omega^{n-1} = 0\)
  • Leur produit vaut \((-1)^{n+1}\)
  • Elles sont conjuguées deux à deux : \(\overline{\omega^k} = \omega^{n-k}\)
Preuve de la somme nulle

Les racines sont les solutions de \(z^n - 1 = 0\), que l’on factorise :

\[z^n - 1 = (z-1)(z^{n-1}+z^{n-2}+\cdots+z+1)\]

Par Viète, la somme des racines de \(z^n - 1 = 0\) vaut \(-\frac{0}{1} = 0\) (coefficient de \(z^{n-1}\) dans \(z^n-1\) est nul). \(\square\)

Racines cubiques de l’unité (\(n=3\))

On note \(j = e^{2i\pi/3} = -\frac{1}{2} + \frac{\sqrt{3}}{2}i\). Les trois racines sont \(1, j, j^2 = \bar{j}\).

On vérifie : \(1 + j + j^2 = 0\) et \(j^3 = 1\).

Ces propriétés simplifient de nombreux calculs : si \(P(z) = az^2+bz+c\), alors \(P(1)+P(j)+P(j^2) = 3c\) (les termes en \(a\) et \(b\) s’annulent grâce à \(1+j+j^2 = 0\) et \(1+j^2+j^4 = 1+j^2+j = 0\)).

Généralisation — Racines \(n\)-ièmes d’un complexe quelconque

Les solutions de \(z^n = \alpha\) avec \(\alpha = r e^{i\theta} \neq 0\) sont les \(n\) complexes :

\[z_k = r^{1/n} \exp\!\left(i\frac{\theta + 2k\pi}{n}\right), \quad k=0,1,\ldots,n-1\]

Géométriquement : \(n\) points régulièrement répartis sur le cercle de rayon \(r^{1/n}\) — c’est-à-dire les sommets d’un polygone régulier à \(n\) côtés, obtenus par rotation successive d’angle \(2\pi/n\).

Preuve

Posons \(z_0 = r^{1/n} e^{i\theta/n}\). Alors \(z_0^n = r \, e^{i\theta} = \alpha\), donc \(z_0\) est solution.

Soit \(z\) une autre solution. Alors \((z/z_0)^n = 1\), donc \(z/z_0\) est une racine \(n\)-ième de l’unité, c’est-à-dire \(z/z_0 = e^{2ik\pi/n}\) pour un certain \(k \in \{0,1,\ldots,n-1\}\). D’où \(z = z_0 \cdot e^{2ik\pi/n} = r^{1/n} e^{i(\theta+2k\pi)/n}\). ∎

Exemple — Résoudre \(z^3 = 8\)

Ici \(\alpha = 8 = 8\,e^{i\cdot 0}\), donc \(r = 8\), \(\theta = 0\), \(n = 3\). Les solutions sont :

\(z_0 = 2\,e^{0} = 2\), \(z_1 = 2\,e^{2i\pi/3} = 2j = -1 + i\sqrt{3}\), \(z_2 = 2\,e^{4i\pi/3} = 2j^2 = -1 - i\sqrt{3}\).

Vérification : les trois points sont sur le cercle de rayon 2, espacés de \(2\pi/3\).

4.5.  Activités Python

Chargement de Python (Pyodide)…

Activité 1 — Racines carrées d’un complexe

On cherche les racines carrées d’un complexe \(\alpha = a + bi\) par la méthode algébrique : on pose \(z = x + iy\) et on résout \(z^2 = \alpha\). Écrire un programme qui :

  1. Définit racines_carrees(alpha) utilisant les formules : \(x = \sqrt{\frac{|\alpha|+a}{2}}\), \(y = \sqrt{\frac{|\alpha|-a}{2}}\), signe de \(y\) donné par le signe de \(b\)
  2. Renvoie les deux racines \(z_1 = x + iy\) et \(z_2 = -z_1\)
  3. Teste sur \(3+4i,\; -i,\; 2i,\; -5+12i,\; 1\) et vérifie que \(z_1^2 = \alpha\)

Rappel Python : math.sqrt(x) pour la racine carrée réelle. abs(z) pour le module. complex(x, y) pour construire \(x + iy\).

