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Chapitre 9 — Théorèmes de Bézout et de Gauss

📋 Prérequis & 🎯 Objectifs du chapitre déplier
📋 Prérequis
  • Ch. 8 — divisibilité, congruences
🎯 Objectifs — à la fin du chapitre, je saurai…
  • Calculer un PGCD par l’algorithme d’Euclide
  • Appliquer le théorème de Bézout et trouver des coefficients
  • Utiliser le lemme de Gauss
  • Résoudre des équations diophantiennes \(ax + by = c\)

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Sommaire

Les boîtes de pains du boulanger

Un boulanger vend des pains par boîtes de 7 ou de 11. Peut-il préparer exactement 58 pains ? Exactement 57 ? Pour quelles quantités \(n\) est-ce possible en général ?

Résoudre \(7x + 11y = 58\) avec \(x, y \in \mathbb{Z}\). Caractériser toutes les valeurs \(n\) pour lesquelles \(7x + 11y = n\) a une solution entière.

Euclide, les congruences islamiques et les restes chinois

Euclide (IIIe siècle av. J.-C.) prouve le lemme fondamental de la divisibilité : si un nombre premier divise un produit \(ab\), il divise \(a\) ou \(b\). Al-Karaji (Xe siècle) et les mathématiciens islamiques développent la théorie des congruences.

Le théorème des restes chinois (Sunzi Suanjing, IVe siècle, Chine) — trouver un entier connaissant ses restes par plusieurs diviseurs premiers entre eux — est un cas particulier du théorème de Bézout. Il est aujourd’hui fondamental en cryptographie.

📜 Lire l’article — Euclide et Thābit ibn Qurra : le plus vieil algorithme →

Équation diophantienne par Euclide étendu

Résoudre \(7x + 11y = 1\) par l’algorithme d’Euclide étendu. Puis en déduire toutes les solutions de \(7x + 11y = 58\).

→ Solution complète en fin de chapitre

9.1.  PGCD et algorithme d’Euclide

Définition — PGCD

Le plus grand commun diviseur de \(a\) et \(b\) (non tous les deux nuls) est le plus grand entier positif qui divise à la fois \(a\) et \(b\). On le note \(\pgcd(a, b)\) ou \(a \wedge b\).

Théorème — Algorithme d’Euclide

Pour \(a, b \in \mathbb{Z}\) avec \(b \neq 0\) et \(a = bq + r\) la division euclidienne :

\(\pgcd(a, b) = \pgcd(b, r)\)

En appliquant cette relation de façon répétée jusqu’à obtenir un reste nul, on obtient le PGCD.

Démonstration

Notons \(d = \pgcd(a, b)\) et \(d' = \pgcd(b, r)\).

Puisque \(r = a - bq\) et que \(d \mid a\), \(d \mid b\), par combinaison linéaire \(d \mid r\). Donc \(d\) divise \(b\) et \(r\), d’où \(d \le d'\).

De même, \(a = bq + r\) et \(d' \mid b\), \(d' \mid r\) impliquent \(d' \mid a\). Donc \(d' \le d\).

Finalement \(d = d'\). ∎

Méthode — Tableau des divisions successives

Pour calculer \(\pgcd(a, b)\) avec \(a > b > 0\) :

  1. Diviser \(a\) par \(b\) : \(a = bq_1 + r_1\).
  2. Diviser \(b\) par \(r_1\) : \(b = r_1 q_2 + r_2\).
  3. Continuer jusqu’à obtenir un reste nul. Le dernier reste non nul est le PGCD.
Exemple — Calculer pgcd(252, 168)
DividendeDiviseurQuotientReste
252168184
1688420

Dernier reste non nul : \(\pgcd(252, 168) = 84\).

Exemple — Calculer pgcd(1071, 462)
DividendeDiviseurQuotientReste
10714622147
462147321
1472170

\(\pgcd(1071, 462) = 21\).

Définition — Entiers premiers entre eux

Deux entiers \(a\) et \(b\) sont premiers entre eux (ou copremiers) si \(\pgcd(a, b) = 1\).

