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Chapitre 2 — Nombres complexes : géométrie

📋 Prérequis & 🎯 Objectifs du chapitre déplier
📋 Prérequis
  • Ch. 1 — forme algébrique, conjugué, module
  • Tle Spé — cercle trigonométrique, angle orienté, radians
🎯 Objectifs — à la fin du chapitre, je saurai…
  • Représenter un complexe dans le plan (affixe d’un point)
  • Passer entre forme algébrique et forme trigonométrique \(z = r(\cos\theta + i\sin\theta)\)
  • Utiliser la notation exponentielle \(z = re^{i\theta}\) (formule d’Euler)
  • Calculer un argument, exploiter les propriétés multiplicatives

Maths Expertes · Math@mine

Distance et milieu dans le plan complexe

Sur une carte, la ville A est repérée par le complexe \(z_A = 2+3i\) et la ville B par \(z_B = 5-i\) (unité : dizaine de km).

Calculer la distance AB et les coordonnées du milieu M du segment AB, en utilisant les formules du plan complexe.

Argand, Gauss et la représentation géométrique

Jean-Robert Argand (1806) publie anonymement un court mémoire proposant de représenter les nombres complexes comme des points du plan — le « plan d’Argand ». Carl Friedrich Gauss (1831) reprend cette idée, lui donne une base rigoureuse et la popularise dans la communauté mathématique.

Augustin-Louis Cauchy (XIXe siècle) développe l’analyse complexe à partir de cette représentation géométrique. Les astronomes islamiques connaissaient des représentations de rotations et translations géométriques, préfigurant certains aspects de la géométrie du plan complexe.

📜 Cardano et Bombelli : oser l’imaginaire →

Partie réelle et module

Soit \(z\) un nombre complexe de module 1, c’est-à-dire \(|z| = 1\).

Montrer que \(z + \frac{1}{z}\) est un réel. Puis, si \(z = \cos\theta + i\sin\theta\), calculer explicitement \(z + \frac{1}{z}\) et en déduire une expression faisant intervenir \(\cos\theta\).

→ Solution complète en fin de chapitre

Sommaire
2.1.  Plan complexe et affixe 2.2.  Module d’un nombre complexe 2.3.  Argument d’un nombre complexe 2.4.  Forme trigonométrique 2.5.  Formule de Moivre 2.6.  Activités Python 2.7.  Exercices 📋 Bilan ⚠️ Pièges

2.1.  Plan complexe et affixe

Définition — Plan complexe

On munit le plan d’un repère orthonormé \((O, \vec{u}, \vec{v})\). On associe à tout complexe \(z = a + bi\) le point \(M\) de coordonnées \((a, b)\). On dit que \(z\) est l'affixe du point \(M\), et on note \(M(z)\) ou \(M \leftrightarrow z\).

  • L’axe des abscisses est l'axe réel : les points d’affixe réelle.
  • L’axe des ordonnées est l'axe imaginaire : les points d’affixe imaginaire pure.
Re Im O M(z) a b |z| θ z = a + bi
Le plan complexe : \(z = a+bi\) correspond au point \(M(a, b)\). Le module \(|z|\) est la distance \(OM\), l’argument \(\theta\) est l’angle avec l’axe réel.
Affixe d’un vecteur et d’un milieu

Si \(A(z_A)\) et \(B(z_B)\) sont deux points du plan :

  • L’affixe du vecteur \(\overrightarrow{AB}\) est \(z_B - z_A\).
  • L’affixe du milieu \(I\) de \([AB]\) est \(\dfrac{z_A + z_B}{2}\).
  • La distance \(AB = |z_B - z_A|\).
Démonstration

Notons \(z_A = x_A + iy_A\) et \(z_B = x_B + iy_B\), de sorte que \(A(x_A, y_A)\) et \(B(x_B, y_B)\).

