Maths Expertes · Math@mine
Le protocole RSA, qui protège tes communications numériques, repose sur l’impossibilité pratique de factoriser de grands entiers. On choisit deux nombres premiers \(p\) et \(q\) d’environ 150 chiffres chacun, et leur produit \(n = pq\) constitue la clé publique.
Une mise en œuvre concrète est proposée en activité Python 6 (RSA), en s'appuyant sur le petit théorème de Fermat et l'inverse modulaire.
Ératosthène (IIIe siècle av. J.-C.) invente son célèbre crible et calcule la circonférence de la Terre avec une précision remarquable. Euclide (Éléments IX, proposition 20) prouve l’infinité des nombres premiers par l’absurde — une démonstration d’une élégance intemporelle.
Ibn al-Haytham (Xe–XIe siècle) conjecture un résultat lié au théorème de Wilson. Al-Farisi (XIIIe siècle) donne une nouvelle démonstration originale de l’infinité des premiers, témoignant de la vitalité de la recherche mathématique islamique en théorie des nombres.
Sophie Germain (1776–1831), correspondant sous pseudonyme masculin avec Gauss et Legendre, apporte des contributions majeures à la théorie des nombres. Les « nombres premiers de Sophie Germain » (\(p\) premier tel que \(2p+1\) aussi) jouent un rôle central dans sa démonstration partielle du dernier théorème de Fermat — la plus grande avancée sur ce problème pendant près d’un siècle.
📜 Ératosthène et Euclide : le crible et l’infini → 📜 Ibn al-Haytham et Al-Farisi : les secrets des nombres → 📜 Sophie Germain : la mathématicienne qui signait d’un nom d’homme →
Démontrer qu’il n’existe pas de plus grand nombre premier : supposer que \(p_1, p_2, \ldots, p_n\) sont tous les nombres premiers et considérer \(N = p_1 \times p_2 \times \cdots \times p_n + 1\).
Un entier \(p \ge 2\) est premier s’il n’admet pas d’autre diviseur positif que 1 et lui-même.
Un entier \(n \ge 2\) non premier est dit composé.
Par convention, 1 n’est ni premier ni composé.
Premiers : 2, 3, 5, 7, 11, 13, 17, 19, 23, 29, 31, 37, 41, 43, 47, …
Composés : \(4 = 2^2\), \(6 = 2\times3\), \(15=3\times5\), \(100=2^2\times5^2\).
2 est le seul nombre premier pair.
Tout entier \(n \ge 2\) admet au moins un diviseur premier.
Soit \(E\) l’ensemble des diviseurs de \(n\) strictement supérieurs à 1. \(E\) est non vide (il contient \(n\)). Par le bon ordre de \(\mathbb{N}\), \(E\) admet un plus petit élément \(p\).
Montrons que \(p\) est premier. Si \(p\) avait un diviseur \(d\) avec \(1 < d < p\), alors \(d\) diviserait aussi \(n\) (par transitivité) et serait dans \(E\), contredisant la minimalité de \(p\). Donc \(p\) est premier. ∎
Pour vérifier si \(n\) est premier, il suffit de tester ses diviseurs jusqu’à \(\sqrt{n}\).
En effet, si \(n = ab\) avec \(a \le b\), alors \(a \le \sqrt{n}\).
\(\sqrt{97} < 10\). On teste 2, 3, 5, 7 : aucun ne divise 97. Donc 97 est premier.
Il existe une infinité de nombres premiers.
Supposons qu’il n’existe qu’un nombre fini de premiers : \(p_1, p_2, \ldots, p_k\).
Considérons l’entier \(N = p_1 \cdot p_2 \cdots p_k + 1\).
Par le lemme précédent, \(N\) admet un diviseur premier \(p\). Ce premier \(p\) doit figurer dans la liste, soit \(p = p_i\) pour un certain \(i\). Alors \(p \mid N\) et \(p \mid p_1\cdots p_k\), donc \(p \mid N - p_1\cdots p_k = 1\). Impossible.
Contradiction : la liste ne peut pas être finie. ∎
La preuve ne montre pas que \(N = p_1\cdots p_k + 1\) est lui-même premier. Elle montre seulement que \(N\) admet un diviseur premier nouveau (différent de tous les \(p_i\)), ce qui suffit pour la contradiction.
