Math@mine / Complémentaires / Ch2

Chapitre 2 — Fonctions : limites et continuite

📋 Prérequis & 🎯 Objectifs du chapitre déplier
📋 Prérequis
  • Ch. 1 — limites de suites
  • 1re Spé — dérivation, fonctions
🎯 Objectifs — à la fin du chapitre, je saurai…
  • Calculer des limites en \(+\infty\), \(-\infty\), en un point
  • Appliquer les opérations sur les limites
  • Comprendre la continuité d'une fonction
  • Appliquer le théorème des valeurs intermédiaires

Terminale — Programme officiel (BO 2019) · Math@mine

Sommaire
1. Limite finie d’une fonction en un réel 2. Limite infinie, limites en l’infini 3. Operations sur les limites 4. Formes indeterminees 5. Asymptotes 6. Continuite et théorème des valeurs intermediaires Bilan — Formules essentielles Pieges et contre-exemples

La vitesse instantanée d’une voiture

Une voiture roule sur une route. Son compteur kilometrique indique la distance \(d(t)\) parcourue en fonction du temps. Pour connaitre sa vitesse a l’instant \(t_0\), on calcule la vitesse moyenne entre \(t_0\) et \(t_0 + h\) :

\(\displaystyle v_{\text{moy}} = \frac{d(t_0 + h) - d(t_0)}{h}\)

Que se passe-t-il lorsque \(h\) tend vers 0 ? On obtient la vitesse instantanée, qui est la limite de ce rapport. C’est le fondement du calcul differentiel.
→ Ce chapitre pose les bases rigoureuses de la notion de limite.

Cauchy et Weierstrass : formaliser l’intuition

Pendant deux siecles, Newton et Leibniz ont utilise les limites et les dérivées de facon intuitive, parlant de quantites « infiniment petites ». Ce n’est qu’au XIXe siecle que Augustin-Louis Cauchy (1821) puis Karl Weierstrass ont donne une definition rigoureuse de la limite, avec la celebre formulation « epsilon-delta ».

Le théorème des valeurs intermediaires, attribue a Bernard Bolzano (1817), est un résultat fondamental qui parait évident geometriquement mais dont la demonstration necessite les propriétés profondes des nombres réels.

Une équation sans formule

Montrer que l’équation \(x^5 + x - 1 = 0\) admet au moins une solution dans l’intervalle \([0 ; 1]\), sans la calculer.

Peut-on prouver l’existence d’une solution sans jamais la trouver explicitement ?

→ Solution complète en fin de chapitre

1. Limite finie d’une fonction en un réel

Definition — Limite finie en un point
Soit \(f\) une fonction définie au voisinage de \(a\) (sauf peut-etre en \(a\) lui-meme). On dit que \(f\) admet pour limite \(\ell\) lorsque \(x\) tend vers \(a\) si les valeurs \(f(x)\) peuvent etre rendues aussi proches de \(\ell\) que l’on souhaite, pourvu que \(x\) soit suffisamment proche de \(a\). On ecrit : \[ \lim_{x \to a} f(x) = \ell \]
Remarque — Intuition graphique
Graphiquement, \(\lim_{x \to a} f(x) = \ell\) signifie que la courbe de \(f\) se rapproche du point de coordonnées \((a, \ell)\) lorsque \(x\) s’approche de \(a\), que ce soit par la gauche ou par la droite.
Definition — Limites a gauche et a droite
On dit que \(f\) admet une limite a gauche en \(a\) egale a \(\ell_g\) si \(f(x)\) tend vers \(\ell_g\) lorsque \(x\) tend vers \(a\) avec \(x < a\). On note \(\displaystyle \lim_{x \to a^-} f(x) = \ell_g\).

De meme, la limite a droite est notee \(\displaystyle \lim_{x \to a^+} f(x) = \ell_d\).

La limite en \(a\) existe si et seulement si les limites a gauche et a droite existent et sont egales.
Exemple

Soit \(f(x) = \dfrac{x^2 - 1}{x - 1}\) définie pour \(x \neq 1\).



On simplifie : \(f(x) = \dfrac{(x-1)(x+1)}{x-1} = x + 1\) pour \(x \neq 1\).