Affixe du vecteur \(\overrightarrow{AB}\). Le vecteur \(\overrightarrow{AB}\) a pour coordonnées \((x_B - x_A, y_B - y_A)\). Son affixe (nombre complexe associé) est donc :

\((x_B - x_A) + i(y_B - y_A) = (x_B + iy_B) - (x_A + iy_A) = z_B - z_A.\)

Affixe du milieu \(I\) de \([AB]\). Le milieu a pour coordonnées \(\left(\dfrac{x_A+x_B}{2},\ \dfrac{y_A+y_B}{2}\right)\), d’affixe :

\(\dfrac{x_A+x_B}{2} + i\dfrac{y_A+y_B}{2} = \dfrac{(x_A+iy_A) + (x_B+iy_B)}{2} = \dfrac{z_A+z_B}{2}.\)

Distance \(AB\). Par définition géométrique, \(AB = \sqrt{(x_B-x_A)^2 + (y_B-y_A)^2}\). Or le module du complexe \(z_B - z_A = (x_B-x_A) + i(y_B-y_A)\) vaut exactement cette quantité : \(|z_B - z_A| = \sqrt{(x_B-x_A)^2 + (y_B-y_A)^2} = AB\). ∎

2.2.  Module d’un nombre complexe

Définition

Le module de \(z = a + bi\) est le réel positif :

\[|z| = \sqrt{a^2 + b^2} = \sqrt{z \bar{z}}\]

C’est la distance de l’origine au point d’affixe \(z\) dans le plan complexe.

Exemples
  • \(|3 + 4i| = \sqrt{9+16} = \sqrt{25} = 5\)
  • \(|{-2i}| = \sqrt{0+4} = 2\)
  • \(|1 + i| = \sqrt{2}\)
  • \(|z|\) pour \(z \in \mathbb{R}\) : \(|a + 0i| = \sqrt{a^2} = |a|\) — cohérent avec la valeur absolue réelle.
Propriétés du module

Pour tous \(z, z' \in \mathbb{C}\) :

  • \(|z| \geq 0\) et \(|z| = 0 \iff z = 0\)
  • \(|z \cdot z'| = |z| \cdot |z'|\)
  • \(\left|\dfrac{z}{z'}\right| = \dfrac{|z|}{|z'|}\) pour \(z' \neq 0\)
  • \(|z^n| = |z|^n\) pour \(n \in \mathbb{Z}\)
  • \(|\bar{z}| = |z|\)
  • Inégalité triangulaire : \(|z + z'| \leq |z| + |z'|\)
Preuve de \(|z \cdot z'| = |z| \cdot |z'|\)

\(|z \cdot z'|^2 = (z \cdot z')\overline{(z \cdot z')} = z z' \bar{z} \bar{z'} = (z\bar{z})(z'\bar{z'}) = |z|^2 \cdot |z'|^2\)

En prenant la racine carrée (tous les membres sont positifs) : \(|z \cdot z'| = |z| \cdot |z'|\). \(\square\)

Preuve de l’inégalité triangulaire \(|z + z'| \leq |z| + |z'|\)

On calcule \(|z+z'|^2\) en utilisant \(|w|^2 = w\bar w\) :

\(|z+z'|^2 = (z+z')\overline{(z+z')} = (z+z')(\bar z + \bar{z'}) = z\bar z + z\bar{z'} + z'\bar z + z'\bar{z'}\)

\(= |z|^2 + |z'|^2 + (z\bar{z'} + \overline{z\bar{z'}}) = |z|^2 + |z'|^2 + 2\,\mathrm{Re}(z\bar{z'})\).

Or pour tout complexe \(w\), \(\mathrm{Re}(w) \leq |w|\) (car \(|w|^2 = \mathrm{Re}(w)^2 + \mathrm{Im}(w)^2 \geq \mathrm{Re}(w)^2\) et \(|w| \geq 0\)). Donc \(\mathrm{Re}(z\bar{z'}) \leq |z\bar{z'}| = |z| \cdot |z'|\).