Contre-exemple : \(2\times3\times5\times7\times11\times13+1 = 30\,031 = 59\times 509\) — composé, mais ses deux facteurs premiers (59 et 509) sont nouveaux.
Soit \(p\) un nombre premier et \(a, b\) deux entiers. Si \(p \mid ab\), alors \(p \mid a\) ou \(p \mid b\).
Supposons \(p \mid ab\) et \(p \nmid a\). Comme \(p\) est premier, ses seuls diviseurs positifs sont \(1\) et \(p\). Puisque \(p \nmid a\), on a nécessairement \(\pgcd(p,a) = 1\).
Le lemme de Gauss (chapitre 9) appliqué à \(p \mid ab\) avec \(\pgcd(p,a)=1\) donne alors \(p \mid b\). ∎
Par récurrence sur le nombre de facteurs : si \(p\) est premier et \(p \mid a_1 a_2 \cdots a_k\), alors \(p\) divise au moins l’un des \(a_i\).
Tout entier \(n \ge 2\) s’écrit de façon unique (à l’ordre des facteurs près) comme produit de nombres premiers :
\(n = p_1^{\alpha_1} \cdot p_2^{\alpha_2} \cdots p_k^{\alpha_k}\)
avec \(p_1 < p_2 < \cdots < p_k\) premiers et \(\alpha_i \ge 1\).
Existence (par récurrence forte sur \(n\)).
Pour \(n=2\) : \(2\) est premier. Supposons le résultat vrai pour tout entier \(2 \le m < n\).
Si \(n\) est premier, c’est bon. Sinon, \(n = ab\) avec \(2 \le a, b < n\). Par hypothèse de récurrence, \(a\) et \(b\) se décomposent en premiers. Le produit donne une décomposition de \(n\). ∎
Unicité (par le lemme d’Euclide).
Supposons que \(n\) admette deux décompositions : $$n = p_1^{\alpha_1}\cdots p_k^{\alpha_k} = q_1^{\beta_1}\cdots q_l^{\beta_l}$$ avec \(p_1 < \cdots < p_k\) et \(q_1 < \cdots < q_l\) premiers, et tous les exposants \(\alpha_i, \beta_j \ge 1\).
1. Les plus petits premiers coïncident : \(p_1 = q_1\).
\(p_1\) divise \(n\), donc \(p_1 \mid q_1^{\beta_1}\cdots q_l^{\beta_l}\). Par le lemme d’Euclide généralisé, \(p_1\) divise au moins l’un des \(q_j\). Comme \(q_j\) est premier et \(p_1 \ge 2\), cette divisibilité force \(p_1 = q_j\). Le même argument appliqué à \(q_1\) montre que \(q_1 = p_i\) pour un certain \(i\). Mais les deux listes sont rangées par ordre strictement croissant et désignent le plus petit diviseur premier de \(n\) : ce plus petit diviseur premier est unique, donc \(p_1 = q_1\).
2. Simplification. Comme \(p_1 = q_1\), on peut diviser les deux membres par \(p_1\) : $$p_1^{\alpha_1 - 1} \cdot p_2^{\alpha_2}\cdots p_k^{\alpha_k} = q_1^{\beta_1 - 1} \cdot q_2^{\beta_2}\cdots q_l^{\beta_l}.$$ On obtient une nouvelle égalité entre produits de premiers, mais portant sur un entier strictement plus petit que \(n\) (l’entier \(n / p_1\)).