Donc \(\displaystyle \lim_{x \to 1} f(x) = 1 + 1 = 2\), bien que \(f(1)\) ne soit pas défini.

Exemple — Limite qui n’existe pas

Soit \(g(x) = \dfrac{|x|}{x}\). Pour \(x > 0\), \(g(x) = 1\). Pour \(x < 0\), \(g(x) = -1\).

Donc \(\displaystyle \lim_{x \to 0^+} g(x) = 1\) et \(\displaystyle \lim_{x \to 0^-} g(x) = -1\). Les limites a gauche et a droite sont differentes : \(g\) n’a pas de limite en 0.

2. Limite infinie, limites en l’infini

Definition — Limite infinie en un point
On dit que \(f\) a pour limite infinie en un point si \(\displaystyle \lim_{x \to a} f(x) = +\infty\), c’est-a-dire si les valeurs \(f(x)\) deviennent aussi grandes que l’on veut lorsque \(x\) s’approche de \(a\).
Exemple

\(\displaystyle \lim_{x \to 0} \frac{1}{x^2} = +\infty\) car lorsque \(x\) est proche de 0, \(\frac{1}{x^2}\) prend des valeurs tres grandes.

Definition — Limite en \(+\infty\) ou \(-\infty\)
On dit que \(f\) a pour limite en \(+\infty\) le réel \(\ell\) si \(\displaystyle \lim_{x \to +\infty} f(x) = \ell\), c’est-a-dire si les valeurs \(f(x)\) se rapprochent de \(\ell\) lorsque \(x\) prend des valeurs de plus en plus grandes.

On definit de facon analogue \(\displaystyle \lim_{x \to -\infty} f(x)\) et les cas ou la limite est \(\pm\infty\).
Théorème — Limites de reference
  • \(\displaystyle \lim_{x \to +\infty} x^n = +\infty\) pour tout entier \(n \geq 1\)
  • \(\displaystyle \lim_{x \to +\infty} \frac{1}{x} = 0\) et \(\displaystyle \lim_{x \to +\infty} \frac{1}{x^n} = 0\)
  • \(\displaystyle \lim_{x \to +\infty} \sqrt{x} = +\infty\)
  • \(\displaystyle \lim_{x \to +\infty} e^x = +\infty\) et \(\displaystyle \lim_{x \to -\infty} e^x = 0\)
  • \(\displaystyle \lim_{x \to +\infty} \ln x = +\infty\) et \(\displaystyle \lim_{x \to 0^+} \ln x = -\infty\) (Voir chapitre 4 pour la définition et les propriétés de ln.)
Justification

Ces résultats sont admis (justification intuitive). Ils se verifient sur les courbes des fonctions correspondantes. Par exemple, \(\frac{1}{x} \to 0\) car diviser 1 par des nombres de plus en plus grands donne des résultats de plus en plus petits. Pour \(q^n\) avec \(|q| < 1\), voir le chapitre 1.

Remarque — Croissances comparees
Les fonctions exponentielle, puissance et logarithme ne « croissent pas a la meme vitesse ». On retient :
  • L’exponentielle l’emporte sur toute puissance : \(\displaystyle \lim_{x \to +\infty} \frac{e^x}{x^n} = +\infty\)
  • Toute puissance l’emporte sur le logarithme : \(\displaystyle \lim_{x \to +\infty} \frac{\ln x}{x^n} = 0\) pour \(n > 0\)

3. Operations sur les limites

Théorème — Limite d’une somme
\(\lim f\)\(\lim g\)\(\lim (f + g)\)
\(\ell\)\(\ell'\)\(\ell + \ell'\)
\(\ell\)\(+\infty\)\(+\infty\)
\(+\infty\)\(+\infty\)\(+\infty\)
\(-\infty\)\(+\infty\)FI

FI = forme indeterminee.

Justification

Les règles d’operations sur les limites sont admises. Elles decoulent de la definition rigoureuse des limites de fonctions (analogue a celle des suites, chapitre 1). Le cas \(-\infty + \infty\) est indetermine car le résultat depend des « vitesses » respectives de croissance des deux fonctions.

