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Chapitre 11 — Structures algébriques

HORS PROGRAMME BO Maths Expertes 2020. Chapitre d'approfondissement et d'ouverture vers les classes préparatoires. Aucune notion ici n'est exigible au baccalauréat.
📋 Prérequis & 🎯 Objectifs du chapitre déplier
📋 Prérequis
  • Expertes — l’ensemble des 10 premiers chapitres
🎯 Objectifs — à la fin du chapitre, je saurai…
  • ⭐ Chapitre hors programme — ouverture vers les études supérieures
  • Découvrir les notions de loi de composition, groupe, anneau, corps
  • Reconnaître des structures vues en cours (\(\mathbb{Z}\), \(\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}\), \(\mathbb{C}\), matrices)

Maths Expertes · Math@mine

Sommaire

Les rotations d’un carré forment-elles un groupe ?

Les rotations d’un carré autour de son centre — 0°, 90°, 180°, 270° — peuvent se composer : tourner de 90° puis de 180° revient à tourner de 270°. Cette structure satisfait-elle les axiomes d’un groupe ?

Construire la table de composition de ces quatre rotations. L’addition des jours de la semaine modulo 7 forme-t-elle aussi un groupe ?

Galois, Al-Khayyam et Emmy Noether

Évariste Galois (1811–1832) invente la théorie des groupes à 20 ans pour répondre à une question vieille de siècles : pourquoi les équations de degré supérieur ou égal à 5 ne sont-elles pas résolubles par radicaux ? Il mourra en duel à 21 ans. Al-Khayyam (XIe siècle) avait approché le problème des cubiques sans disposer des outils de Galois.

Emmy Noether (1882–1935) fonde la théorie abstraite des anneaux et des corps, donnant un cadre unifié aux structures algébriques. Son théorème reliant symétries et lois de conservation est l’un des résultats les plus profonds de la physique mathématique.

📜 Lire l’article — Galois et Noether : la symétrie cachée des équations →

Groupes cycliques dans Z/5Z

Montrer que \((\mathbb{Z}/5\mathbb{Z}, +)\) est un groupe cyclique d’ordre 5 et trouver tous ses générateurs.

Puis vérifier que \((\mathbb{Z}/5\mathbb{Z} \setminus \{0\}, \times)\) est aussi un groupe. Trouver ses générateurs (éléments d’ordre 4).

→ Solution complète en fin de chapitre

Approfondissement — Hors programme
Ce chapitre va au-delà du programme officiel de Maths Expertes. Il constitue une introduction aux structures algébriques (groupes, anneaux, corps) destinée à préparer les études supérieures (CPGE, Licence). Son contenu n’est pas exigible au baccalauréat.

11.1.  Lois de composition interne

Définition — Loi de composition interne

Une loi de composition interne sur un ensemble \(E\) est une application \(\star : E \times E \to E\), notée \((a, b) \mapsto a \star b\).

Définition — Propriétés d’une loi

Soit \(\star\) une loi sur \(E\). On dit que \(\star\) est :

  • Associative si \(\forall a,b,c\in E,\ (a\star b)\star c = a\star(b\star c)\).
  • Commutative si \(\forall a,b\in E,\ a\star b = b\star a\).

Un élément \(e \in E\) est un élément neutre si \(\forall a\in E,\ e\star a = a\star e = a\).

Si \(e\) existe, un élément \(a'\) est le symétrique (ou inverse) de \(a\) si \(a\star a' = a'\star a = e\).

Propriété — Unicité de l’élément neutre et de l’inverse

Si une loi admet un élément neutre, celui-ci est unique. De même, si l’inverse d’un élément existe, il est unique.

Démonstration

Unicité du neutre. Soient \(e\) et \(e'\) deux éléments neutres. Alors \(e = e\star e'\) (car \(e'\) est neutre) et \(e\star e' = e'\) (car \(e\) est neutre). Donc \(e = e'\). ∎

Unicité de l’inverse. Supposons que \(a'\) et \(a''\) soient tous deux des inverses de \(a\). Alors :

\(a' = a'\star e = a'\star(a\star a'') = (a'\star a)\star a'' = e\star a'' = a''\). ∎