Il vient \(|z+z'|^2 \leq |z|^2 + |z'|^2 + 2|z||z'| = (|z|+|z'|)^2\).

Les deux membres étant positifs, en prenant la racine carrée : \(|z+z'| \leq |z|+|z'|\). ∎

Interprétation géométrique : les points \(O\), \(M(z)\) et \(M'(z+z')\) forment un triangle dans lequel la longueur d’un côté est majorée par la somme des deux autres — d’où le nom « inégalité triangulaire ».

Cercle de centre \(\Omega\) et rayon \(R\)

L’ensemble des points \(M(z)\) tels que \(|z - z_0| = R\) est le cercle de centre \(\Omega(z_0)\) et de rayon \(R\). C’est l’analogue complexe de l’équation cartésienne du cercle.

2.3.  Argument d’un nombre complexe

Définition

Soit \(z \neq 0\). Un argument de \(z\) est tout angle \(\theta \in \mathbb{R}\) tel que :

\[\cos\theta = \frac{a}{|z|} \qquad \text{et} \qquad \sin\theta = \frac{b}{|z|}\]

où \(z = a + bi\). L’argument est défini modulo \(2\pi\) : si \(\theta\) est un argument, alors \(\theta + 2k\pi\) aussi pour tout \(k \in \mathbb{Z}\).

On note \(\arg(z)\) un argument de \(z\) (ou l’ensemble de ses arguments). L'argument principal est l’unique argument dans \(]{-\pi}, \pi]\).

Attention — \(\theta\) n’est pas simplement \(\arctan(b/a)\)

La formule \(\theta = \arctan(b/a)\) ne donne pas le bon quadrant. Il faut utiliser les deux conditions \(\cos\theta = a/|z|\) et \(\sin\theta = b/|z|\) simultanément.

Méthode — Trouver l’argument

Pour \(z = a + bi\) avec \(z \neq 0\) :

  1. Calculer \(r = |z| = \sqrt{a^2 + b^2}\).
  2. Écrire \(\cos\theta = a/r\) et \(\sin\theta = b/r\).
  3. Identifier \(\theta\) à partir des valeurs remarquables du cercle trigonométrique ou en utilisant \(\arctan\) avec correction de quadrant.
📐 Activité GeoGebra — Cercle trigonométrique : visualiser cos(θ) et sin(θ) (cliquer pour ouvrir)

Déplacez le point M sur le cercle pour visualiser les variations de cos(θ) et sin(θ).

Exemples
  • \(z = 1 + i\sqrt{3}\) : \(r = 2\), \(\cos\theta = 1/2\) et \(\sin\theta = \sqrt{3}/2\), donc \(\theta = \pi/3\).
  • \(z = -1 - i\) : \(r = \sqrt{2}\), \(\cos\theta = -1/\sqrt{2}\) et \(\sin\theta = -1/\sqrt{2}\), donc \(\theta = -3\pi/4\).
  • \(z = -3\) : \(r = 3\), \(\cos\theta = -1\) et \(\sin\theta = 0\), donc \(\theta = \pi\).
  • \(z = 4i\) : \(r = 4\), \(\cos\theta = 0\) et \(\sin\theta = 1\), donc \(\theta = \pi/2\).
Propriétés de l’argument

Pour tous \(z, z' \in \mathbb{C}^*\), et \(n \in \mathbb{Z}\) :

  • \(\arg(z \cdot z') \equiv \arg(z) + \arg(z') \pmod{2\pi}\)
  • \(\arg\!\left(\dfrac{z}{z'}\right) \equiv \arg(z) - \arg(z') \pmod{2\pi}\)
  • \(\arg(z^n) \equiv n\,\arg(z) \pmod{2\pi}\)
  • \(\arg(\bar{z}) \equiv -\arg(z) \pmod{2\pi}\)
Démonstration

Écrivons \(z\) et \(z'\) sous forme trigonométrique : \(z = r(\cos\theta + i\sin\theta)\) et \(z' = r'(\cos\theta' + i\sin\theta')\) avec \(r, r' > 0\).