Théorème — Limite d’un produit
\(\lim f\)\(\lim g\)\(\lim (f \times g)\)
\(\ell\)\(\ell'\)\(\ell \times \ell'\)
\(\ell > 0\)\(+\infty\)\(+\infty\)
\(\ell < 0\)\(+\infty\)\(-\infty\)
\(0\)\(\pm\infty\)FI
\(+\infty\)\(+\infty\)\(+\infty\)
Justification

Ces règles sont admises au programme des Maths Complémentaires. Elles s’établissent rigoureusement à partir de la définition \(\varepsilon\)-\(A\) des limites, qui dépasse le cadre de la terminale.

Intuition (cas \(\ell \times \ell'\)). Si \(f(x) \to \ell\) et \(g(x) \to \ell'\), alors pour \(x\) proche de la valeur cible, \(f(x) \approx \ell\) et \(g(x) \approx \ell'\), donc \(f(x)g(x) \approx \ell \ell'\).

Intuition (cas \(\ell > 0\) et \(g \to +\infty\)). Pour \(x\) grand, \(f(x)\) reste proche de \(\ell > 0\) (disons \(f(x) \ge \ell/2\)) et \(g(x)\) devient arbitrairement grand. Donc \(f(x)g(x) \ge (\ell/2)\cdot g(x) \to +\infty\).

Forme indéterminée \(0 \times \infty\). Exemples :

  • \(f(x) = 1/x\) et \(g(x) = x\) : \(\lim_{x\to+\infty} f = 0\), \(\lim g = +\infty\), et \(fg = 1\) (constante).
  • \(f(x) = 1/x\) et \(g(x) = x^2\) : \(\lim f = 0\), \(\lim g = +\infty\), et \(fg = x \to +\infty\).
  • \(f(x) = 1/x^2\) et \(g(x) = x\) : \(\lim f = 0\), \(\lim g = +\infty\), et \(fg = 1/x \to 0\).

Le résultat dépend des « vitesses » : d’où la forme indéterminée. ∎

Théorème — Limite d’un quotient
\(\lim f\)\(\lim g\)\(\lim \frac{f}{g}\)
\(\ell\)\(\ell' \neq 0\)\(\frac{\ell}{\ell'}\)
\(\ell \neq 0\)\(0\)\(\pm\infty\) (selon les signes)
\(0\)\(0\)FI
\(\pm\infty\)\(\pm\infty\)FI
Justification

Les règles sont admises. Elles se démontrent à partir de la définition rigoureuse des limites (hors programme de Maths Complémentaires).

Lien avec le produit. La formule \(\dfrac{f}{g} = f \times \dfrac{1}{g}\) permet de se ramener aux règles du produit, à condition de connaître \(\lim \dfrac{1}{g}\).

  • Si \(\lim g = \ell' \neq 0\), alors \(\lim \dfrac{1}{g} = \dfrac{1}{\ell'}\).
  • Si \(\lim g = \pm\infty\), alors \(\lim \dfrac{1}{g} = 0\).
  • Si \(\lim g = 0\) (avec \(g\) gardant un signe constant), alors \(\lim \dfrac{1}{g} = \pm\infty\).

Formes indéterminées.

  • \(\dfrac{0}{0}\) : exemple \(\dfrac{x}{x^2} = \dfrac{1}{x} \to 0\) en \(+\infty\), mais \(\dfrac{x^2}{x} = x \to +\infty\). Le résultat dépend du « quotient des vitesses ».
  • \(\dfrac{\infty}{\infty}\) : exemple \(\dfrac{x}{x+1} \to 1\), mais \(\dfrac{x^2}{x+1} \to +\infty\).

D’où les formes indéterminées. ∎

4. Formes indeterminees

Les quatre formes indeterminees classiques sont :

\(+\infty - \infty\) \(\quad\) \(0 \times \infty\) \(\quad\) \(\dfrac{\infty}{\infty}\) \(\quad\) \(\dfrac{0}{0}\)

Méthode — Lever une forme indeterminee
  1. Factoriser par le terme dominant : pour les polynomes et fractions rationnelles en \(\pm\infty\), on factorise numérateur et dénominateur par la plus haute puissance de \(x\).
  2. Multiplier par l’expression conjuguee : utile en presence de racines carrees.
  3. Utiliser les croissances comparees : lorsqu’interviennent \(e^x\) ou \(\ln x\).
Exemple — Forme \(\frac{\infty}{\infty}\)

Calculons \(\displaystyle \lim_{x \to +\infty} \frac{2x^3 - x + 4}{5x^3 + 3x^2}\).