3. Conclusion sans récurrence formelle. On répète le procédé : à chaque étape, on identifie le plus petit premier des deux décompositions — qui est forcément le même par l’argument de l’étape 1 — et on simplifie par ce premier. Le processus consomme un facteur de chaque côté à chaque étape, et il s’arrête lorsque l’un des deux membres vaut \(1\). Or un produit de nombres premiers tous \(\ge 2\) ne vaut \(1\) que si aucun facteur ne reste : les deux membres atteignent donc \(1\) simultanément. C’est dire que les deux décompositions épuisent leurs facteurs au même rythme, donc \(k = l\) et chaque \(p_i = q_i\) avec \(\alpha_i = \beta_i\). ∎
Si \(a = \prod p_i^{\alpha_i}\) et \(b = \prod p_i^{\beta_i}\) (avec \(\alpha_i, \beta_i \ge 0\)), alors :
\(\pgcd(a,b) = \prod p_i^{\min(\alpha_i,\beta_i)}, \qquad \ppcm(a,b) = \prod p_i^{\max(\alpha_i,\beta_i)}\)
Notons \(d = \prod p_i^{\min(\alpha_i,\beta_i)}\). Alors \(d \mid a\) et \(d \mid b\) (car \(\min \le \alpha_i\) et \(\min \le \beta_i\)). Si \(e \mid a\) et \(e \mid b\), alors pour chaque premier \(p_i\) la valuation de \(e\) en \(p_i\) est \(\le \alpha_i\) et \(\le \beta_i\), donc \(\le \min(\alpha_i,\beta_i)\), soit \(e \mid d\). Ainsi \(d\) est bien le plus grand diviseur commun. Le raisonnement est dual pour le PPCM. ∎
Pour tous entiers naturels non nuls \(a\) et \(b\) :
\(\pgcd(a,b) \times \ppcm(a,b) = a \times b\)
Posons \(a = \prod p_i^{\alpha_i}\) et \(b = \prod p_i^{\beta_i}\).
Alors \(\pgcd(a,b) \times \ppcm(a,b) = \prod p_i^{\min(\alpha_i,\beta_i)} \times \prod p_i^{\max(\alpha_i,\beta_i)} = \prod p_i^{\min(\alpha_i,\beta_i) + \max(\alpha_i,\beta_i)}\).
Or pour tous réels \(x, y\) : \(\min(x,y) + \max(x,y) = x + y\).
Donc \(\pgcd(a,b) \times \ppcm(a,b) = \prod p_i^{\alpha_i + \beta_i} = \prod p_i^{\alpha_i} \times \prod p_i^{\beta_i} = a \times b\). ∎
On peut calculer le PPCM à partir du PGCD : \(\ppcm(a,b) = \dfrac{a \times b}{\pgcd(a,b)}\).
C’est souvent plus rapide que de passer par la décomposition en facteurs premiers.
\(360 = 2^3\times3^2\times5^1\) et \(756 = 2^2\times3^3\times7^1\).
\(\pgcd = 2^{\min(3,2)}\times3^{\min(2,3)}\times5^{\min(1,0)}\times7^{\min(0,1)} = 2^2\times3^2 = 36\).
\(\ppcm = 2^3\times3^3\times5\times7 = 7560\).
Vérification : \(\pgcd \times \ppcm = 36 \times 7560 = 272\,160 = 360 \times 756\) ✓
Pour trouver tous les premiers jusqu’à \(N\) :
Il suffit de traiter jusqu’à \(\sqrt{N}\) car tout composé \(\le N\) a un facteur premier \(\le \sqrt{N}\).
On élimine les multiples de 2, puis de 3, puis de 5 (\(\sqrt{30} < 6\)).
Premiers : 2, 3, 5, 7, 11, 13, 17, 19, 23, 29.
Applique le crible d’Ératosthène en cliquant sur les nombres :
Soit \(p\) un nombre premier et \(a\) un entier. Alors :
Étape 1 — Lemme. Pour \(p\) premier et \(1 \leqslant k \leqslant p-1\), on a \(p \mid \binom{p}{k}\).
En effet, \(\binom{p}{k} = \dfrac{p!}{k!(p-k)!}\), donc \(k!(p-k)!\,\binom{p}{k} = p!\). Comme \(p\) divise \(p!\), il divise le membre de gauche. Or les facteurs de \(k! = 1\cdot 2\cdots k\) et \((p-k)! = 1\cdot 2\cdots(p-k)\) sont tous strictement inférieurs à \(p\) : aucun n’est divisible par le premier \(p\), donc \(\pgcd(p,\,k!(p-k)!)=1\). Par le lemme de Gauss (chapitre 9, section 9.3), on conclut \(p \mid \binom{p}{k}\).
Étape 2 — Forme 1 par récurrence sur \(a \in \mathbb{N}\).