Produit. On calcule :

\(zz' = rr'\bigl[(\cos\theta\cos\theta' - \sin\theta\sin\theta') + i(\cos\theta\sin\theta' + \sin\theta\cos\theta')\bigr]\)

En utilisant les formules d’addition du cosinus et du sinus :

\(zz' = rr'\bigl(\cos(\theta+\theta') + i\sin(\theta+\theta')\bigr).\)

C’est la forme trigonométrique de \(zz'\) : son module vaut \(rr'\) et l’un de ses arguments est \(\theta + \theta' = \arg(z) + \arg(z')\) (à \(2\pi\) près).

Conjugué. \(\bar{z} = r(\cos\theta - i\sin\theta) = r(\cos(-\theta) + i\sin(-\theta))\). Donc \(\arg(\bar{z}) \equiv -\theta = -\arg(z) \pmod{2\pi}\).

Quotient. \(\dfrac{1}{z'} = \dfrac{\bar{z'}}{|z'|^2} = \dfrac{1}{r'}\bigl(\cos(-\theta') + i\sin(-\theta')\bigr)\), donc \(\arg\!\left(\dfrac{1}{z'}\right) \equiv -\theta' \pmod{2\pi}\). En appliquant la règle du produit à \(\dfrac{z}{z'} = z \cdot \dfrac{1}{z'}\) : \(\arg\!\left(\dfrac{z}{z'}\right) \equiv \theta - \theta' \pmod{2\pi}\).

Puissance. Par récurrence sur \(n \in \mathbb{N}\) : vrai pour \(n = 0\) (\(\arg(1) \equiv 0\)) et \(n = 1\). Si \(\arg(z^n) \equiv n\theta\), alors \(\arg(z^{n+1}) = \arg(z^n \cdot z) \equiv n\theta + \theta = (n+1)\theta\). Pour \(n < 0\), on utilise \(z^n = 1/z^{-n}\). ∎

2.4.  Forme trigonométrique

Définition — Forme trigonométrique

Tout complexe \(z \neq 0\) s’écrit sous la forme :

\[z = r(\cos\theta + i\sin\theta)\]

où \(r = |z| > 0\) est le module et \(\theta = \arg(z)\) est un argument de \(z\). Cette écriture est appelée forme trigonométrique (ou polaire) de \(z\).

Existence et unicité de la forme trigonométrique

Existence. Soit \(z = a + ib \neq 0\). On pose \(r = |z| = \sqrt{a^2+b^2} > 0\), puis \(\cos\theta = a/r\) et \(\sin\theta = b/r\). Ces deux réels vérifient \(\cos^2\theta + \sin^2\theta = (a^2+b^2)/r^2 = 1\), donc il existe bien un angle \(\theta \in \mathbb{R}\) tel que \(\cos\theta = a/r\) et \(\sin\theta = b/r\) (définition de l’argument, §2.3). Alors \(r(\cos\theta + i\sin\theta) = a + ib = z\). ✓

Unicité (modulo \(2\pi\)). Supposons \(r(\cos\theta + i\sin\theta) = r'(\cos\theta' + i\sin\theta')\) avec \(r, r' > 0\). En prenant les modules : \(r = r'\) (le module est unique, §2.2). Il reste \(\cos\theta + i\sin\theta = \cos\theta' + i\sin\theta'\), d’où, en identifiant parties réelle et imaginaire, \(\cos\theta = \cos\theta'\) et \(\sin\theta = \sin\theta'\). Ceci impose \(\theta \equiv \theta' \pmod{2\pi}\). ∎

Conclusion : pour \(z \neq 0\), la donnée de \(z\) équivaut exactement à celle du couple \((r, \theta)\) avec \(r > 0\) et \(\theta\) défini modulo \(2\pi\).