Exemples classiques
EnsembleLoiAssociativeCommutativeNeutreInverse
\(\mathbb{Z}\)\(+\)ouioui0\(-a\)
\(\mathbb{Z}\)\(\times\)ouioui1non (sauf ±1)
\(\mathbb{R}^*\)\(\times\)ouioui1\(1/a\)
\(M_2(\mathbb{R})\)\(\times\)ouinon\(I_2\)si det≠0
\(\mathbb{N}\)\(-\)nonnon

11.2.  Groupes

Définition — Groupe

Un groupe est un couple \((G, \star)\) où \(\star\) est une loi interne sur \(G\) vérifiant :

  1. (G1) Associativité : \((a\star b)\star c = a\star(b\star c)\) pour tous \(a,b,c\in G\).
  2. (G2) Élément neutre : il existe \(e\in G\) tel que \(e\star a = a\star e = a\) pour tout \(a\).
  3. (G3) Symétrique : tout élément \(a\in G\) admet un inverse \(a^{-1}\in G\) tel que \(a\star a^{-1} = a^{-1}\star a = e\).

Si de plus \(\star\) est commutative, le groupe est dit abélien (ou commutatif).

Exemples de groupes
  • \((\mathbb{Z}, +)\), \((\mathbb{Q}, +)\), \((\mathbb{R}, +)\), \((\mathbb{C}, +)\) : groupes abéliens.
  • \((\mathbb{Q}^*, \times)\), \((\mathbb{R}^*, \times)\), \((\mathbb{C}^*, \times)\) : groupes abéliens.
  • \((\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}, +)\) : groupe abélien d’ordre \(n\) (les restes mod \(n\)).
  • \((\mathbb{Z}/n\mathbb{Z})^*\) : groupe des inversibles mod \(n\), d’ordre \(\varphi(n)\) (indicatrice d’Euler, définie plus bas avant le théorème sur les générateurs).
  • \((GL_2(\mathbb{R}), \times)\) : groupe des matrices inversibles \(2\times2\) — non abélien.
  • \((\{1,-1\},\times)\) : groupe d’ordre 2.
Contre-exemples
  • \((\mathbb{N}, +)\) n’est pas un groupe : pas d’inverse (ex. \(3 + x = 0\) n’a pas de solution dans \(\mathbb{N}\)).
  • \((\mathbb{Z}, \times)\) n’est pas un groupe : 2 n’a pas d’inverse dans \(\mathbb{Z}\).
Propriétés élémentaires d’un groupe

Dans un groupe \((G, \star)\) :

  1. L’élément neutre est unique.
  2. L’inverse de chaque élément est unique.
  3. \((a^{-1})^{-1} = a\) pour tout \(a\).
  4. \((a\star b)^{-1} = b^{-1}\star a^{-1}\) pour tous \(a, b\).
  5. Les équations \(a\star x = b\) et \(x\star a = b\) ont chacune une solution unique dans \(G\).
Démonstration

1–2. Déjà démontrés (unicité du neutre et de l’inverse, section I).

3. \((a^{-1})^{-1}\) est l’inverse de \(a^{-1}\). Or \(a\star a^{-1} = e\) et \(a^{-1}\star a = e\), donc \(a\) est bien l’inverse de \(a^{-1}\). Par unicité : \((a^{-1})^{-1} = a\). ∎

4. Vérifions que \(b^{-1}\star a^{-1}\) est l’inverse de \(a\star b\) :

\((a\star b)\star(b^{-1}\star a^{-1}) = a\star(b\star b^{-1})\star a^{-1} = a\star e\star a^{-1} = a\star a^{-1} = e\). ∎

5. Existence : \(x = a^{-1}\star b\) est solution de \(a\star x = b\). Unicité : si \(a\star x = a\star y\), alors \(x = a^{-1}\star(a\star x) = a^{-1}\star(a\star y) = y\). ∎

Définition — Sous-groupe

Une partie \(H\) d’un groupe \((G, \star)\) est un sous-groupe de \(G\) si :

  1. \(e \in H\) (le neutre est dans \(H\)).
  2. \(\forall a, b \in H,\ a\star b \in H\) (stabilité par la loi).
  3. \(\forall a \in H,\ a^{-1} \in H\) (stabilité par l’inverse).
Critère — Caractérisation des sous-groupes

\(H \subseteq G\) est un sous-groupe si et seulement si \(H \neq \emptyset\) et :

\(\forall a, b \in H,\quad a\star b^{-1} \in H\)

Démonstration

Si \(H\) est un sous-groupe, alors \(b\in H\Rightarrow b^{-1}\in H\), puis \(a,b^{-1}\in H\Rightarrow a\star b^{-1}\in H\). ✓

Supposons \(H\neq\emptyset\) et \(\forall a,b\in H,\ a\star b^{-1}\in H\).