Propriété — PGCD et multiples communs

Le PPCM (plus petit commun multiple) de \(a\) et \(b\) vérifie :

\(\text{ppcm}(a,b) = \dfrac{|a \cdot b|}{\pgcd(a,b)}\)

Démonstration différée. Une partie de cette propriété (le caractère minimal de \(m = ab/d\) parmi les multiples communs) repose sur le lemme de Gauss introduit au §9.3. La démonstration complète y est donnée. Une vérification numérique simple est faisable dès maintenant : par exemple, \(\pgcd(12, 18) = 6\) et \(\text{ppcm}(12, 18) = 36 = (12 \times 18)/6\).

9.2.  Théorème de Bézout

Théorème de Bézout

Pour tous entiers \(a, b\) non tous nuls, il existe des entiers \(u, v \in \mathbb{Z}\) tels que :

\(au + bv = \pgcd(a, b)\)

En particulier, \(a\) et \(b\) sont premiers entre eux si et seulement s’il existe \(u, v \in \mathbb{Z}\) tels que \(au + bv = 1\).

Démonstration du théorème de Bézout

Considérons l’ensemble \(E = \{am + bn \mid m, n \in \mathbb{Z}\} \cap \mathbb{N}^*\), c’est-à-dire l’ensemble des combinaisons linéaires strictement positives de \(a\) et \(b\).

Étape 1 — \(E\) est non vide. Par exemple \(|a| = a \cdot (\pm 1) + b \cdot 0 \in E\) (en choisissant le signe).

Étape 2 — Soit \(d\) le plus petit élément de \(E\). Il existe (toute partie non vide de \(\mathbb{N}^*\) admet un minimum). Par définition, il existe \(u, v \in \mathbb{Z}\) tels que \(d = au + bv\).

Étape 3 — Montrons que \(d \mid a\). La division euclidienne donne \(a = dq + r\) avec \(0 \leqslant r < d\). Alors :

\(r = a - dq = a - (au + bv)q = a(1 - uq) + b(-vq)\)

Donc \(r\) est une combinaison linéaire de \(a\) et \(b\). Si \(r > 0\), alors \(r \in E\), ce qui contredit la minimalité de \(d\). Donc \(r = 0\) et \(d \mid a\). De même, \(d \mid b\).

Étape 4 — Montrons que \(d = \pgcd(a, b)\). On vient de voir que \(d\) est un diviseur commun. Soit \(c\) un autre diviseur commun de \(a\) et \(b\). Alors \(c \mid au + bv = d\). Donc tout diviseur commun divise \(d\), ce qui signifie que \(d\) est le plus grand diviseur commun. ∎

Remarque

Les entiers \(u\) et \(v\) s’appellent les coefficients de Bézout. Ils ne sont pas uniques : si \((u_0, v_0)\) est une solution, alors toutes les solutions sont :

\(u = u_0 + \dfrac{b}{d}\,k, \quad v = v_0 - \dfrac{a}{d}\,k, \quad k \in \mathbb{Z}\)

où \(d = \pgcd(a,b)\).

Méthode — Algorithme d’Euclide étendu

Pour trouver les coefficients de Bézout de \(a\) et \(b\), on remonte les étapes de l’algorithme d’Euclide.

À chaque étape \(r_{k-1} = r_k q_{k+1} + r_{k+1}\), on a \(r_{k+1} = r_{k-1} - q_{k+1}\,r_k\).

On exprime chaque reste comme combinaison linéaire de \(a\) et \(b\).

Exemple — Coefficients de Bézout pour pgcd(480, 204) = 12

Descente (algorithme d’Euclide) :

\(480 = 2\times 204 + 72\)  ①

\(204 = 2\times 72 + 60\)  ②

\(72 = 1\times 60 + 12\)  ③  ← PGCD = 12 (dernier reste non nul)

\(60 = 5\times 12 + 0\)

Remontée (on isole \(12\) puis on substitue de bas en haut) :

D’après ③ : \(\quad 12 = 72 - 1\times 60\)

D’après ② : \(\quad 60 = 204 - 2\times 72\), donc

\(12 = 72 - 1\times(204 - 2\times 72) = 3\times 72 - 1\times 204\)

D’après ① : \(\quad 72 = 480 - 2\times 204\), donc

\(12 = 3\times(480 - 2\times 204) - 1\times 204 = 3\times 480 - 7\times 204\)

