Math@mine / Première / Ch11

Chapitre 11 — Variables aléatoires

📋 Prérequis & 🎯 Objectifs du chapitre déplier
📋 Prérequis
  • Ch. 10 — probabilités conditionnelles
  • Seconde — échantillonnage, moyenne et écart-type
🎯 Objectifs — à la fin du chapitre, je saurai…
  • Définir une variable aléatoire discrète et sa loi de probabilité
  • Calculer espérance \(E(X)\), variance \(V(X)\), écart-type \(\sigma(X)\)
  • Exploiter les propriétés de linéarité de l'espérance
  • Comprendre l'échantillonnage d'une loi discrète
Première spécialité — Chapitre 11

Variables aléatoires

Loi de probabilité, espérance, variance et écart-type

La loterie et l’espérance de gain

Un jeu de loterie coûte 2 € le ticket. On gagne 10 € avec probabilité \(\dfrac{1}{10}\), 50 € avec probabilité \(\dfrac{1}{100}\), et rien sinon. Un joueur achète 1 ticket.

En moyenne, combien gagne-t-il par ticket acheté ? Le jeu est-il « rentable » pour le joueur ? Comment calculer ce gain moyen ?

Ce « gain moyen » est ce qu’on appelle l'espérance de la variable aléatoire « gain ». C’est l’outil fondamental pour évaluer n’importe quel jeu de hasard, risque financier ou protocole médical.

→ Solution complète en fin de chapitre

Pascal, Fermat et l’origine des probabilités

En 1654, le chevalier de Méré pose un problème à Blaise Pascal (1623–1662) : comment partager les mises d’un jeu interrompu ? La correspondance qui s’ensuit entre Pascal et Pierre de Fermat donne naissance à la théorie des probabilités.

Christiaan Huygens publie en 1657 le premier traité sur le jeu de hasard, introduisant le concept d'espérance mathématique.

Jakob Bernoulli (1654–1705) étudie les expériences répétées à deux issues ; son ouvrage posthume Ars Conjectandi (1713) marque l’entrée des probabilités dans la rigueur mathématique. (Les lois de Bernoulli et binomiale sont étudiées en Terminale.)

📜 Lire l’article — Pascal et Fermat : l’invention des probabilités →

Le paradoxe de Saint-Pétersbourg

On lance une pièce équilibrée jusqu’au premier pile. Si pile apparaît au rang \(n\), on gagne \(2^n\) euros. La mise pour jouer est de \(M\) euros.

Calcule l’espérance du gain. Quelle valeur de mise \(M\) serait « juste » ? Ce résultat te semble-t-il raisonnable ?

→ Solution complète en fin de chapitre

Objectifs du chapitre

Sommaire

  1. 1Variable aléatoire et loi de probabilité
  2. 2Espérance d’une variable aléatoire
  3. 3Variance et écart-type
  4. 4Propriétés opératoires (transformation affine)
1

Variable aléatoire et loi de probabilité

Définition — Variable aléatoire discrète Une variable aléatoire (v.a.) \(X\) est une fonction qui associe à chaque issue d’une expérience aléatoire un réel.
On dit que \(X\) est discrète si elle prend un nombre fini (ou dénombrable) de valeurs \(x_1, x_2, \ldots, x_n\).
Définition — Loi de probabilité La loi de probabilité de \(X\) est le tableau qui donne, pour chaque valeur \(x_i\), la probabilité \(p_i = P(X = x_i)\).
On a nécessairement : \(\displaystyle\sum_{i=1}^n p_i = 1\) et \(p_i \geq 0\) pour tout \(i\).
Exemple — Lancer d’un dé truqué On lance un dé. \(X\) vaut 0 si on obtient un nombre pair, 1 sinon. Le dé est truqué : \(P(\text{pair}) = 0{,}6\).
\(x_i\)01
\(P(X = x_i)\)0,60,4
Vérification : \(0{,}6 + 0{,}4 = 1\). ✓
2

Espérance d’une variable aléatoire

Définition — Espérance L'espérance de \(X\), notée \(E(X)\), est la moyenne pondérée par les probabilités : $$E(X) = \sum_{i=1}^n x_i \times p_i = x_1 p_1 + x_2 p_2 + \cdots + x_n p_n$$ L’espérance représente la valeur moyenne de \(X\) sur un grand nombre d’expériences (loi des grands nombres).
Exemple — Calcul d'une espérance Pour le dé truqué (\(X=0\) avec \(P=0{,}6\), \(X=1\) avec \(P=0{,}4\)) : $$E(X) = 0 \times 0{,}6 + 1 \times 0{,}4 = 0{,}4.$$ En moyenne, sur un grand nombre de lancers, \(X\) vaut environ \(0{,}4\).

▸ L'effet d'une transformation \(aX+b\) sur l'espérance est étudié au §4 (propriétés opératoires).