  • Neutre : soit \(a\in H\) (non vide). Alors \(a\star a^{-1}=e\in H\). ✓
  • Inverses : pour \(a\in H\), on a \(e,a\in H\), donc \(e\star a^{-1}=a^{-1}\in H\). ✓
  • Stabilité : pour \(a,b\in H\), on a \(b^{-1}\in H\), donc \(a\star(b^{-1})^{-1}=a\star b\in H\). ✓

Exemples de sous-groupes
  • \(n\mathbb{Z} = \{nk \mid k\in\mathbb{Z}\}\) est un sous-groupe de \((\mathbb{Z},+)\) pour tout \(n\ge0\).
  • \(\{1,-1\}\) est un sous-groupe de \((\mathbb{R}^*,\times)\).
  • \(\{e\}\) et \(G\) lui-même sont toujours des sous-groupes (triviaux).
Théorème — Sous-groupes de (ℤ, +)

Les sous-groupes de \((\mathbb{Z}, +)\) sont exactement les ensembles de la forme \(n\mathbb{Z}\) pour \(n \in \mathbb{N}\).

Démonstration

On a déjà vu que \(n\mathbb{Z}\) est un sous-groupe pour tout \(n\).

Réciproquement, soit \(H\) un sous-groupe de \(\mathbb{Z}\). Si \(H=\{0\}=0\mathbb{Z}\), c’est bon. Sinon, \(H\) contient un élément non nul, et puisque \(H\) est stable par opposé, il contient un élément strictement positif. Soit \(n\) le plus petit élément strictement positif de \(H\) (il existe par bon ordre de \(\mathbb{N}\)).

Clairement \(n\mathbb{Z}\subseteq H\). Montrons \(H\subseteq n\mathbb{Z}\). Soit \(a\in H\). La division euclidienne donne \(a=nq+r\) avec \(0\le r\lt n\). Alors \(r=a-nq\in H\) (car \(a\in H\) et \(nq\in n\mathbb{Z}\subseteq H\)). Par minimalité de \(n\), \(r=0\). Donc \(a=nq\in n\mathbb{Z}\). ∎

11.3.  Le groupe \(\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}\)

Définition — ℤ/nℤ

Pour \(n\ge2\), on note \(\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}\) \(= \{\bar{0}, \bar{1}, \ldots, \overline{n-1}\}\) l’ensemble des classes de congruence modulo \(n\), muni de l’addition \(\bar{a}+\bar{b} = \overline{a+b}\).

\((\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}, +)\) est un groupe abélien d’ordre \(n\).

Théorème de Lagrange (admis)

Si \(G\) est un groupe fini d’ordre \(|G|\) et \(H\) un sous-groupe de \(G\), alors \(|H|\) divise \(|G|\).

Corollaire — Ordre d’un élément

L'ordre d’un élément \(a\) dans un groupe fini \(G\) est le plus petit \(k\ge1\) tel que \(a^k = e\). Il divise \(|G|\). En particulier, \(a^{|G|} = e\).

Démonstration

L’ensemble \(H = \langle a\rangle = \{e, a, a^2, \ldots, a^{k-1}\}\) (où \(k\) est l’ordre de \(a\)) est un sous-groupe de \(G\) d’ordre \(k\). Par Lagrange, \(k\mid|G|\). Donc \(|G|=km\) pour un entier \(m\), et \(a^{|G|}=(a^k)^m=e^m=e\). ∎

Exemple — ℤ/6ℤ

Dans \(\mathbb{Z}/6\mathbb{Z}\) :

Élément \(\bar a\)\(\bar1\)\(\bar2\)\(\bar3\)\(\bar4\)\(\bar5\)
Ordre63236

Les ordres (1, 2, 3, 6) divisent bien \(|G|=6\).

Définition — Groupe cyclique

Un groupe \(G\) est cyclique s’il existe \(g\in G\) tel que tout élément de \(G\) est une puissance de \(g\) : \(G = \langle g\rangle\). On dit que \(g\) est un générateur de \(G\).