On factorise par \(x^3\) : \(\dfrac{2x^3 - x + 4}{5x^3 + 3x^2} = \dfrac{2 - \frac{1}{x^2} + \frac{4}{x^3}}{5 + \frac{3}{x}}\).

Lorsque \(x \to +\infty\), les termes en \(\frac{1}{x}\), \(\frac{1}{x^2}\), \(\frac{1}{x^3}\) tendent vers 0 : la limite est \(\dfrac{2}{5}\).

Exemple — Forme \(+\infty - \infty\) avec conjuguee

Calculons \(\displaystyle \lim_{x \to +\infty} \left(\sqrt{x^2 + x} - x\right)\).



On multiplie par le conjugue :

\(\sqrt{x^2 + x} - x = \dfrac{(\sqrt{x^2+x} - x)(\sqrt{x^2+x} + x)}{\sqrt{x^2+x} + x} = \dfrac{x^2 + x - x^2}{\sqrt{x^2+x} + x} = \dfrac{x}{\sqrt{x^2+x} + x}\).

On factorise par \(x\) (pour \(x > 0\)) : \(\dfrac{x}{x(\sqrt{1 + \frac{1}{x}} + 1)} = \dfrac{1}{\sqrt{1 + \frac{1}{x}} + 1}\).

Quand \(x \to +\infty\) : \(\dfrac{1}{\sqrt{1} + 1} = \dfrac{1}{2}\).

Exemple — Forme \(0 \times \infty\) avec croissances comparees

Calculons \(\displaystyle \lim_{x \to +\infty} x^2 \, e^{-x}\).



On ecrit \(x^2 \, e^{-x} = \dfrac{x^2}{e^x}\). Par croissances comparees, l’exponentielle l’emporte sur toute puissance de \(x\), donc la limite est \(0\).

5. Asymptotes

Definition — Asymptote horizontale
La droite d’équation \(y = \ell\) est asymptote horizontale a la courbe de \(f\) en \(+\infty\) (resp. \(-\infty\)) si : \[ \lim_{x \to +\infty} f(x) = \ell \quad \left(\text{resp. } \lim_{x \to -\infty} f(x) = \ell\right) \]
Definition — Asymptote verticale
La droite d’équation \(x = a\) est asymptote verticale a la courbe de \(f\) si : \[ \lim_{x \to a^+} f(x) = \pm\infty \quad \text{ou} \quad \lim_{x \to a^-} f(x) = \pm\infty \]
Definition — Asymptote oblique
La droite d’équation \(y = mx + p\) est asymptote oblique a la courbe de \(f\) en \(+\infty\) si : \[ \lim_{x \to +\infty} \big[f(x) - (mx + p)\big] = 0 \]
Méthode — Trouver les asymptotes d’une fonction rationnelle
Soit \(f(x) = \dfrac{P(x)}{Q(x)}\) avec \(P\) et \(Q\) polynomes.
  1. Asymptotes verticales : chercher les valeurs de \(x\) qui annulent \(Q(x)\) mais pas \(P(x)\).
  2. Asymptotes horizontales : calculer \(\lim_{x \to \pm\infty} f(x)\).
  3. Asymptote oblique : si \(\deg P = \deg Q + 1\), effectuer la division euclidienne de \(P\) par \(Q\).
Exemple

Soit \(f(x) = \dfrac{2x^2 + 1}{x - 1}\).



Asymptote verticale : \(x = 1\) (annule le dénominateur mais pas le numérateur).

Asymptote oblique : Division euclidienne : \(2x^2 + 1 = (x-1)(2x + 2) + 3\).

Donc \(f(x) = 2x + 2 + \frac{3}{x-1}\). Comme \(\frac{3}{x-1} \to 0\) quand \(x \to \pm\infty\), la droite \(y = 2x + 2\) est asymptote oblique.