Coefficients de Bézout : \(u = 3\), \(v = -7\). Vérif : \(3\times 480 + (-7)\times 204 = 1\,440 - 1\,428 = 12\). ✓

Exemple — Coefficients de Bézout pour pgcd(1071, 462) = 21

Descente :

\(1071 = 2\times462 + 147\) ①

\(462 = 3\times147 + 21\) ②

\(147 = 7\times21 + 0\)

Remontée :

De ② : \(21 = 462 - 3\times147\)

De ① : \(147 = 1071 - 2\times462\)

Donc : \(21 = 462 - 3\times(1071 - 2\times462) = 7\times462 - 3\times1071\)

Coefficients : \(u = -3\), \(v = 7\). Vérif : \(-3\times1071 + 7\times462 = -3213+3234 = 21\). ✓

9.3.  Lemme de Gauss

Lemme de Gauss

Si \(a \mid bc\) et \(\pgcd(a, b) = 1\), alors \(a \mid c\).

Démonstration

Puisque \(\pgcd(a,b)=1\), par Bézout il existe \(u, v \in \mathbb{Z}\) tels que \(au + bv = 1\).

En multipliant par \(c\) : \(auc + bvc = c\).

Or \(a \mid auc\) (évident) et \(a \mid bc\) donc \(a \mid bvc\).

Par combinaison linéaire : \(a \mid (auc + bvc) = c\). ∎

Exemples d’application
  • Si \(7 \mid 3n\) et \(\pgcd(7,3)=1\), alors \(7 \mid n\).
  • Si \(6 \mid 35n\), alors comme \(\pgcd(6,35)=1\), on a \(6 \mid n\).
  • Si \(p\) est premier et \(p \mid ab\), alors \(p \mid a\) ou \(p \mid b\) (car \(\pgcd(p,a) \in \{1,p\}\)).
Corollaire — Simplification dans les congruences

Si \(ac \equiv bc \pmod{n}\) et \(\pgcd(c, n) = 1\), alors \(a \equiv b \pmod{n}\).

Démonstration

\(ac \equiv bc \pmod{n}\) signifie \(n \mid (a-b)c\). Comme \(\pgcd(c,n)=1\), par Gauss \(n \mid (a-b)\), soit \(a \equiv b \pmod{n}\). ∎

Application — Démonstration de la formule \(\pgcd \times \ppcm = ab\)

(Annoncée au §9.1.) Pour \(a, b \in \mathbb{N}^*\), notons \(d = \pgcd(a, b)\), \(a = d a'\), \(b = d b'\) avec \(\pgcd(a', b') = 1\). Posons \(m = ab/d = d a' b'\).

Démonstration complète (utilise le lemme de Gauss)

(i) \(m\) est un multiple commun. \(m = a \cdot b'\) (donc \(a \mid m\)) et \(m = a' \cdot b\) (donc \(b \mid m\)).

(ii) \(m\) est le plus petit multiple commun. Soit \(k\) un multiple commun de \(a\) et \(b\). On écrit \(k = a\alpha = b\beta\) (\(\alpha, \beta \in \mathbb{N}\)). Alors \(da'\alpha = db'\beta\), soit \(a'\alpha = b'\beta\). Donc \(b' \mid a'\alpha\). Comme \(\pgcd(a', b') = 1\), le lemme de Gauss donne \(b' \mid \alpha\), soit \(\alpha = b'\gamma\) (\(\gamma \in \mathbb{N}\)). Alors \(k = a\alpha = a b' \gamma = m\gamma\), donc \(m \mid k\).

Ainsi \(m = \ppcm(a, b)\), et \(\pgcd(a,b) \times \ppcm(a,b) = d \times m = d \times \dfrac{ab}{d} = ab\). ∎

9.4.  Équations diophantiennes

Corollaire — Équation diophantienne ax + by = c

L’équation \(ax + by = c\) (avec \(a, b, c \in \mathbb{Z}\)) admet des solutions entières si et seulement si \(\pgcd(a, b) \mid c\).

Si \((x_0, y_0)\) est une solution particulière, toutes les solutions sont :

\(x = x_0 + \dfrac{b}{d}\,k, \quad y = y_0 - \dfrac{a}{d}\,k, \quad k \in \mathbb{Z}\)

Démonstration

Posons \(d = \pgcd(a, b)\).