3

Variance et écart-type

Définition — Variance et écart-type La variance de \(X\) mesure la dispersion autour de l’espérance : $$V(X) = E\!\left[(X - E(X))^2\right] = \sum_{i=1}^n (x_i - E(X))^2 \times p_i$$ Formule de König-Huygens (plus pratique pour le calcul) : $$\boxed{V(X) = E(X^2) - [E(X)]^2}$$ L'écart-type est \(\sigma(X) = \sqrt{V(X)}\). Il est exprimé dans la même unité que \(X\).
Interprétation Un grand écart-type signifie que les valeurs de \(X\) sont très dispersées autour de la moyenne ; un petit écart-type signifie qu’elles sont concentrées.
Exemple de calcul \(X\) prend les valeurs 1 (prob. 0,3), 2 (prob. 0,5), 4 (prob. 0,2).

\(E(X) = 1 \times 0{,}3 + 2 \times 0{,}5 + 4 \times 0{,}2 = 0{,}3 + 1 + 0{,}8 = 2{,}1\) \(E(X^2) = 1^2 \times 0{,}3 + 2^2 \times 0{,}5 + 4^2 \times 0{,}2 = 0{,}3 + 2 + 3{,}2 = 5{,}5\) \(V(X) = 5{,}5 - (2{,}1)^2 = 5{,}5 - 4{,}41 = 1{,}09\) \(\sigma(X) = \sqrt{1{,}09} \approx 1{,}044\)
✅ Vérifie que tu as compris
Variance et combinaisons linéairesCalculer V(X), sigma(X), utiliser V(aX+b) = a²V(X)
aléatoire · Tous les exercices du chapitre →
4

Propriétés opératoires — Transformation affine

Souvent on ne s'intéresse pas directement à \(X\), mais à une variable transformée \(Y = aX + b\) (changement d'unité, prime ajoutée, remise, mise à l'échelle…). Tu dois connaître l'effet d'une transformation affine \(aX + b\) (avec \(a\) et \(b\) réels) sur les trois indicateurs \(E\), \(V\) et \(\sigma\).

Propriété 1 — Espérance (linéarité) Pour tous réels \(a\), \(b\) et toutes variables aléatoires \(X\), \(Y\) : $$\boxed{E(aX + b) = a\,E(X) + b} \qquad\text{et}\qquad E(X + Y) = E(X) + E(Y)$$
Démonstration de \(E(aX + b) = a\,E(X) + b\)

Notons \(x_1,\dots,x_n\) les valeurs de \(X\) et \(p_1,\dots,p_n\) leurs probabilités. À chaque issue, \(Y = aX+b\) est déterminée par \(X\) : \(Y\) prend donc les valeurs \(ax_i+b\) avec les mêmes probabilités \(p_i\). Par définition de l'espérance :

$$E(aX+b) = \sum_{i=1}^n (a x_i + b)\, p_i .$$

On développe \((ax_i+b)p_i = a x_i p_i + b p_i\), puis on sépare la somme en deux et on factorise les constantes \(a\) et \(b\) :

$$E(aX+b) = \sum_{i=1}^n a x_i p_i + \sum_{i=1}^n b\, p_i = a\underbrace{\sum_{i=1}^n x_i p_i}_{=\,E(X)} + b\underbrace{\sum_{i=1}^n p_i}_{=\,1}.$$

Car \(\sum_i x_i p_i = E(X)\) (définition) et \(\sum_i p_i = 1\) (la somme de toutes les probabilités vaut 1). On conclut :

$$E(aX+b) = a\,E(X) + b. \qquad\square$$
Propriété 2 — Variance et écart-type Pour tous réels \(a\), \(b\) : $$\boxed{V(aX + b) = a^2\, V(X)} \qquad\text{et}\qquad \boxed{\sigma(aX + b) = |a|\,\sigma(X)}$$
Démonstration de \(V(aX+b) = a^2V(X)\) et \(\sigma(aX+b) = |a|\sigma(X)\)

Posons \(Y = aX + b\). D'après la propriété 1, \(E(Y) = aE(X) + b\). Calculons l'écart à la moyenne :

$$Y - E(Y) = (aX + b) - \big(aE(X) + b\big) = a\big(X - E(X)\big).$$

Le terme \(+b\) disparaît : c'est la raison pour laquelle une translation n'a aucun effet sur la dispersion. On élève au carré :

$$\big(Y - E(Y)\big)^2 = a^2\,\big(X - E(X)\big)^2 .$$

La variance est l'espérance de cette quantité. Comme \(a^2\) est une constante, on l'extrait par linéarité de l'espérance :

$$V(Y) = E\!\left[\big(Y - E(Y)\big)^2\right] = E\!\left[a^2\big(X - E(X)\big)^2\right] = a^2\, E\!\left[\big(X - E(X)\big)^2\right] = a^2\,V(X).$$

Enfin l'écart-type est la racine carrée de la variance :

$$\sigma(aX+b) = \sqrt{V(aX+b)} = \sqrt{a^2\,V(X)} = \sqrt{a^2}\,\sqrt{V(X)} = |a|\,\sigma(X).$$

On écrit \(\sqrt{a^2} = |a|\) (et non \(a\)) car un écart-type est toujours positif ou nul. \(\square\)