Voir la solution
Activité 2 — Résolution d’équations du second degré dans ℂ

On veut résoudre \(az^2 + bz + c = 0\) dans \(\mathbb{C}\), y compris quand les coefficients sont complexes. Écrire un programme qui :

  1. Réutilise la fonction racines_carrees de l’Activité 1 pour calculer \(\sqrt{\Delta}\)
  2. Définit resoudre_second_degre(a, b, c) qui calcule \(\Delta = b^2 - 4ac\), puis \(z_{1,2} = \frac{-b \pm \sqrt{\Delta}}{2a}\)
  3. Teste sur les équations : \(z^2 - 2iz - 3 = 0\), \(z^2 + (1-i)z - i = 0\), \(z^2 - 4z + 5 = 0\), \(z^2 + 1 = 0\)
  4. Vérifie chaque racine en substituant dans l’équation (le résultat doit être quasi nul)

Rappel Python : discriminant : b**2 - 4*a*c. Les coefficients peuvent être complexes : (1, -2j, -3). Format scientifique : :.2e.

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Activité 3 — Racines n-ièmes de l’unité

Les racines \(n\)-ièmes de l’unité sont les solutions de \(z^n = 1\). Elles vérifient des propriétés remarquables. Écrire un programme qui :

  1. Définit racines_unite(n) qui renvoie la liste \(\omega_k = e^{2ik\pi/n}\) pour \(k = 0, \ldots, n-1\)
  2. Pour \(n = 3, 4, 5, 6\), affiche chaque racine avec ses parties réelle et imaginaire
  3. Vérifie que la somme des racines vaut \(0\) et calcule leur produit

Rappel Python : cmath.rect(1, theta) pour \(e^{i\theta}\). sum(liste) pour la somme. Produit en boucle : for r in racines: produit *= r.

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Activité 4 — Factorisation de polynômes dans ℂ

Tout polynôme de degré 2 à coefficients complexes se factorise dans \(\mathbb{C}\). Écrire un programme qui :

  1. Définit racines_deg2(a, b, c) qui calcule les racines de \(az^2 + bz + c = 0\) via le discriminant et cmath.sqrt
  2. Teste sur plusieurs polynômes : \(z^2 - 4z + 5\), \(z^2 + 1\), \(z^2 - (1+2i)z + (1+2i)\), \(2z^2 - 3iz + (-1+i)\)
  3. Vérifie chaque racine par substitution (le résultat doit valoir 0)

Rappel Python : cmath.sqrt(z) pour la racine carrée complexe. Dictionnaire : {"nom": (a,b,c)}. Boucle : for nom, (a,b,c) in d.items().

Voir la solution
Activité 5 — Relations de Viète

Les relations de Viète relient les racines \(z_1, z_2\) de \(az^2 + bz + c = 0\) aux coefficients : \(z_1 + z_2 = -\frac{b}{a}\) et \(z_1 \cdot z_2 = \frac{c}{a}\). Écrire un programme qui :

  1. Définit viete(a, b, c) qui calcule les deux racines puis affiche leur somme et leur produit
  2. Compare avec les valeurs théoriques \(-b/a\) et \(c/a\)
  3. Teste sur plusieurs équations à coefficients complexes

Rappel Python : cmath.sqrt(z) pour la racine complexe. Somme : z1 + z2. Produit : z1 * z2. Division complexe : -b/a.

Voir la solution

Bilan — Formules essentielles

NotionDéfinition / FormulePiège à éviter
Théorème de d’Alembert-GaussTout polynôme de degré \(n \geq 1\) a exactement \(n\) racines dans \(\mathbb{C}\)Compter avec multiplicité
Relations de VièteSomme et produit des racines liés aux coefficientsAttention au signe : somme \(= -b/a\)
Division euclidienne\(P = BQ + R\) avec \(\deg R < \deg B\)Le reste est un polynôme, pas un nombre
Factorisation par racineSi \(P(\alpha) = 0\) alors \((X - \alpha)\) divise \(P(X)\)\((X - \alpha)\), pas \((X + \alpha)\)
Racines de \(z^n = a\)\(n\) racines, espacées de \(\dfrac{2\pi}{n}\)Ne pas oublier les \(n\) solutions (pas une seule)
Solution de l’énigme — Diviseurs d’une racine rationnelle

Candidats : \(\pm 1, \pm 2, \pm 3, \pm 6\). On vérifie : \(P(1) = 1-6+11-6 = 0\). Donc \((x-1)\) est un facteur. Par division euclidienne : \(P(x) = (x-1)(x^2-5x+6) = (x-1)(x-2)(x-3)\). Les trois racines sont \(1, 2, 3\).

⚠️ Pièges et contre-exemples

Équations polynomiales : teste d’abord ton intuition, puis lis l’explication.