Condition nécessaire. Si \((x_0, y_0)\) est solution, alors \(c = ax_0 + by_0\). Or \(d \mid a\) et \(d \mid b\), donc \(d \mid ax_0 + by_0 = c\).

Condition suffisante. Supposons \(d \mid c\). Par Bézout, il existe \(u, v\) tels que \(au + bv = d\). En multipliant par \(c/d\) : \(a\underbrace{(u \cdot c/d)}_{x_0} + b\underbrace{(v \cdot c/d)}_{y_0} = c\). C’est une solution particulière.

Forme générale. Soit \((x, y)\) une autre solution. Alors \(ax + by = ax_0 + by_0 = c\), donc \(a(x - x_0) = -b(y - y_0)\).

Posons \(a = da'\), \(b = db'\) avec \(\pgcd(a', b') = 1\). On obtient \(a'(x - x_0) = -b'(y - y_0)\).

Donc \(b' \mid a'(x - x_0)\). Comme \(\pgcd(a', b') = 1\), le lemme de Gauss (section 9.3) donne \(b' \mid (x - x_0)\), soit \(x - x_0 = b'k = \dfrac{b}{d}\,k\) pour un certain \(k \in \mathbb{Z}\).

En substituant : \(y - y_0 = -\dfrac{a}{d}\,k\). Réciproquement, tout couple de cette forme est solution. ∎

Exemple — Résoudre 21x + 15y = 6 dans ℤ

\(\pgcd(21, 15) = 3\) et \(3 \mid 6\) : des solutions existent.

On cherche d’abord \(21u + 15v = 3\). Par Euclide étendu : \(21 = 1\times15 + 6\), \(15 = 2\times6+3\), \(6=2\times3\). Remontée : \(3=15-2\times6=15-2(21-15)=3\times15-2\times21\).

Donc \(21\times(-2)+15\times3=3\). En multipliant par 2 : \(21\times(-4)+15\times6=6\).

Solution particulière : \(x_0=-4\), \(y_0=6\). Solutions générales :

\(x = -4 + 5k, \quad y = 6 - 7k, \quad k \in \mathbb{Z}\)

9.5.  Applications

Théorème — Inverse modulaire

L’entier \(a\) admet un inverse modulo \(n\) (i.e. \(ax \equiv 1 \pmod{n}\) a une solution) si et seulement si \(\pgcd(a, n) = 1\).

Dans ce cas, l’inverse est donné par le coefficient de Bézout \(u\) tel que \(au + nv = 1\) : on a \(a^{-1} \equiv u \pmod{n}\).

Démonstration

Sens direct (\(\Rightarrow\)). Si \(ax \equiv 1 \pmod{n}\), il existe \(k \in \mathbb{Z}\) tel que \(ax = 1 + kn\), soit \(ax - kn = 1\). C’est une combinaison linéaire de \(a\) et \(n\) qui vaut 1. Tout diviseur commun de \(a\) et \(n\) divise donc 1, ce qui impose \(\pgcd(a, n) = 1\).

Sens réciproque (\(\Leftarrow\)). Si \(\pgcd(a, n) = 1\), par Bézout il existe \(u, v \in \mathbb{Z}\) tels que \(au + nv = 1\). En réduisant modulo \(n\) : \(au \equiv 1 \pmod{n}\). Donc \(u\) est l’inverse de \(a\) modulo \(n\). ∎

Exemple — Inverse de 17 modulo 100

\(\pgcd(17, 100) = 1\) (car 17 est premier et ne divise pas 100).

Euclide étendu : \(100 = 5\times17+15\), \(17=1\times15+2\), \(15=7\times2+1\).

Remontée : \(1=15-7\times2=15-7(17-15)=8\times15-7\times17=8(100-5\times17)-7\times17=8\times100-47\times17\).

Donc \(-47\times17\equiv1\pmod{100}\), soit \(17^{-1}\equiv-47\equiv53\pmod{100}\).

Vérif : \(17\times53=901=9\times100+1\equiv1\pmod{100}\). ✓

Corollaire du lemme de Gauss — Divisibilité par un produit

Si \(\pgcd(a, b) = 1\) et \(a \mid n\) et \(b \mid n\), alors \(ab \mid n\).