Initialisation (\(a = 0\)) : \(0^p = 0 \equiv 0 \pmod{p}\). ✓
Hérédité. Supposons \(a^p \equiv a \pmod{p}\). Par la formule du binôme :
\((a+1)^p = a^p + \sum_{k=1}^{p-1}\binom{p}{k}a^k + 1.\)
Par l’étape 1, chaque terme \(\binom{p}{k}a^k\) (\(1 \leqslant k \leqslant p-1\)) est divisible par \(p\), donc :
\((a+1)^p \equiv a^p + 1 \equiv a + 1 \pmod{p}.\)
Par récurrence, la propriété est vraie pour tout \(a \in \mathbb{N}\).
Extension à \(a \in \mathbb{Z}\). Si \(a < 0\), on pose \(a = -b\) avec \(b \in \mathbb{N}\). Alors \(a^p = (-b)^p = (-1)^p b^p\).
Étape 3 — Passage à la forme 2. Si \(p \nmid a\), alors \(\pgcd(a, p) = 1\). L’égalité \(a^p \equiv a \pmod{p}\) s’écrit \(p \mid a^p - a = a(a^{p-1} - 1)\). Par le lemme de Gauss (\(p\) premier avec \(a\)), on en déduit \(p \mid a^{p-1} - 1\), soit \(a^{p-1} \equiv 1 \pmod{p}\). \(\square\)
Si \(a^{n-1} \equiv 1 \pmod{n}\) pour un \(a\) premier avec \(n\), on ne peut pas conclure que \(n\) est premier. Les entiers composés vérifiant \(a^{n-1} \equiv 1 \pmod n\) pour tout \(a\) premier avec \(n\) s’appellent nombres de Carmichael (le plus petit est \(561 = 3 \times 11 \times 17\)). Le test de primalité de Fermat est donc un test probabiliste, pas une caractérisation.
Le théorème d’Euler (généralisation du petit théorème de Fermat via l’indicatrice \(\varphi\), section 10.6) est à la base du chiffrement RSA : pour un module composé \(n=pq\), c’est l’égalité \(a^{\varphi(n)}\equiv 1\pmod n\) qui rend possible le déchiffrement. Voir l’activité 6 (Cryptographie RSA) en fin de chapitre.
Dans cette section, on s’intéresse aux entiers \(a\) inversibles modulo \(n\) (c’est-à-dire \(\pgcd(a, n) = 1\)). On cherche quelle est la plus petite puissance \(a^k\) qui redonne 1 modulo \(n\) — un nombre qui contrôle la périodicité des puissances de \(a\) modulo \(n\).
Pour \(n \geq 1\), on note \(\varphi(n)\) le nombre d’entiers \(k\) de l’intervalle \(\{1, 2, \ldots, n\}\) qui sont premiers avec \(n\) (c’est-à-dire \(\pgcd(k, n) = 1\)).
La fonction \(\varphi\) s’appelle l'indicatrice d’Euler.
Soit \(n \geq 2\) et \(a\) un entier avec \(\pgcd(a, n) = 1\). L'ordre (multiplicatif) de \(a\) modulo \(n\) est le plus petit entier \(k > 0\) tel que :
\(a^k \equiv 1 \pmod{n}.\)
On le note \(\text{ord}_n(a)\). Si \(\pgcd(a, n) \neq 1\), l’ordre n’est pas défini (aucune puissance de \(a\) ne donne 1 modulo \(n\)).
On calcule les puissances successives de 2 modulo 7 :
\(2^1 \equiv 2,\quad 2^2 \equiv 4,\quad 2^3 \equiv 8 \equiv 1 \pmod{7}.\)
Donc \(\text{ord}_7(2) = 3\). Les puissances de 2 modulo 7 sont périodiques de période 3 : \(2, 4, 1, 2, 4, 1, \ldots\)
Soit \(n \geq 2\) et \(a\) un entier avec \(\pgcd(a, n) = 1\). Alors :
\(a^{\varphi(n)} \equiv 1 \pmod{n}.\)
Si \(\pgcd(a, n) = 1\), alors \(\text{ord}_n(a)\) divise \(\varphi(n)\). (C’est une conséquence du théorème d’Euler et d’une division euclidienne sur les exposants.)