Définition — Indicatrice d’Euler \(\varphi(n)\)

Pour tout entier \(n \geqslant 1\), l'indicatrice d’Euler \(\varphi(n)\) est le nombre d’entiers \(a\) tels que \(1 \leqslant a \leqslant n\) et \(\pgcd(a, n) = 1\) :

\[\varphi(n) = \#\{a \in \{1, 2, \ldots, n\} \mid \pgcd(a, n) = 1\}.\]

Exemples : \(\varphi(1) = 1\), \(\varphi(p) = p - 1\) pour \(p\) premier, \(\varphi(pq) = (p-1)(q-1)\) pour \(p, q\) premiers distincts.

Théorème — Générateurs de ℤ/nℤ

\(\bar a\) est un générateur de \((\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}, +)\) si et seulement si \(\pgcd(a, n) = 1\).

Le nombre de générateurs est \(\varphi(n)\).

Démonstration

\(\bar a\) est générateur ssi \(\langle\bar a\rangle = \mathbb{Z}/n\mathbb{Z}\), i.e. ssi on peut atteindre \(\bar1\) par des multiples de \(\bar a\) : \(\exists k\in\mathbb{Z},\ ka\equiv1\pmod n\), ce qui équivaut à \(\pgcd(a,n)=1\) (existence de l’inverse de \(a\) mod \(n\)). ∎

11.4.  Anneaux

Définition — Anneau

Un anneau est un triplet \((A, +, \times)\) où :

  1. \((A, +)\) est un groupe abélien (de neutre noté 0).
  2. \(\times\) est associative avec élément neutre 1.
  3. Distributivité : \(a\times(b+c)=a\times b+a\times c\) et \((a+b)\times c=a\times c+b\times c\).

Si \(\times\) est commutative, l’anneau est dit commutatif.

Exemples d’anneaux
  • \((\mathbb{Z}, +, \times)\) : anneau commutatif. Le prototype.
  • \((\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}, +, \times)\) : anneau commutatif fini d’ordre \(n\).
  • \((M_2(\mathbb{R}), +, \times)\) : anneau non commutatif.
  • \((\mathbb{R}[X], +, \times)\) : anneau des polynômes à coefficients réels.
Propriétés fondamentales d’un anneau

Dans tout anneau \((A, +, \times)\) :

  1. \(0 \times a = a \times 0 = 0\) pour tout \(a\).
  2. \((-a)\times b = a\times(-b) = -(a\times b)\).
  3. \((-a)\times(-b) = a\times b\).
Démonstration

1. \(0\times a = (0+0)\times a = 0\times a + 0\times a\). En ajoutant \(-(0\times a)\) des deux côtés : \(0 = 0\times a\). ∎

2. \((-a)\times b + a\times b = (-a+a)\times b = 0\times b = 0\). Donc \((-a)\times b = -(a\times b)\). ∎

3. \((-a)\times(-b) = -(a\times(-b)) = -(-(a\times b)) = a\times b\). ∎

Définition — Diviseurs de zéro, intégrité

Dans un anneau \(A\), un élément \(a\neq0\) est un diviseur de zéro s’il existe \(b\neq0\) tel que \(ab=0\).

Un anneau commutatif sans diviseur de zéro est dit intègre.

Exemples
  • \(\mathbb{Z}\) est intègre : si \(ab=0\) et \(a\neq0\), alors \(b=0\).
  • \(\mathbb{Z}/6\mathbb{Z}\) n’est pas intègre : \(\bar2\times\bar3=\bar6=\bar0\) avec \(\bar2\neq\bar0\) et \(\bar3\neq\bar0\).
  • \(\mathbb{Z}/p\mathbb{Z}\) est intègre si \(p\) est premier (voir ci-dessous).

11.5.  Corps

Définition — Corps

Un corps est un anneau commutatif \((K, +, \times)\) dans lequel tout élément non nul est inversible pour \(\times\) :

\(\forall a \in K\setminus\{0\},\ \exists a^{-1}\in K,\quad a\times a^{-1} = 1\)

Autrement dit : \((K\setminus\{0\}, \times)\) est un groupe abélien.