Réflexe de calcul Pour \(Y = aX + b\) : l'espérance suit tout (\(E(Y) = aE(X)+b\)) ; pour la dispersion, seul \(a\) compte (\(V(Y) = a^2V(X)\), \(\sigma(Y) = |a|\sigma(X)\)) — la constante \(b\) n'a aucun effet sur \(V\) et \(\sigma\).
Exemple 1 — Gain à un jeu On reprend la v.a. \(X\) de l'exemple du dé truqué : \(X=0\) avec \(P=0{,}6\), \(X=1\) avec \(P=0{,}4\), donc \(E(X) = 0\times0{,}6 + 1\times0{,}4 = 0{,}4\).
Un joueur gagne 3 € si \(X=1\) et perd 2 € si \(X=0\) : son gain est \(G = 3X - 2(1-X) = 5X - 2\) (forme affine \(a=5\), \(b=-2\)). $$E(G) = E(5X - 2) = 5\,E(X) - 2 = 5\times 0{,}4 - 2 = 0.$$ En moyenne le joueur ne gagne ni ne perd : le jeu est équitable.
Exemple 2 — Conversion d'unités (°C → °F) Soit \(X\) une température en degrés Celsius, avec \(E(X) = 20\) et \(\sigma(X) = 3\). On convertit en Fahrenheit : \(Y = \tfrac{9}{5}X + 32\) (\(a=\tfrac{9}{5}\), \(b=32\)).
Exemple 3 — Remise en magasin Le prix affiché \(X\) d'un article a pour espérance \(E(X) = 50\) € et écart-type \(\sigma(X) = 12\) €. Avec une remise de 20 %, le prix payé est \(Y = 0{,}8\,X\) (\(a=0{,}8\), \(b=0\)). $$E(Y) = 0{,}8\times 50 = 40\ \text{€}, \qquad \sigma(Y) = 0{,}8\times 12 = 9{,}6\ \text{€}.$$ La remise réduit aussi la dispersion des prix (facteur \(0{,}8\)).
Exemple 4 — Prime fixe Le salaire mensuel \(X\) (en €) d'un groupe d'employés a pour écart-type \(\sigma(X) = 200\). On ajoute à chacun une prime fixe de 100 € : \(Y = X + 100\) (\(a=1\), \(b=100\)). $$E(Y) = E(X) + 100, \qquad \sigma(Y) = \sigma(X) = 200.$$ L'espérance augmente de 100 €, mais la dispersion ne change pas : tout le monde reçoit la même prime, les écarts entre salaires sont identiques.
✅ Vérifie que tu as compris
Transformation affine et combinaisons linéairesUtiliser E(aX+b)=aE(X)+b, V(aX+b)=a²V(X), σ(aX+b)=|a|σ(X)
aléatoire · Tous les exercices du chapitre →
À retenir — L’essentiel du chapitre

À voir aussi

Solution du problème d’ouverture — La loterie et l’espérance de gain

On définit la variable aléatoire \(X\) = « gain net du joueur » (gain moins le prix du ticket).

Loi de probabilité de \(X\) :

\(x_i\)\(10 - 2 = 8\) €\(50 - 2 = 48\) €\(0 - 2 = -2\) €
\(P(X = x_i)\)\(\dfrac{1}{10}\)\(\dfrac{1}{100}\)\(1 - \dfrac{1}{10} - \dfrac{1}{100} = \dfrac{89}{100}\)

Espérance :

$$E(X) = 8 \times \frac{1}{10} + 48 \times \frac{1}{100} + (-2) \times \frac{89}{100}$$

$$E(X) = \frac{80}{100} + \frac{48}{100} - \frac{178}{100} = \frac{80 + 48 - 178}{100} = \frac{-50}{100} = \mathbf{-0{,}50} \text{ €}$$

Conclusion : en moyenne, le joueur perd 0,50 € par ticket. Le jeu n’est pas rentable pour le joueur. Sur 100 tickets achetés (200 € dépensés), il peut espérer récupérer environ 150 €, soit une perte moyenne de 50 €.

C’est le principe de toute loterie : l’espérance est négative pour le joueur (et positive pour l’organisateur).

Solution de l’énigme — Le paradoxe de Saint-Pétersbourg

P(pile au rang \(n\)) = \(\left(\dfrac{1}{2}\right)^n\). Espérance = \(\displaystyle\sum_{n=1}^{+\infty} 2^n \times \frac{1}{2^n} = \sum_{n=1}^{+\infty} 1 = +\infty\).

L’espérance est infinie ! Pourtant, aucun joueur raisonnable ne paierait plus de quelques euros pour jouer. Ce paradoxe (Bernoulli, 1738) a conduit à la notion d'utilité en économie : le gain marginal d’un euro dépend de la richesse de la personne.

🎓 Fin du programme de Première spécialité !
Tu es prêt(e) pour la Terminale Spé : approfondissement des suites, dérivation, intégration, lois continues, et géométrie dans l'espace.