Remarque historique : l'appellation usuelle « théorème de Gauss » désigne le lemme du §9.3. Le résultat ci-dessus en est une conséquence directe.

Démonstration

\(a \mid n\) donc \(n = ak\). Or \(b \mid n = ak\) et \(\pgcd(a,b)=1\), donc par Gauss \(b \mid k\). Ainsi \(k = bm\) et \(n = abm\), d’où \(ab \mid n\). ∎

Exemple

Si \(4 \mid n\) et \(9 \mid n\), alors comme \(\pgcd(4,9)=1\), on a \(36 \mid n\).

Attention : si \(6 \mid n\) et \(4 \mid n\), on ne peut pas conclure \(24 \mid n\) car \(\pgcd(6,4)=2\neq1\). Contre-exemple : \(n=12\).

📘 Complément d’approfondissement. Les deux résultats qui suivent (résolution générale de \(ax\equiv b \pmod n\) et lemme chinois pour deux congruences) sont une suite naturelle des théorèmes de Bézout et de Gauss. Le lemme chinois est explicitement au programme BO 2020 (« lemme chinois et applications à des situations concrètes »). La résolution générale de \(ax\equiv b\pmod n\) avec \(d\) classes de solutions est plutôt un complément utile — la version pratique « cas \(\pgcd(a,n)=1\), unique solution » suffit pour le programme.
Théorème — Équation \(ax \equiv b \pmod{n}\)

L’équation \(ax \equiv b \pmod{n}\) admet des solutions si et seulement si \(\pgcd(a, n) \mid b\).

Si \(d = \pgcd(a, n)\) divise \(b\), il y a exactement \(d\) classes de solutions modulo \(n\), toutes de la forme :

\(x \equiv x_0 + k\cdot\dfrac{n}{d} \pmod{n}, \quad k = 0, 1, \ldots, d-1\)

où \(x_0\) est une solution particulière.

Démonstration

Condition nécessaire. Si \(x\) est solution, alors \(n \mid ax - b\). Comme \(d = \pgcd(a,n) \mid a\), on a \(d \mid ax\). Et \(d \mid n \mid ax - b\), donc \(d \mid (ax) - (ax - b) = b\).

Condition suffisante et nombre de solutions. Posons \(d = \pgcd(a, n)\), \(a = da'\), \(n = dn'\) avec \(\pgcd(a', n') = 1\). Si \(d \mid b\), posons \(b = db'\).

L’équation \(ax \equiv b \pmod{n}\) devient \(da'x \equiv db' \pmod{dn'}\), soit \(a'x \equiv b' \pmod{n'}\). Comme \(\pgcd(a', n') = 1\), \(a'\) est inversible modulo \(n'\) (théorème de l’inverse modulaire ci-dessus) et l’on obtient l’unique solution \(x_0 \equiv b' (a')^{-1} \pmod{n'}\).

Les solutions modulo \(n = dn'\) sont les entiers \(x\) tels que \(x \equiv x_0 \pmod{n'}\), c’est-à-dire \(x = x_0 + n'k\) pour \(k \in \mathbb{Z}\). Parmi \(\{0, 1, \ldots, n-1\}\), il y a exactement \(d\) telles valeurs : \(x_0,\, x_0+n',\, x_0+2n',\, \ldots,\, x_0+(d-1)n'\). ∎

Méthode — Résoudre 3x ≡ 5 (mod 7)
  1. \(\pgcd(3, 7) = 1\) divise 5 : une unique solution modulo 7.
  2. Chercher l’inverse de 3 mod 7 : \(3 \times 5 = 15 = 2\times7+1\), donc \(3^{-1} \equiv 5 \pmod{7}\).
  3. \(x \equiv 5 \times 5 = 25 \equiv 4 \pmod{7}\).
  4. Vérification : \(3 \times 4 = 12 = 7 + 5 \equiv 5 \pmod{7}\). ✓
Exemple — Équation sans solution

L’équation \(6x \equiv 5 \pmod{9}\) : \(\pgcd(6, 9) = 3\) et \(3 \nmid 5\). Pas de solution.

Théorème chinois des restes (cas simple)

Si \(\pgcd(m, n) = 1\), le système \(\begin{cases}x \equiv a \pmod{m} \\ x \equiv b \pmod{n}\end{cases}\) admet une unique solution modulo \(mn\).