Exemples de formes trigonométriques
  • \(z = 1 + i = \sqrt{2}\left(\cos\frac{\pi}{4} + i\sin\frac{\pi}{4}\right)\)
  • \(z = -2i = 2\left(\cos\!\left(-\frac{\pi}{2}\right) + i\sin\!\left(-\frac{\pi}{2}\right)\right)\)
  • \(z = -1 = 1(\cos\pi + i\sin\pi)\)
  • \(z = \sqrt{3} - i = 2\left(\cos\!\left(-\frac{\pi}{6}\right) + i\sin\!\left(-\frac{\pi}{6}\right)\right)\)

Multiplication et division en forme trigonométrique

Théorème — Produit et quotient en forme trigonométrique

Soient \(z = r(\cos\theta + i\sin\theta)\) et \(z' = r'(\cos\theta' + i\sin\theta')\). Alors :

\[z \cdot z' = rr'\bigl(\cos(\theta + \theta') + i\sin(\theta + \theta')\bigr)\]

\[\frac{z}{z'} = \frac{r}{r'}\bigl(\cos(\theta - \theta') + i\sin(\theta - \theta')\bigr)\]

Multiplier deux complexes revient à multiplier les modules et additionner les arguments.

Preuve du produit

\(z \cdot z' = rr'(\cos\theta + i\sin\theta)(\cos\theta' + i\sin\theta')\)

\(= rr'\bigl[\cos\theta\cos\theta' - \sin\theta\sin\theta' + i(\cos\theta\sin\theta' + \sin\theta\cos\theta')\bigr]\)

\(= rr'\bigl[\cos(\theta+\theta') + i\sin(\theta+\theta')\bigr]\)

en utilisant les formules d’addition de la trigonométrie. \(\square\)

Application

Calculer \((1+i)(\sqrt{3}+i)\) en forme trigonométrique puis algébrique.



\(1+i = \sqrt{2}\left(\cos\frac{\pi}{4}+i\sin\frac{\pi}{4}\right)\) et \(\sqrt{3}+i = 2\left(\cos\frac{\pi}{6}+i\sin\frac{\pi}{6}\right)\)

Produit : module \(= \sqrt{2} \times 2 = 2\sqrt{2}\), argument \(= \frac{\pi}{4}+\frac{\pi}{6} = \frac{5\pi}{12}\).

Vérification algébrique : \((1+i)(\sqrt{3}+i) = \sqrt{3} + i + i\sqrt{3} + i^2 = (\sqrt{3}-1) + (1+\sqrt{3})i\).

2.5.  Formule de Moivre

Formule de Moivre

Pour tout \(\theta \in \mathbb{R}\) et tout \(n \in \mathbb{Z}\) :

\[(\cos\theta + i\sin\theta)^n = \cos(n\theta) + i\sin(n\theta)\]

Preuve (pour n ≥ 0)

Si \(z = \cos\theta + i\sin\theta\), alors \(|z| = 1\) et \(\arg(z) = \theta\). La formule du produit donne \(z^n = 1^n(\cos(n\theta) + i\sin(n\theta))\). \(\square\)

Application — Linéarisation des puissances de cos et sin

En développant \((\cos\theta + i\sin\theta)^n\) par le binôme, puis en identifiant les parties réelle et imaginaire avec \(\cos(n\theta)\) et \(\sin(n\theta)\), on obtient des expressions de \(\cos(n\theta)\) et \(\sin(n\theta)\) en fonction des puissances de \(\cos\theta\) et \(\sin\theta\).