6. Continuite et théorème des valeurs intermediaires

Definition — Continuite en un point
Une fonction \(f\) est continue en \(a\) si :
  1. \(f(a)\) est défini ;
  2. \(\displaystyle \lim_{x \to a} f(x)\) existe ;
  3. \(\displaystyle \lim_{x \to a} f(x) = f(a)\).
Autrement dit, la courbe de \(f\) peut etre tracee « sans lever le crayon » au voisinage de \(a\).
Definition — Continuite sur un intervalle
Une fonction est continue sur un intervalle \(I\) si elle est continue en tout point de \(I\).
Propriete — Fonctions usuelles continues
Les fonctions suivantes sont continues sur leur ensemble de definition :
  • Les fonctions polynomes (sur \(\mathbb{R}\))
  • Les fonctions rationnelles (sur leur domaine)
  • Les fonctions \(\sqrt{x}\), \(|x|\), \(e^x\), \(\ln x\), \(\sin x\), \(\cos x\)
  • Toute somme, produit, quotient (hors annulation du dénominateur) et composée de fonctions continues
Justification

Ce résultat est admis (justification intuitive). La continuite des fonctions elementaires (polynomes, racine, exp, ln, sin, cos) se verifie sur leurs courbes : elles se tracent « sans lever le crayon ». La stabilite par somme, produit, quotient et composée se demontre a partir de la definition rigoureuse de la limite.

Théorème — Théorème des valeurs intermediaires (TVI)
Soit \(f\) une fonction continue sur un intervalle \([a ; b]\). Pour tout réel \(k\) compris entre \(f(a)\) et \(f(b)\), il existe au moins un réel \(c \in [a ; b]\) tel que \(f(c) = k\).
Justification

Ce résultat est admis (justification intuitive). Le TVI repose sur la propriété fondamentale des nombres réels (completude). Intuitivement, une courbe continue qui passe de la valeur \(f(a)\) a la valeur \(f(b)\) doit prendre toutes les valeurs intermediaires : on ne peut pas « sauter » par-dessus une valeur sans lever le crayon.

Remarque — Interpretation graphique
Le TVI signifie que la courbe d’une fonction continue qui passe de la valeur \(f(a)\) a la valeur \(f(b)\) doit necessairement prendre toutes les valeurs intermediaires. En particulier, si \(f(a)\) et \(f(b)\) sont de signes contraires, la courbe coupe l’axe des abscisses au moins une fois entre \(a\) et \(b\).
Corollaire — TVI pour les fonctions strictement monotones
Si \(f\) est continue et strictement monotone sur \([a ; b]\), alors pour tout \(k\) compris entre \(f(a)\) et \(f(b)\), l’équation \(f(x) = k\) admet une unique solution dans \([a ; b]\).
Justification

Existence : par le TVI (théorème precedent), puisque \(f\) est continue sur \([a;b]\) et \(k\) est compris entre \(f(a)\) et \(f(b)\), il existe au moins un \(c\) tel que \(f(c) = k\).

Unicite : supposons qu’il existe deux solutions \(c_1 < c_2\) avec \(f(c_1) = f(c_2) = k\). Si \(f\) est strictement croissante, alors \(c_1 < c_2\) implique \(f(c_1) < f(c_2)\), ce qui contredit \(f(c_1) = f(c_2)\). Meme raisonnement si \(f\) est strictement décroissante. Donc la solution est unique.

Méthode — Demontrer l’existence d’une solution par le TVI
  1. Verifier que \(f\) est continue sur \([a ; b]\).
  2. Calculer \(f(a)\) et \(f(b)\).
  3. Verifier que \(k\) est compris entre \(f(a)\) et \(f(b)\) (souvent \(k = 0\) et on verifie un changement de signe).
  4. Conclure par le TVI : il existe \(c \in [a ; b]\) tel que \(f(c) = k\).
  5. Si on veut l’unicite, montrer que \(f\) est strictement monotone sur \([a ; b]\).
Exemple

Montrons que l’équation \(e^x = 3x\) admet une solution dans \([1 ; 2]\).



Posons \(f(x) = e^x - 3x\). La fonction \(f\) est continue sur \([1 ; 2]\) (difference de fonctions continues).

\(f(1) = e - 3 \approx 2{,}718 - 3 = -0{,}282 < 0\).