Exemples de corps
  • \(\mathbb{Q}\), \(\mathbb{R}\), \(\mathbb{C}\) : corps infinis classiques.
  • \(\mathbb{Z}/p\mathbb{Z}\) pour \(p\) premier : corps fini à \(p\) éléments, noté \(\mathbb{F}_p\).
  • \(\mathbb{Z}\) n’est pas un corps (2 n’est pas inversible dans \(\mathbb{Z}\)).
  • \(\mathbb{Z}/6\mathbb{Z}\) n’est pas un corps (\(\bar2\) et \(\bar3\) ne sont pas inversibles).
Théorème — ℤ/pℤ est un corps

Pour tout nombre premier \(p\), \((\mathbb{Z}/p\mathbb{Z}, +, \times)\) est un corps.

Démonstration

Il faut montrer que tout élément \(\bar a \neq \bar 0\) est inversible modulo \(p\), i.e. que \(ax\equiv1\pmod p\) a une solution.

Puisque \(\bar a \neq \bar 0\), on a \(p\nmid a\). Comme \(p\) est premier, \(\pgcd(a,p)=1\). Par le théorème de Bézout, il existe \(u,v\in\mathbb{Z}\) tels que \(au+pv=1\), donc \(au\equiv1\pmod p\). Ainsi \(\bar u = \bar a^{-1}\). ∎

Théorème — Tout corps est intègre

Tout corps est un anneau intègre.

Démonstration

Soit \(K\) un corps et \(a, b\in K\) avec \(ab=0\) et \(a\neq0\). Alors \(a\) est inversible : \(b = a^{-1}\cdot(ab) = a^{-1}\cdot0 = 0\). ∎

Théorème — ℤ/nℤ est un corps ssi n est premier

\((\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}, +, \times)\) est un corps si et seulement si \(n\) est premier.

Démonstration

Déjà prouvé ci-dessus.

Si \(n\) est composé, \(n=ab\) avec \(1\lt a,b\lt n\). Alors \(\bar a\neq\bar0\) et \(\bar b\neq\bar0\) mais \(\bar a\cdot\bar b=\bar n=\bar0\). Donc \(\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}\) a des diviseurs de zéro, n’est pas intègre, donc pas un corps. ∎

Corollaire — Corps finis

Il existe un corps fini à \(q\) éléments si et seulement si \(q = p^k\) pour un premier \(p\) et un entier \(k\ge1\). Ces corps sont notés \(\mathbb{F}_{p^k}\) ou \(\mathrm{GF}(p^k)\) (Galois Field).

11.6.  Morphismes

Définition — Homomorphisme de groupes

Soient \((G,\star)\) et \((H,\cdot)\) deux groupes. Une application \(f:G\to H\) est un homomorphisme si :

\(\forall a,b\in G,\quad f(a\star b) = f(a)\cdot f(b)\)

Un homomorphisme bijectif est un isomorphisme. Si \(G=H\), c’est un automorphisme.

Propriétés des homomorphismes

Soit \(f:G\to H\) un homomorphisme de groupes. Alors :

  1. \(f(e_G) = e_H\).
  2. \(f(a^{-1}) = f(a)^{-1}\) pour tout \(a\in G\).
  3. L’image \(f(G) = \{f(a)\mid a\in G\}\) est un sous-groupe de \(H\).
  4. Le noyau \(\ker(f) = \{a\in G\mid f(a)=e_H\}\) est un sous-groupe de \(G\).
Démonstration

1. \(f(e_G)\cdot f(e_G) = f(e_G\star e_G)=f(e_G)=f(e_G)\cdot e_H\). En simplifiant par \(f(e_G)\) : \(f(e_G)=e_H\). ∎

2. \(f(a)\cdot f(a^{-1})=f(a\star a^{-1})=f(e_G)=e_H\), donc \(f(a^{-1})=f(a)^{-1}\). ∎

3. \(f(G)\ni e_H\) (par 1). Soient \(f(a),f(b)\in f(G)\) : \(f(a)\cdot f(b)^{-1}=f(a)\cdot f(b^{-1})=f(a\star b^{-1})\in f(G)\). Par le critère des sous-groupes, \(f(G)\) est un sous-groupe. ∎

4. \(e_G\in\ker f\) (par 1). Soient \(a,b\in\ker f\) : \(f(a\star b^{-1})=f(a)\cdot f(b)^{-1}=e_H\cdot e_H^{-1}=e_H\), donc \(a\star b^{-1}\in\ker f\). ∎

Théorème — Injectivité et noyau

Un homomorphisme \(f:G\to H\) est injectif si et seulement si \(\ker(f)=\{e_G\}\).