Exemple — Exprimer \(\cos(3\theta)\) et \(\sin(3\theta)\)

On développe \((\cos\theta + i\sin\theta)^3\) :

\(= \cos^3\theta + 3\cos^2\theta (i\sin\theta) + 3\cos\theta(i\sin\theta)^2 + (i\sin\theta)^3\)

\(= \cos^3\theta - 3\cos\theta\sin^2\theta + i(3\cos^2\theta\sin\theta - \sin^3\theta)\)

Par Moivre, la partie réelle est \(\cos(3\theta)\) et la partie imaginaire est \(\sin(3\theta)\) :

\[\cos(3\theta) = \cos^3\theta - 3\cos\theta\sin^2\theta = 4\cos^3\theta - 3\cos\theta\]

\[\sin(3\theta) = 3\cos^2\theta\sin\theta - \sin^3\theta = 3\sin\theta - 4\sin^3\theta\]

Notation exponentielle d’Euler

La notation exponentielle pose par convention \(e^{i\theta} = \cos\theta + i\sin\theta\). Cette notation, due à Euler, rend les calculs très élégants :

  • La formule de Moivre devient simplement \((e^{i\theta})^n = e^{in\theta}\).
  • La multiplication : \(e^{i\theta} \cdot e^{i\theta'} = e^{i(\theta+\theta')}\).
  • La célèbre identité d’Euler : \(e^{i\pi} + 1 = 0\) (obtenue pour \(\theta = \pi\)).

On note alors \(z = re^{i\theta}\) pour un complexe de module \(r\) et d’argument \(\theta\). Cette notation sera systématique au lycée et à l’université.

2.6.  Activités Python

Chargement de Python (Pyodide)…

Activité 1 — Module et argument avec Python

Pour une liste de nombres complexes, écrire un programme qui affiche sous forme de tableau :

  1. Le module \(|z|\) de chaque complexe
  2. L’argument \(\arg(z)\) en radians et en degrés
  3. Tester avec \(z = 1+i,\; -1-i\sqrt{3},\; -2i,\; 3+4i,\; -1\)

Rappel Python : module : abs(z). Argument : cmath.phase(z) (en radians). Conversion : math.degrees(theta).

Voir la solution
Activité 2 — Forme trigonométrique et conversion

Écrire deux fonctions de conversion entre forme algébrique et forme trigonométrique :

  1. forme_trigo(z) : prend un complexe \(z = a+bi\) et renvoie \((r, \theta)\)
  2. depuis_trigo(r, theta) : prend \((r, \theta)\) et renvoie le complexe \(r(\cos\theta + i\sin\theta)\)
  3. Tester avec \(z = 1 + i\sqrt{3}\) : convertir en trigonométrique puis reconvertir, et vérifier qu’on retrouve \(z\)

Rappel Python : abs(z) pour le module, cmath.phase(z) pour l’argument. Reconstruction : cmath.rect(r, theta) ou r*cos(theta) + r*sin(theta)*1j.

Voir la solution
Activité 3 — Formule de Moivre : vérification

La formule de Moivre affirme que \((\cos\theta + i\sin\theta)^n = \cos(n\theta) + i\sin(n\theta)\). Écrire un programme qui :

  1. Fixe un angle \(\theta = \frac{\pi}{5}\) et construit le complexe \(z = \cos\theta + i\sin\theta\)
  2. Pour \(n = 1, 2, \ldots, 6\), calcule \(z^n\) (membre de gauche) et \(\cos(n\theta) + i\sin(n\theta)\) (membre de droite)
  3. Compare les deux valeurs et affiche si l’écart est inférieur à \(10^{-10}\)

Rappel Python : math.cos(), math.sin() pour les fonctions trigonométriques. complex(a, b) pour construire \(a + bi\). Module de la différence : abs(z1 - z2).

Voir la solution
Activité 4 — Racines \(n\)-ièmes de l’unité (hors programme)

Les solutions de \(z^n = 1\) sont les \(n\) racines \(n\)-ièmes de l’unité, régulièrement réparties sur le cercle unité. Écrire un programme qui :

  1. Définit une fonction racines_unite(n) qui renvoie la liste des \(n\) racines : \(\omega_k = e^{2ik\pi/n}\) pour \(k = 0, \ldots, n-1\)
  2. Affiche pour \(n = 3, 4, 6\) chaque racine avec sa partie réelle, imaginaire et son argument en degrés

Rappel Python : cmath.rect(r, theta) construit \(r\,e^{i\theta}\). cmath.phase(z) donne l’argument. math.degrees() convertit en degrés.