\(f(2) = e^2 - 6 \approx 7{,}389 - 6 = 1{,}389 > 0\).

Comme \(f\) est continue sur \([1 ; 2]\) et que \(f(1) < 0 < f(2)\), par le TVI, il existe \(c \in ]1 ; 2[\) tel que \(f(c) = 0\), c’est-a-dire \(e^c = 3c\).

Méthode — Encadrement par dichotomie
Pour approcher la solution \(c\) de \(f(x) = 0\) :
  1. Partir de l’intervalle \([a ; b]\) ou \(f\) change de signe.
  2. Calculer \(f\left(\frac{a+b}{2}\right)\).
  3. Si le signe est celui de \(f(a)\), remplacer \(a\) par \(\frac{a+b}{2}\). Sinon, remplacer \(b\).
  4. Repeter : a chaque etape, l’intervalle est divise par 2. Apres \(n\) etapes, la precision est \(\frac{b-a}{2^n}\).
Exemple — Dichotomie

Reprenons \(f(x) = e^x - 3x\) sur \([1 ; 2]\). Milieu : \(1{,}5\). \(f(1{,}5) = e^{1,5} - 4{,}5 \approx 4{,}482 - 4{,}5 = -0{,}018 < 0\).

Donc \(c \in [1{,}5 ; 2]\). Milieu : \(1{,}75\). \(f(1{,}75) = e^{1,75} - 5{,}25 \approx 5{,}755 - 5{,}25 = 0{,}505 > 0\).

Donc \(c \in [1{,}5 ; 1{,}75]\). On continue ainsi pour obtenir une precision arbitraire.

Bilan — Formules essentielles

NotionRésultat cle
Limite finie en \(a\)\(\lim_{x \to a} f(x) = \ell\) : \(f(x)\) aussi proche de \(\ell\) que voulu
Limite infinie\(\lim_{x \to a} f(x) = \pm\infty\) : asymptote verticale \(x = a\)
Limite en l’infini\(\lim_{x \to +\infty} f(x) = \ell\) : asymptote horizontale \(y = \ell\)
Formes indeterminees\(+\infty - \infty\), \(0 \times \infty\), \(\frac{0}{0}\), \(\frac{\infty}{\infty}\)
Asymptote oblique\(y = mx + p\) si \(\lim [f(x) - mx - p] = 0\)
Continuite en \(a\)\(\lim_{x \to a} f(x) = f(a)\)
TVI\(f\) continue, \(f(a)\) et \(f(b)\) de signes contraires ⟹ \(\exists\, c,\ f(c)=0\)
TVI + monotonieContinue et strictement monotone ⟹ solution unique
Solution du problème d’ouverture — La vitesse instantanée

La vitesse moyenne entre \(t_0\) et \(t_0 + h\) est \(v_{\text{moy}} = \dfrac{d(t_0+h) - d(t_0)}{h}\).

Lorsque \(h \to 0\), ce rapport tend vers la dérivée \(d'(t_0)\), qui est la vitesse instantanée au temps \(t_0\).

Par exemple, si \(d(t) = 5t^2\) (acceleration uniforme), alors \(\dfrac{d(t_0+h)-d(t_0)}{h} = \dfrac{5(t_0+h)^2 - 5t_0^2}{h} = 10t_0 + 5h\).

La limite quand \(h \to 0\) est \(10t_0\). A \(t_0 = 3\) s, la vitesse instantanée est \(30\) m/s.

C’est le passage a la limite qui transforme une vitesse moyenne (approximative) en vitesse instantanée (exacte).

Solution de l’énigme — Une équation sans formule

Posons \(f(x) = x^5 + x - 1\). La fonction \(f\) est continue sur \([0 ; 1]\) (somme de fonctions continues).

\(f(0) = 0 + 0 - 1 = -1 < 0\) et \(f(1) = 1 + 1 - 1 = 1 > 0\).

Par le théorème des valeurs intermediaires, comme \(f\) est continue et change de signe sur \([0;1]\), il existe \(c \in ]0;1[\) tel que \(f(c) = 0\).

(On peut preciser : \(c \approx 0{,}7549\), mais le TVI suffit a prouver l’existence.)