Démonstration

Si \(f\) est injective et \(f(a)=e_H=f(e_G)\), alors \(a=e_G\). Donc \(\ker f=\{e_G\}\). ∎

Si \(\ker f=\{e_G\}\) et \(f(a)=f(b)\), alors \(f(a\star b^{-1})=f(a)\cdot f(b)^{-1}=e_H\), donc \(a\star b^{-1}\in\ker f=\{e_G\}\), soit \(a\star b^{-1}=e_G\), d’où \(a=b\). ∎

Exemples d’homomorphismes
  • \(f:\mathbb{Z}\to\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}\), \(f(k)=\bar k\) : surjectif, \(\ker f = n\mathbb{Z}\).
  • \(\exp:\mathbb{R}\to\mathbb{R}^*_+\), \(x\mapsto e^x\) : isomorphisme de \((\mathbb{R},+)\) vers \((\mathbb{R}^*_+,\times)\).
  • \(\det: GL_2(\mathbb{R})\to\mathbb{R}^*\) : homomorphisme, \(\ker\det = SL_2(\mathbb{R})\).

11.7.  Activités Python

Activité 1 — Tables de Cayley de ℤ/nℤ

Écrire une fonction table_cayley(n, op) qui affiche la table de Cayley de \(\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}\).

  1. Le paramètre op vaut 'add' ou 'mul' selon l’opération choisie (addition ou multiplication modulo \(n\)).
  2. Afficher un en-tête avec les éléments, puis une ligne par élément avec les résultats de l’opération.
  3. Tester avec \(n = 6\) pour l’addition et la multiplication.
  4. Observer : la table d’addition est-elle symétrique ? Quels éléments n’ont pas d’inverse multiplicatif ?

Rappel Python : (a + b) % n pour l’addition modulo \(n\). lambda a, b: expr pour une fonction anonyme. f-string : f"{x:2d}" pour un entier sur 2 caractères.

Voir la solution
Activité 2 — Ordre des éléments et générateurs

Étudier l’ordre des éléments et les générateurs du groupe \((\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}, +)\).

  1. Écrire une fonction ordre_element(a, n) qui retourne le plus petit \(k > 0\) tel que \(k \cdot a \equiv 0 \pmod{n}\).
  2. Écrire une fonction generateurs(n) qui retourne la liste des générateurs de \((\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}, +)\), c’est-a-dire les \(a\) tels que \(\pgcd(a, n) = 1\).
  3. Pour \(n \in \{6, 7, 8, 12\}\), afficher l’ordre de chaque élément et la liste des générateurs.
  4. Vérifier que le nombre de générateurs est \(\varphi(n)\) (indicatrice d’Euler).

Rappel Python : math.gcd(a, n) pour le PGCD. L’ordre de \(a\) divise toujours \(n\) (théorème de Lagrange).

Voir la solution
Activité 3 — Corps finis Z/pZ

Déterminer pour quelles valeurs de \(n\), \(\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}\) est un corps (tout élément non nul est inversible pour \(\times\)).

  1. Écrire une fonction est_corps(n) qui vérifie si chaque élément non nul de \(\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}\) possède un inverse multiplicatif.
  2. Écrire une fonction inverses_mult(n) qui retourne un dictionnaire des inverses multiplicatifs.
  3. Tester pour \(n\) de 2 a 13 : quels sont les corps ? Quelle conjecture peut-on formuler ?
  4. Afficher la table des inverses dans \(\mathbb{Z}/7\mathbb{Z}\) et vérifier chaque résultat.

Rappel Python : any(condition for b in range(...)) teste si au moins un élément vérifie la condition. \(\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}\) est un corps si et seulement si \(n\) est premier.

Voir la solution
Activité 4 — Homomorphismes entre groupes

Vérifier expérimentalement que certaines fonctions classiques sont des homomorphismes de groupes.