Score : 0 / 5 évaluations correctes
1 Racines distinctes

« Un polynôme de degré \(n\) a exactement \(n\) racines distinctes. »

Cette affirmation est-elle correcte ?

📖 Explication

Un polynôme de degré \(n\) a \(n\) racines comptées avec multiplicité. Certaines peuvent se répéter !

Exemple : \((x-1)^3 = 0\) a une seule racine distincte (\(x=1\)), mais de multiplicité 3.

💡 Théorème : D’Alembert-Gauss garantit \(n\) racines dans \(\mathbb{C}\), comptées avec multiplicité.

Mini-test : combien de racines distinctes a \((x-2)^2(x+1) = 0\) ?

🔗 Travaillé dans les exercices du chapitre

2 Racines conjuguées

« Si \(P(z_0) = 0\) et \(z_0 \in \mathbb{C}\), alors \(\bar{z_0}\) est aussi racine de \(P\). »

Cette propriété est-elle toujours vraie ?

📖 Explication

Cette propriété est vraie seulement si les coefficients de \(P\) sont réels.

Contre-exemple : \(P(z) = z - i\) a pour racine \(z_0 = i\), mais \(\bar{z_0} = -i\) n’est pas racine (car \(P(-i) = -i - i = -2i \neq 0\)).

💡 Condition : Racines conjuguées par paires seulement si \(P \in \mathbb{R}[X]\) (coefficients réels).

Mini-test : \(P(z) = z^2 + 1\) a pour racine \(i\). L’autre racine est :

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3 Racines cubiques

« \(x^3 = 8\) a une seule solution : \(x = 2\). »

Cette affirmation est-elle correcte ?

📖 Explication

Dans \(\mathbb{R}\), oui, \(x = 2\) est l’unique solution. Mais dans \(\mathbb{C}\), il y a 3 racines cubiques de 8 :

\(x_0 = 2\), \(x_1 = 2e^{2i\pi/3} = -1 + i\sqrt{3}\), \(x_2 = 2e^{4i\pi/3} = -1 - i\sqrt{3}\).

💡 Règle : \(z^n = w\) a toujours exactement \(n\) solutions dans \(\mathbb{C}\) (si \(w \neq 0\)).

Mini-test : combien de solutions a \(z^4 = 1\) dans \(\mathbb{C}\) ?

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4 D’Alembert-Gauss et racines réelles

« Le théorème de d’Alembert-Gauss dit que tout polynôme a une racine réelle. »

Cette formulation est-elle correcte ?

📖 Explication

Le théorème garantit une racine dans \(\mathbb{C}\), pas forcément dans \(\mathbb{R}\) !

Contre-exemple : \(P(x) = x^2 + 1\) n’a aucune racine réelle (ses racines sont \(\pm i\)).

💡 Énoncé correct : Tout polynôme non constant à coefficients complexes admet au moins une racine dans \(\mathbb{C}\).

Mini-test : \(x^2 + x + 1 = 0\) a-t-il des racines réelles ?

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5 Factorisation par une racine

« Si \(z_0\) est racine de \(P\), alors \((z - z_0)\) divise \(P(z)\). »

Cette propriété est-elle toujours vraie ?

📖 Explication

C’est vrai. C’est le théorème de factorisation : si \(P(z_0) = 0\), alors on peut écrire \(P(z) = (z - z_0) \cdot Q(z)\) où \(Q\) est un polynôme de degré \(\deg P - 1\).

C’est la base de la méthode de résolution : trouver une racine, factoriser, recommencer.

💡 Méthode : Division euclidienne de \(P\) par \((z-z_0)\) → reste nul car \(P(z_0)=0\).

Mini-test : si \(P(1) = 0\) et \(P(x) = x^3 - 1\), alors \(P(x) = (x-1) \times\) :

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6 Degré impair et racines complexes

« Un polynôme de degré impair a toujours une racine complexe non réelle. »

Cette affirmation est-elle correcte ?

📖 Explication

Un polynôme de degré impair (à coefficients réels) a toujours au moins une racine réelle (par le théorème des valeurs intermédiaires).

Contre-exemple à l’affirmation : \(P(x) = (x-1)(x-2)(x-3)\) est de degré 3 et n’a que des racines réelles.

💡 Propriété correcte : Degré impair → au moins une racine réelle (pas forcément une racine complexe non réelle).

Mini-test : \(P(x) = x^3 - x\) a pour racines :

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Ch. 5 — Complexes en géométrie et transformations — Les complexes deviendront un outil pour décrire élégamment rotations, similitudes et configurations géométriques.