En particulier, pour connaître l’ordre, il suffit de tester les diviseurs de \(\varphi(n)\).
Si \(p\) est un nombre premier, alors \(\varphi(p) = p - 1\). Le théorème d’Euler donne donc, pour tout \(a\) non multiple de \(p\) :
\(a^{p-1} \equiv 1 \pmod{p}.\)
C’est le petit théorème de Fermat démontré de façon autonome en section 10.5.
Exemple : pour \(a = 3, n = 7\), on a \(\varphi(7) = 6\), diviseurs de 6 : 1, 2, 3, 6. On calcule \(3^1 = 3\), \(3^2 = 9 \equiv 2\), \(3^3 \equiv 6\), \(3^6 \equiv 1\). Donc \(\text{ord}_7(3) = 6\).
Notons \(\pi(x)\) le nombre de premiers \(\le x\). Alors :
\(\pi(x) \sim \dfrac{x}{\ln x} \quad (x \to +\infty)\)
Par exemple \(\pi(10^6) = 78\,498\) et \(\frac{10^6}{\ln 10^6} \approx 72\,382\) (erreur ~8%).
Résultat admis. La démonstration rigoureuse, obtenue indépendamment par Jacques Hadamard et Charles-Jean de la Vallée Poussin en 1896, repose sur l’étude analytique de la fonction zêta de Riemann \(\zeta(s)\). Elle utilise des outils de variable complexe (théorème des résidus, analyticité de \(\zeta\) dans un demi-plan, non-annulation sur la droite \(\mathrm{Re}(s) = 1\)) qui dépassent totalement le lycée.
Histoire. La conjecture remonte à Legendre (1798) et Gauss (1792-1793, à l’âge de 15 ans, qui constate numériquement que \(\pi(x) \approx x/\ln x\)). Riemann donne en 1859 le cadre théorique. Il faut attendre près de 40 ans pour qu’Hadamard et de la Vallée Poussin achèvent la preuve.
Démonstration « élémentaire ». Erdős et Selberg ont trouvé en 1948 une preuve ne faisant intervenir que des outils élémentaires (pas d’analyse complexe), mais qui reste longue et technique. ∎
Si \(\pgcd(a,b)=1\), la suite arithmétique \((a + nb)_{n\ge0}\) contient une infinité de nombres premiers.
Par exemple, parmi \(1, 5, 9, 13, 17, 21, \ldots\) (suite \(1+4n\)), il y a une infinité de premiers.
Résultat admis. Dirichlet (1837) démontre ce résultat en introduisant les caractères de Dirichlet et les fonctions L (généralisations de la fonction zêta). La preuve utilise des outils d’analyse (séries, produits infinis, analyticité) inaccessibles au lycée.
Idée directrice. Dirichlet montre que la série \(\sum_p \dfrac{1}{p}\) (somme des inverses des premiers dans la progression \(a + nb\)) est divergente. Ceci entraîne qu’il y a une infinité de tels premiers (car une somme finie serait convergente).
Cas particulier élémentaire. Pour certains cas simples (par exemple \(4n+3\) ou \(4n+1\)), on peut donner une preuve directe inspirée de celle d’Euclide. Exemple : pour \(4n+3\), on suppose qu’il n’y a qu’un nombre fini \(p_1, \ldots, p_k\) et on considère \(N = 4 p_1 \cdots p_k - 1\). Alors \(N \equiv 3 \pmod{4}\) et tout diviseur premier impair de \(N\) est congru à \(1\) ou \(3\) modulo \(4\) ; comme \(N\) est impair et \(\equiv 3\pmod 4\), au moins un facteur premier \(p \equiv 3 \pmod 4\). Mais \(p\) ne peut être aucun des \(p_i\) (car \(p \mid 4 p_1 \cdots p_k - 1\) imposerait \(p \mid 1\)), contradiction. ∎
Riemann définit en 1859 la fonction \(\zeta(s) = \sum_{n=1}^{+\infty} \frac{1}{n^s}\) (pour \(s \in \mathbb{C}\) avec \(\mathrm{Re}(s) > 1\)) et montre que la distribution des nombres premiers est liée aux zéros de \(\zeta\).