Voir la solution
Activité 5 — Linéarisation : vérification de cos(3θ)

On sait que \(\cos(3\theta) = 4\cos^3\theta - 3\cos\theta\). Écrire un programme qui vérifie cette identité numériquement :

  1. Pour \(\theta = 0°, 15°, 30°, \ldots, 180°\), calculer le membre de gauche \(\cos(3\theta)\) et le membre de droite \(4\cos^3\theta - 3\cos\theta\)
  2. Afficher les deux valeurs et l’écart numérique sous forme de tableau
  3. Constater que l’écart est toujours quasi nul (erreurs d’arrondi flottant)

Rappel Python : conversion degrés vers radians : math.radians(deg). Puissance : math.cos(t)**3. Notation scientifique : :.2e.

Voir la solution

2.7.  Exercices

✏️ Voir tous les exercices
← Chapitre 1 — Algèbre Chapitre 3 — Trigonométrie →

Bilan — Formules essentielles

NotionDéfinition / FormulePiège à éviter
Affixe du milieu\(\displaystyle z_I = \frac{z_A + z_B}{2}\)Ne pas oublier de diviser par 2
Distance\(AB = |z_B - z_A|\)C’est le module de la différence, pas de la somme
Translation\(z' = z + t\)\(t\) est l’affixe du vecteur, pas du centre
Rotation centre O angle \(\theta\)\(z' = e^{i\theta} z\)L’angle est en radians, pas en degrés
Similitude\(z' = az + b\) avec \(a, b \in \mathbb{C}\)Rapport \(= |a|\), angle \(= \arg(a)\)
Solution de l’énigme — Partie réelle et module

Si \(|z|=1\), alors \(\frac{1}{z} = \bar{z}\) (le conjugué). Donc \(z + \frac{1}{z} = z + \bar{z} = 2\,\mathrm{Re}(z) \in \mathbb{R}\). Si \(z = e^{i\theta}\), alors \(\frac{1}{z} = e^{-i\theta}\), et \(z + \frac{1}{z} = e^{i\theta}+e^{-i\theta} = 2\cos\theta\).

⚠️ Pièges et contre-exemples

Complexes et géométrie : teste d’abord ton intuition, puis lis l’explication.

Score : 0 / 5 évaluations correctes
1 Module d’une somme

« \(|z_1 + z_2| = |z_1| + |z_2|\). »

Cette égalité est-elle toujours vraie ?

📖 Explication

C’est l'inégalité triangulaire : \(|z_1 + z_2| \leq |z_1| + |z_2|\), avec égalité seulement si \(z_1\) et \(z_2\) ont le même argument (même direction).

Exemple : \(z_1 = 1\), \(z_2 = i\). \(|1+i| = \sqrt{2} \approx 1{,}41\), mais \(|1|+|i| = 2\).

💡 Interprétation géométrique : Le chemin direct (somme) est toujours plus court ou égal au détour (somme des modules).

Mini-test : si \(z_1 = 3\) et \(z_2 = -2\), \(|z_1+z_2|\) vaut :

🔗 Travaillé dans les exercices du chapitre

2 Affixe du milieu

« L’affixe du milieu de \([AB]\) est \(z_A + z_B\). »

Cette formule est-elle correcte ?

📖 Explication

L’affixe du milieu est \(\dfrac{z_A + z_B}{2}\), pas \(z_A + z_B\). Il ne faut pas oublier de diviser par 2 !

Exemple : \(A(2)\) et \(B(6)\). Milieu : \(\frac{2+6}{2} = 4\), pas \(8\).