  1. Écrire une fonction est_homomorphisme(f, G_elements, H_op, n_H) qui teste si \(f(a + b) = f(a) \star f(b)\) pour tout \(a, b\).
  2. Vérifier que \(f(k) = k \bmod 6\) est un homomorphisme de \((\mathbb{Z}, +)\) vers \((\mathbb{Z}/6\mathbb{Z}, +)\). Calculer son noyau.
  3. Vérifier numériquement que \(\exp : (\mathbb{R}, +) \to (\mathbb{R}^*, \times)\) est un homomorphisme.
  4. Vérifier que \(\det : \mathrm{GL}_2(\mathbb{R}) \to \mathbb{R}^*\) est un homomorphisme : \(\det(AB) = \det(A) \times \det(B)\).

Rappel Python : lambda k: k % 6 pour une fonction anonyme. math.exp(x) pour l’exponentielle. assert pour vérifier une condition.

Voir la solution
Activité 5 — Théorème de Cayley : tout groupe fini est un groupe de permutations

Illustrer le théorème de Cayley : tout groupe fini \(G\) est isomorphe a un sous-groupe du groupe des permutations de \(G\).

  1. Écrire une fonction groupe_ZnZ(n) qui retourne les éléments et la table de \((\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}, +)\).
  2. Écrire une fonction representation_cayley(elems, table) qui associe a chaque élément \(g\) la permutation \(L_g : x \mapsto g \star x\) (translation a gauche).
  3. Afficher la représentation de Cayley de \(\mathbb{Z}/4\mathbb{Z}\).
  4. Vérifier que la composition des permutations respecte la loi de groupe : \(L_g \circ L_h = L_{g+h}\).

Rappel Python : dictionnaire en compréhension : {(a, b): expr for a in ... for b in ...}. Composition : [fg[fh[x]] for x in elems].

Voir la solution

Bilan — Formules essentielles

Ce chapitre est hors programme (préparation classes préparatoires).

NotionDéfinition / FormulePiège à éviter
Groupe \((G, \star)\)Associativité, élément neutre, inverse pour tout élémentVérifier les 4 axiomes (fermeture, associativité, neutre, inverse)
Sous-groupePartie non vide stable par \(\star\) et par passage à l’inverseNe pas oublier de vérifier que la partie est non vide
Anneau \((A, +, \times)\)\((A, +)\) groupe abélien, \((A, \times)\) monoïde, distributivité de \(\times\) sur \(+\)La multiplication n’est pas nécessairement commutative
CorpsAnneau commutatif où tout élément non nul est inversibleL’élément nul \(0\) n’est jamais inversible
\((\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}, +, \times)\)Corps si et seulement si \(n\) est premierSi \(n\) n’est pas premier, il y a des diviseurs de zéro
Solution de l’énigme — Groupes cycliques dans Z/5Z

Pour \((\mathbb{Z}/5\mathbb{Z}, +)\) : l’élément 1 engendre tout le groupe (\(1,2,3,4,0\)), de même 2, 3 et 4 : tout élément non nul est générateur. Pour \((\mathbb{Z}/5\mathbb{Z}^*, \times)\) : \(2^1=2, 2^2=4, 2^3=3, 2^4=1\) — 2 est un générateur. De même, 3 est un générateur (\(3,4,2,1\)). Les générateurs sont donc 2 et 3.

Pièges et contre-exemples

Structures algébriques : teste d’abord ton intuition.

Score : 0 / 6 pièges identifiés
1 \((\mathbb{Z}, \times)\) est un groupe

« \((\mathbb{Z}, \times)\) est un groupe. »

Cette affirmation est-elle vraie ?

Explication

C’est faux ! Pour être un groupe, il faudrait que tout élément ait un inverse pour la multiplication. Or, l’inverse de 2 serait \(1/2\), qui n’appartient pas à \(\mathbb{Z}\). En fait, les seuls éléments inversibles de \((\mathbb{Z}, \times)\) sont 1 et −1.

(Z, ×) est un monoïde (associatif + neutre), mais pas un groupe car la plupart des éléments n’ont pas d’inverse dans Z.

Mini-test : quels sont les éléments inversibles de \((\mathbb{Z}, \times)\) ?

Voir section 2

2 Tout sous-ensemble stable est un sous-groupe

« Si une partie \(H\) d’un groupe \(G\) est stable par la loi, alors \(H\) est un sous-groupe de \(G\). »

Cette affirmation est-elle vraie ?