La conjecture affirme que tous les zéros non triviaux vérifient \(\mathrm{Re}(s) = \frac{1}{2}\). Elle reste non prouvée à ce jour, malgré la vérification numérique pour les \(10^{13}\) premiers zéros.
Écrire une fonction est_premier(n) qui teste si \(n\) est premier par divisions successives.
Rappel Python : i * i <= n est plus efficace que i <= n**0.5. Listes en compréhension : [n for n in range(2, 200) if condition].
Implémenter le crible d’Ératosthène et vérifier le théorème des nombres premiers.
crible(N) qui retourne la liste de tous les nombres premiers \(\leqslant N\).True, puis rayer les multiples de chaque premier \(p\) a partir de \(p^2\).Rappel Python : [True] * (N+1) crée une liste de booléens. range(p*p, N+1, p) pour les multiples de \(p\). math.log(x) pour \(\ln(x)\).
Écrire une fonction factorisation(n) qui décompose \(n\) en produit de facteurs premiers.
{p: exposant} (ex: {2: 3, 3: 2, 5: 1} pour 360).afficher_facto(n) pour un affichage lisible (ex: \(360 = 2^3 \times 3^2 \times 5\)).Rappel Python : n //= d pour la division entière en place. dict.get(key, 0) retourne 0 si la clé est absente.
Explorer trois grandes conjectures sur les nombres premiers.
Rappel Python : range(4, 52, 2) pour les pairs. Liste en compréhension avec double condition : [(p, p+2) for p in range(2, 200) if cond1 and cond2].
Implémenter le test probabiliste de Miller-Rabin, bien plus rapide que le test naif pour les grands nombres.
Rappel Python : random.randrange(2, n-1) pour un entier aléatoire. pow(a, d, n) pour l’exponentiation modulaire. time.time() pour chronométrer.
Implémenter les étapes du chiffrement RSA avec de petits nombres premiers (\(p = 61\), \(q = 53\)) :
Rappel : la sécurité de RSA repose sur la difficulté de factoriser \(n = pq\). pow(m, e, n) calcule \(m^e \bmod n\) et pow(e, -1, phi) l’inverse modulaire.
Explorer l'ordre multiplicatif et le petit théorème de Fermat :
ordre(a, n) qui renvoie le plus petit \(k > 0\) tel que \(a^k \equiv 1 \pmod{n}\), ou None si \(a\) n’est pas inversible modulo \(n\).Rappel (section 10.6) : l’ordre de \(a\) divise toujours \(\varphi(n)\) (théorème d’Euler). Pour \(p\) premier, \(\varphi(p) = p-1\) et l’on retrouve le petit théorème de Fermat.
⭐ Ouverture L’ensemble des inversibles modulo \(n\) se note \((\mathbb{Z}/n\mathbb{Z})^*\) et, lorsqu’il est engendré par un seul élément, on parle de groupe cyclique. C’est le cas de \((\mathbb{Z}/7\mathbb{Z})^*\) (cyclique d’ordre 6). Ces notions seront formalisées en classes préparatoires ou en licence de mathématiques (un aperçu est proposé en complément hors programme dans le chapitre 11 du site).
Vérifier expérimentalement le petit théorème de Fermat : si \(p\) est premier et \(1 \leqslant a \leqslant p-1\), alors \(a^{p-1} \equiv 1 \pmod{p}\).
est_premier(n) (test naif jusqu’a \(\sqrt{n}\)).Rappel Python : pow(a, e, n) calcule \(a^e \bmod n\) efficacement (exponentiation modulaire). math.gcd(a, n) pour le PGCD.