Démonstration

Existence. La première équation donne \(x = a + mk\) pour un certain \(k \in \mathbb{Z}\). En substituant dans la seconde : \(a + mk \equiv b \pmod{n}\), soit \(mk \equiv b - a \pmod{n}\). Comme \(\pgcd(m, n) = 1\), \(m\) est inversible modulo \(n\) (théorème de l’inverse modulaire ci-dessus) et l’on obtient \(k \equiv (b-a)m^{-1} \pmod{n}\). On en déduit une valeur de \(k\), puis une valeur de \(x = a + mk\).

Unicité modulo \(mn\). Si \(x\) et \(x'\) sont deux solutions, alors \(m \mid x - x'\) et \(n \mid x - x'\). Comme \(\pgcd(m,n) = 1\), le théorème de Gauss donne \(mn \mid x - x'\), c’est-à-dire \(x \equiv x' \pmod{mn}\). ∎

Exemple — Système de congruences

Résoudre \(\begin{cases}x \equiv 2 \pmod{3} \\ x \equiv 3 \pmod{5}\end{cases}\).



De la 1ère : \(x = 3k + 2\). Substituer dans la 2e : \(3k + 2 \equiv 3 \pmod{5}\), soit \(3k \equiv 1 \pmod{5}\). Inverse de 3 mod 5 : \(3\times2=6\equiv1\), donc \(k \equiv 2 \pmod{5}\), soit \(k = 5j+2\).

Donc \(x = 3(5j+2)+2 = 15j+8\), soit \(x \equiv 8 \pmod{15}\).

Vérification : \(8 = 2\times3+2\) ✓, \(8 = 1\times5+3\) ✓.

Renvoi — Petit théorème de Fermat

Le petit théorème de Fermat (\(a^{p-1}\equiv 1 \pmod p\) pour \(p\) premier ne divisant pas \(a\)) est une application classique du lemme de Gauss et de l'inverse modulaire. Sa démonstration et ses applications sont étudiées au chapitre 10, section 10.5 (chapitre des nombres premiers, où il prend tout son sens).

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PGCD, Bézout, Gauss, diophantiennesAlgorithme d’Euclide, coefficients de Bézout, théorème de Gauss, équations diophantiennes
▸ PGCD (Euclide) ▸ Bézout ▸ Gauss ▸ Diophantienne ▸ Arithmétique TS (H6)

9.6.  Activités Python

Activité 1 — Algorithme d’Euclide étendu

Écrire une fonction euclide_etendu(a, b) qui implémente l’algorithme d’Euclide étendu de façon récursive.

  1. La fonction retourne un triplet (d, u, v) tel que \(au + bv = d = \pgcd(a, b)\).
  2. Écrire une fonction bezout(a, b) qui appelle la précédente et affiche le PGCD, les coefficients de Bézout et la vérification.
  3. Tester sur les couples \((1071, 462)\), \((252, 168)\), \((17, 100)\), \((35, 78)\).

Rappel Python : cas de base : si b == 0, retourner (a, 1, 0). Sinon, appel récursif sur (b, a % b). Division entière : a // b.

Voir la solution
Activité 2 — Équations diophantiennes

Écrire une fonction diophante(a, b, c) qui résout l’équation \(ax + by = c\) dans \(\mathbb{Z}\).

  1. Vérifier d’abord que \(\pgcd(a, b)\) divise \(c\) (sinon, pas de solution).
  2. Trouver une solution particulière \((x_0, y_0)\) en utilisant les coefficients de Bézout.
  3. Afficher la solution particulière, la vérification, et la forme générale des solutions.
  4. Tester sur \(3x+5y=1\), \(21x+15y=6\), \(12x+8y=5\), \(35x+21y=14\).

Rappel Python : math.gcd(a, b) pour le PGCD. Si \(au_0 + bv_0 = d\) alors \(x_0 = u_0 \cdot (c/d)\).

Voir la solution
Activité 3 — Lemme de Gauss et inverses modulaires

Explorer les inverses modulaires et vérifier le lemme de Gauss.