💡 Formule : Milieu de \([AB]\) → affixe \(\dfrac{z_A + z_B}{2}\). Centre de gravité → \(\dfrac{z_A + z_B + z_C}{3}\).

Mini-test : milieu de \([AB]\) avec \(z_A = 1+3i\) et \(z_B = 5+i\) :

🔗 Travaillé dans les exercices du chapitre

3 Argument d’un produit

« \(\arg(z_1 \times z_2) = \arg(z_1) \times \arg(z_2)\). »

Cette formule est-elle correcte ?

📖 Explication

Les arguments s’ajoutent, ils ne se multiplient pas !

\(\arg(z_1 z_2) = \arg(z_1) + \arg(z_2) \pmod{2\pi}\)

De même : \(\arg(z_1/z_2) = \arg(z_1) - \arg(z_2)\).

💡 Mémo : Module → on multiplie. Argument → on additionne. C’est le passage log/exp : la multiplication devient addition.

Mini-test : si \(\arg(z_1)=\frac{\pi}{3}\) et \(\arg(z_2)=\frac{\pi}{6}\), alors \(\arg(z_1 z_2)\) vaut :

🔗 Travaillé dans les exercices du chapitre

4 Module 1 implique z = 1 ?

« Si \(|z| = 1\), alors \(z = 1\). »

Cette affirmation est-elle correcte ?

📖 Explication

\(|z|=1\) signifie que \(z\) est sur le cercle unité. Il y a une infinité de tels nombres : \(z = e^{i\theta}\) pour tout \(\theta\).

Exemples : \(z = 1\), \(z = -1\), \(z = i\), \(z = -i\), \(z = \frac{1+i\sqrt{3}}{2}\), etc.

💡 Cercle unité : L’ensemble \(\{z \in \mathbb{C} : |z|=1\}\) est un cercle, pas un point !

Mini-test : quel est le module de \(z = e^{i\pi/4}\) ?

🔗 Travaillé dans les exercices du chapitre

5 Distance entre deux points

« La distance entre deux points d’affixes \(z_1\) et \(z_2\) est \(|z_2 - z_1|\). »

Cette propriété est-elle toujours vraie ?

📖 Explication

C’est vrai. Si \(z_1 = x_1 + iy_1\) et \(z_2 = x_2 + iy_2\), alors :

\(|z_2 - z_1| = \sqrt{(x_2-x_1)^2 + (y_2-y_1)^2} = AB\)

C’est exactement la formule de la distance euclidienne.

💡 Lien clé : Le module d’une différence = la distance. C’est le pont entre algèbre complexe et géométrie.

Mini-test : distance entre \(z_1 = 1+i\) et \(z_2 = 4+5i\) :

🔗 Travaillé dans les exercices du chapitre

6 Conjugué et symétrie

« Le conjugué de \(z\) est le symétrique par rapport à l’axe \((Oy)\). »

Cette affirmation est-elle correcte ?

📖 Explication

Le conjugué \(\bar{z}\) est le symétrique par rapport à l’axe \((Ox)\) (axe réel), pas \((Oy)\).

Si \(z = a + bi\), alors \(\bar{z} = a - bi\) : la partie réelle reste, la partie imaginaire change de signe → réflexion par rapport à l’axe des abscisses.

💡 Visualiser : Conjuguer = « replier » le plan par rapport à l’axe réel (horizontal).

Mini-test : le symétrique de \(z = 2+3i\) par rapport à l’axe réel est :

🔗 Travaillé dans les exercices du chapitre

A voir aussi

Ch1 — Nombres complexes Ch3 — Forme trigonométrique Ch4 — Équations polynomiales Ch5 — Transformations du plan
➡️ Pour la suite
Ch. 3 — Complexes et trigonométrie — La notation exponentielle sera exploitée pour démontrer la formule de Moivre et linéariser les puissances trigonométriques.