Pieges et contre-exemples

Limites de fonctions : teste d’abord ton intuition.

Score : 0 / 6 pieges identifies
1 Forme indeterminee

« \(\dfrac{+\infty}{+\infty} = 1\). »

Cette affirmation est-elle correcte ?

Explication

Faux. \(\frac{\infty}{\infty}\) est une forme indeterminee : le résultat depend des fonctions. Par exemple \(\frac{n^2}{n} \to +\infty\) mais \(\frac{n}{n^2} \to 0\) et \(\frac{3n}{n} \to 3\).

Les 4 formes indeterminees : \(\frac{\infty}{\infty}\), \(\frac{0}{0}\), \(0 \times \infty\), \(\infty - \infty\). Il faut toujours lever l’indetermination.

Mini-test : \(\lim_{x \to +\infty} \frac{x^3}{x^2+1} = ?\)

2 Asymptote et intersection

« Une courbe ne peut jamais couper son asymptote horizontale. »

Cette affirmation est-elle correcte ?

Explication

Faux. La fonction \(f(x) = \frac{\sin x}{x}\) a pour asymptote \(y = 0\) en \(+\infty\), mais la courbe coupe l’axe des abscisses une infinite de fois (en \(x = k\pi\)).

L’asymptote decrit le comportement a l’infini, pas sur tout le domaine.

Mini-test : \(f(x) = 1 + \frac{\cos x}{x}\) a une asymptote \(y = 1\). La courbe la coupe-t-elle ?

3 Continuite et limite

« Si \(f\) est définie en \(a\), alors \(\lim_{x \to a} f(x) = f(a)\). »

Cette affirmation est-elle correcte ?

Explication

Faux. Etre définie en \(a\) ne garantit pas la continuite. La fonction définie par \(f(x) = 0\) si \(x \neq 0\) et \(f(0) = 1\) est définie en 0, mais \(\lim_{x \to 0} f(x) = 0 \neq f(0) = 1\).

C’est l’egalite \(\lim_{x \to a} f(x) = f(a)\) qui definit la continuite en \(a\).

Mini-test : la partie entiere \(E(x)\) est définie en 2 avec \(E(2) = 2\). Est-elle continue en 2 ?

4 Infini moins infini

« \(+\infty - \infty = 0\). »

Cette affirmation est-elle correcte ?

Explication

Faux. \(\infty - \infty\) est une forme indeterminee. Exemples : \(n - n = 0\), mais \(n^2 - n \to +\infty\), et \(n - n^2 \to -\infty\).

On ne peut pas « calculer » avec \(\infty\) comme un nombre. Toujours factoriser ou conjuguer.

Mini-test : \(\lim_{x \to +\infty} (\sqrt{x+1} - \sqrt{x}) = ?\)

5 TVI et unicite

« Si \(f\) est continue sur \([a;b]\) avec \(f(a) < 0\) et \(f(b) > 0\), alors l’équation \(f(x) = 0\) a une unique solution. »

Cette affirmation est-elle correcte ?

Explication

Faux. Le TVI garantit l'existence d’au moins une solution, pas l’unicite. Pour l’unicite, il faut en plus que \(f\) soit strictement monotone sur \([a;b]\).

TVI = existence. TVI + monotonie stricte = existence ET unicite.

Mini-test : \(f(x) = x^3 - 3x\) sur \([-2;2]\). \(f(-2) = -2 < 0\), \(f(2) = 2 > 0\). Combien de solutions a \(f(x) = 0\) ?

6 Comparaison des croissances

« \(\lim_{x \to +\infty} \dfrac{e^x}{x^n} = +\infty\) pour tout entier \(n\). »

Cette affirmation est-elle correcte ?

Explication

C’est vrai ! L’exponentielle l’emporte toujours sur toute puissance de \(x\) : on dit que l’exponentielle a une croissance comparee plus rapide que tout polynome.

Hierarchie : \(\ln \ll x^a \ll e^x\) quand \(x \to +\infty\).

Mini-test : \(\lim_{x \to +\infty} \frac{x^{100}}{e^x} = ?\)

➡️ Pour la suite
Ch. 3 — Compléments de dérivation — Tu enrichiras les règles de dérivation pour aborder de nouvelles fonctions.