Observe le test de primalite de 97 : on teste les diviseurs impairs jusqu’a √97 < 10.
| Notion | Définition / Formule | Piège à éviter |
|---|---|---|
| Nombre premier | \(p\) est premier ssi \(p \geq 2\) et ses seuls diviseurs positifs sont \(1\) et \(p\) | 1 n’est pas premier |
| Décomposition en facteurs premiers | Tout entier \(n \geq 2\) s’écrit de manière unique comme produit de nombres premiers | L’unicité est à permutation près des facteurs |
| Petit théorème de Fermat | Si \(p\) premier et \(p \nmid a\), alors \(a^{p-1} \equiv 1 \pmod{p}\) | La réciproque est fausse (nombres de Carmichael) |
| Infinité des premiers | Il existe une infinité de nombres premiers (Euclide) | La preuve construit \(N = p_1 \cdots p_k + 1\) qui n’est pas forcément premier, mais a un diviseur premier nouveau |
| Crible d’Ératosthène | Pour tester si \(n\) est premier, il suffit de vérifier les diviseurs jusqu’à \(\sqrt{n}\) | Ne pas oublier de tester aussi 2 (seul premier pair) |
Pour tout \(i\), \(N \equiv 1 \pmod{p_i}\) : \(p_i\) ne divise pas \(N\). Mais \(N > 1\) est un entier, donc il admet au moins un diviseur premier — qui ne peut être aucun des \(p_i\). Contradiction avec l’hypothèse que la liste est complète. Il existe donc une infinité de nombres premiers.
Nombres premiers : teste d’abord ton intuition.
« 1 est un nombre premier. »
Cette affirmation est-elle vraie ?
C’est faux ! Par convention (et pour de bonnes raisons mathématiques), 1 n’est pas considéré comme un nombre premier. Un nombre premier doit avoir exactement deux diviseurs (1 et lui-même), or 1 n’a qu’un seul diviseur. Cette convention garantit l’unicité de la décomposition en facteurs premiers.
Mini-test : quel est le plus petit nombre premier ?
Voir section 1
« Tous les nombres premiers sont impairs. »
Cette affirmation est-elle vraie ?
C’est faux ! Le nombre 2 est premier (ses seuls diviseurs sont 1 et 2) et il est pair. C’est d’ailleurs le seul nombre premier pair. Tous les autres nombres premiers sont effectivement impairs.
Mini-test : combien y a-t-il de nombres premiers pairs ?
Voir section 1
« Pour tout \(n \geq 2\), le nombre \(n! + 1\) est premier. »
Cette affirmation est-elle vraie ?
C’est faux ! Contre-exemple : \(4! + 1 = 25 = 5^2\) n’est pas premier. La preuve d’Euclide utilise \(n!+1\) pour montrer qu’il existe un nombre premier ne figurant pas dans une liste donnée, mais \(n!+1\) n’est pas nécessairement premier lui-même — il suffit qu’il admette un diviseur premier nouveau.
Mini-test : \(5! + 1 = 121\). Ce nombre est :
Voir section 2
« Si \(p\) est premier et \(p \mid ab\), alors \(p \mid a\) et \(p \mid b\). »
Cette affirmation est-elle vraie ?
C’est faux ! Le lemme d’Euclide dit que \(p \mid a\) ou \(p \mid b\) (disjonction), pas les deux à la fois. Par exemple : \(3 \mid 12 = 4 \times 3\), et \(3 \mid 3\) mais \(3 \nmid 4\).
Mini-test : \(7 \mid 42 = 6 \times 7\). On a :
Voir section 3
« Il existe une formule simple qui génère tous les nombres premiers. »
Cette affirmation est-elle vraie ?
C’est faux ! Aucune formule polynomiale simple ne génère tous les nombres premiers. Des formules comme \(n^2 + n + 41\) (Euler) donnent des premiers pour \(n = 0, 1, \ldots, 39\) mais échouent pour \(n = 40\). La distribution des premiers reste l’un des grands mystères des mathématiques.
Mini-test : \(n^2 + n + 41\) pour \(n = 40\) donne :
Voir section 7
« Tout entier naturel \(n \geq 2\) admet au moins un diviseur premier. »
Cette affirmation est-elle vraie ?
C’est vrai ! C’est une conséquence directe du théorème fondamental de l’arithmétique (existence de la décomposition en facteurs premiers). Si \(n\) est premier, il est son propre diviseur premier. Si \(n\) est composé, son plus petit diviseur strictement supérieur à 1 est nécessairement premier.
Mini-test : quel est le plus petit diviseur premier de 91 ?
Voir section 3
10 énigmes · tout le programme d'arithmétique Expertes · ~1h30
Division euclidienne · PGCD · Bézout · Gauss · Diophantiennes · Décomposition · Congruences · Fermat · RSA