  1. Écrire une fonction inverse_mod(a, n) qui retourne \(a^{-1} \bmod n\) si \(\pgcd(a,n)=1\), sinon None.
  2. Calculer les inverses de 3 mod 7, 5 mod 11, 17 mod 100, 7 mod 26 et vérifier chaque résultat.
  3. Vérifier le lemme de Gauss sur des exemples : si \(a \mid bc\) et \(\pgcd(a,b)=1\), alors \(a \mid c\).

Rappel Python : pow(a, -1, n) calcule l’inverse modulaire (Python 3.8+). math.gcd(a, n) pour le PGCD.

Voir la solution
Activité 4 — Résolution de congruences et théorème chinois

Programmer la résolution d’équations de congruence et le théorème chinois des restes :

  1. resoudre_congruence(a, b, n) : résout \(ax \equiv b \pmod{n}\). L’équation a des solutions si et seulement si \(\text{pgcd}(a,n) \mid b\), et il y a alors \(d = \text{pgcd}(a,n)\) solutions modulo \(n\)
  2. crt(a, m, b, n) : applique le théorème chinois des restes pour résoudre le système \(\begin{cases} x \equiv a \pmod{m} \\ x \equiv b \pmod{n} \end{cases}\) avec \(\text{pgcd}(m,n) = 1\)

Rappel Python : pow(a, -1, n) calcule l’inverse de \(a\) modulo \(n\) (Python 3.8+). math.gcd(a, n) donne le PGCD.

Voir la solution

Visualisation pas a pas : algorithme d’Euclide etendu

Observe comment on calcule les coefficients de Bezout pour 1071 et 462 : trouver u, v tels que 1071u + 462v = pgcd.

Bilan — Formules essentielles

NotionDéfinition / FormulePiège à éviter
Théorème de Bézout\(\text{pgcd}(a,b) = 1 \iff \exists\, u, v \in \mathbb{Z},\; au + bv = 1\)L’existence de \(u, v\) avec \(au + bv = 1\) est équivalente à la coprimalité, pas seulement une implication
Lemme de GaussSi \(a \mid bc\) et \(\text{pgcd}(a, b) = 1\) alors \(a \mid c\)L’hypothèse \(\text{pgcd}(a, b) = 1\) est indispensable
Équation diophantienne\(ax + by = c\) a des solutions ssi \(\text{pgcd}(a, b) \mid c\)Si une solution existe, il y en a une infinité (famille affine)
Relation PGCD-PPCM\(\text{pgcd}(a,b) \times \text{ppcm}(a,b) = |ab|\)Valable uniquement pour deux entiers (pas pour trois ou plus directement)
Solution de l’énigme — Équation diophantienne par Euclide étendu

Euclide : \(11 = 7\times1+4\) ; \(7 = 4\times1+3\) ; \(4 = 3\times1+1\). Remontée : \(1 = 4-3 = 4-(7-4) = 2\times4-7 = 2(11-7)-7 = 2\times11-3\times7\). Donc \(7\times(-3)+11\times2=1\). Pour \(7x+11y=58\) : solution particulière \((x_0, y_0) = (-174, 116)\). Solution générale : \(x = -174+11k\), \(y = 116-7k\), \(k\in\mathbb{Z}\).

Pièges et contre-exemples

Bézout et Gauss : teste d’abord ton intuition.

Score : 0 / 6 pièges identifiés
1 Premiers entre eux = nombres premiers

« Si \(\pgcd(a,b)=1\) alors \(a\) et \(b\) sont des nombres premiers. »

Cette affirmation est-elle vraie ?

Explication

C’est faux ! « Premiers entre eux » signifie que leur pgcd vaut 1, ce qui n’a rien à voir avec être un nombre premier. Par exemple : \(\pgcd(8,15)=1\), mais 8 et 15 ne sont pas premiers (\(8=2^3\), \(15=3\times 5\)).

Ne pas confondre « a et b sont premiers entre eux » (pgcd=1) et « a est un nombre premier » (exactement 2 diviseurs).

Mini-test : 9 et 25 sont :

Voir section 2

2 L’identité de Bézout a une solution unique

« L’équation \(au + bv = \pgcd(a,b)\) a une unique solution \((u,v)\). »

Cette affirmation est-elle vraie ?