Explication

C’est faux ! La stabilité seule ne suffit pas. Il faut aussi vérifier que \(H\) contient le neutre et que tout élément de \(H\) a son inverse dans \(H\). Par exemple : \(\mathbb{N}\) est stable dans \((\mathbb{Z}, +)\) mais n’est pas un sous-groupe (−1 n’a pas d’opposé dans \(\mathbb{N}\)).

Sous-groupe = stable + neutre + inverse. Le critère rapide : H non vide et pour tout a,b dans H, a*b⁻¹ dans H.

Mini-test : \(\mathbb{N}\) est-il un sous-groupe de \((\mathbb{Z}, +)\) ?

Voir section 2

3 \(\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}\) est toujours un corps

« \(\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}\) est un corps pour tout \(n \geq 2\). »

Cette affirmation est-elle vraie ?

Explication

C’est faux ! \(\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}\) est un corps si et seulement si \(n\) est premier. Par exemple, dans \(\mathbb{Z}/6\mathbb{Z}\), l’élément \(\bar{2}\) n’est pas inversible car \(\pgcd(2,6) \neq 1\). De plus, \(\bar{2} \times \bar{3} = \bar{0}\) : il y a des diviseurs de zéro.

Z/nZ est un corps ⟺ n est premier. Sinon, c’est juste un anneau (avec diviseurs de zéro si n est composé).

Mini-test : \(\mathbb{Z}/7\mathbb{Z}\) est :

Voir section 5

4 Un morphisme envoie tout sur le neutre

« Un morphisme de groupes envoie nécessairement tout élément sur l’élément neutre. »

Cette affirmation est-elle vraie ?

Explication

C’est faux ! C’est la description du morphisme trivial, qui est un cas particulier. Un morphisme \(f: G \to G'\) vérifie \(f(xy) = f(x)f(y)\), ce qui implique \(f(e_G) = e_{G'}\), mais les autres éléments peuvent avoir des images variées. Par exemple, \(f: \mathbb{Z} \to \mathbb{Z}\), \(x \mapsto 2x\) est un morphisme de \((\mathbb{Z},+)\).

Un morphisme envoie le neutre sur le neutre, mais pas forcément les autres éléments.

Mini-test : \(f(x) = 2x\) de \((\mathbb{Z},+)\) vers \((\mathbb{Z},+)\). On a \(f(3) =\) :

Voir section 6

5 La soustraction est associative

« La soustraction dans \(\mathbb{Z}\) est une loi de composition interne associative. »

Cette affirmation est-elle vraie ?

Explication

C’est faux ! La soustraction est bien une LCI sur \(\mathbb{Z}\) (stable), mais elle n’est pas associative. Contre-exemple : \((5 - 3) - 2 = 0\), mais \(5 - (3 - 2) = 4\). Donc \((\mathbb{Z}, -)\) n’est pas un groupe.

La soustraction est stable dans Z mais pas associative : (a-b)-c ≠ a-(b-c) en général.

Mini-test : \((10 - 4) - 3\) et \(10 - (4 - 3)\) valent respectivement :

Voir section 1

5 L’image d’un morphisme est un sous-groupe

« L’image d’un morphisme de groupes est un sous-groupe du groupe d’arrivée. »

Cette affirmation est-elle vraie ?

Explication

C’est vrai ! Si \(f: G \to G'\) est un morphisme, alors \(\text{Im}(f) = f(G)\) est un sous-groupe de \(G'\). En effet : le neutre \(e_{G'} = f(e_G) \in \text{Im}(f)\) ; si \(f(a), f(b) \in \text{Im}(f)\), alors \(f(a) \cdot f(b)^{-1} = f(a) \cdot f(b^{-1}) = f(ab^{-1}) \in \text{Im}(f)\).

Image et noyau d’un morphisme sont toujours des sous-groupes (du groupe d’arrivée et du groupe de départ respectivement).

Mini-test : \(f: \mathbb{Z} \to \mathbb{Z}\), \(x \mapsto 3x\). L’image de \(f\) est :

Voir section 6

🎓 Fin du programme Maths Expertes !
Tu as bouclé les trois grandes parties (complexes, algèbre linéaire, arithmétique) et découvert les structures algébriques. Prêt(e) pour la suite en études supérieures (L1 Maths, CPGE, informatique théorique).