Explication

C’est faux ! Le théorème de Bézout garantit l'existence de solutions, mais il y en a une infinité. Si \((u_0, v_0)\) est solution, alors \((u_0 + k\frac{b}{d}, v_0 - k\frac{a}{d})\) est aussi solution pour tout \(k \in \mathbb{Z}\), avec \(d = \pgcd(a,b)\).

L’algorithme d’Euclide étendu donne UNE solution ; toutes les autres s’en déduisent.

Mini-test : \(3u + 5v = 1\). Si \((u,v)=(2,-1)\) est solution, \((7,-4)\) l’est-elle aussi ?

Voir section 2

3 Si \(a \mid bc\) alors \(a \mid b\) ou \(a \mid c\)

« Si \(a\) divise \(bc\), alors \(a\) divise \(b\) ou \(a\) divise \(c\). »

Cette affirmation est-elle vraie ?

Explication

C’est faux en général ! Par exemple : \(6 \mid 12 = 4 \times 3\), mais \(6 \nmid 4\) et \(6 \nmid 3\). Cette propriété n’est vraie que si \(a\) est premier (lemme d’Euclide) ou si \(\pgcd(a,b)=1\) (lemme de Gauss).

Le lemme de Gauss dit : si a|bc ET pgcd(a,b)=1, ALORS a|c. La condition pgcd(a,b)=1 est essentielle.

Mini-test : \(12 \mid 36\). Sait-on que \(12 \mid 9\) ou \(12 \mid 4\) ?

Voir section 3

4 \(ax \equiv b \pmod{n}\) a toujours une solution

« L’équation \(ax \equiv b \pmod{n}\) admet toujours une solution. »

Cette affirmation est-elle vraie ?

Explication

C’est faux ! L’équation \(ax \equiv b \pmod{n}\) admet une solution si et seulement si \(\pgcd(a,n) \mid b\). Par exemple : \(2x \equiv 3 \pmod{4}\) n’a pas de solution car \(\pgcd(2,4)=2\) et \(2 \nmid 3\).

Condition nécessaire et suffisante : pgcd(a,n) divise b. Si pgcd(a,n)=1, il y a toujours une unique solution modulo n.

Mini-test : \(3x \equiv 5 \pmod{7}\). Cette équation a-t-elle une solution ?

Voir section 5

5 Si \(au + bv = d\), alors \(d = \pgcd(a,b)\)

« S’il existe \(u, v \in \mathbb{Z}\) tels que \(au + bv = d\), alors \(d = \pgcd(a,b)\). »

Cette affirmation est-elle vraie ?

Explication

C’est faux ! La réciproque de Bézout n’est pas vraie dans ce sens. On sait seulement que \(\pgcd(a,b)\) divise \(d\). Par exemple : \(3 \times 1 + 5 \times 1 = 8\), mais \(\pgcd(3,5) = 1 \neq 8\). Le théorème de Bézout dit que \(\pgcd(a,b)\) est le plus petit entier positif de la forme \(au+bv\).

Bézout : il existe u,v tels que au+bv = pgcd(a,b). Mais au+bv peut valoir n’importe quel multiple du pgcd.

Mini-test : \(4 \times 2 + 6 \times (-1) = 2\). Alors \(\pgcd(4,6) =\) :

Voir section 2

6 \(\pgcd(a,b)=1\) et \(\pgcd(a,c)=1 \Rightarrow \pgcd(a,bc)=1\)

« Si \(\pgcd(a,b)=1\) et \(\pgcd(a,c)=1\), alors \(\pgcd(a,bc)=1\). »

Cette affirmation est-elle vraie ?

Explication

C’est vrai ! C’est une conséquence directe du théorème de Gauss. Par Bézout : \(au+bv=1\) et \(au'+cv'=1\). En multipliant : \((au+bv)(au'+cv') = 1\), ce qui donne \(a(\ldots) + bc(vv') = 1\), donc par Bézout \(\pgcd(a,bc)=1\).

Plus généralement : si a est premier avec b et c séparément, il est premier avec leur produit.

Mini-test : \(\pgcd(5,6)=1\) et \(\pgcd(5,7)=1\). Alors \(\pgcd(5,42)\) vaut :

Voir section 3

➡️ Pour la suite
Ch. 10 — Nombres premiers — Dernière étape arithmétique : le petit théorème de Fermat, la primalité et ses applications cryptographiques (RSA).