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Chapitre 7 — Graphes et chaînes de Markov

📋 Prérequis & 🎯 Objectifs du chapitre déplier
📋 Prérequis
  • Ch. 6 — opérations matricielles, puissances
  • Tle Spé — probabilités conditionnelles
🎯 Objectifs — à la fin du chapitre, je saurai…
  • Modéliser un graphe par sa matrice d’adjacence
  • Compter les chemins de longueur \(k\) via les puissances \(M^k\)
  • Modéliser une chaîne de Markov par sa matrice de transition
  • Calculer l’état au temps \(n\) et déterminer une loi stationnaire

Maths Expertes · Math@mine

Sommaire
7.1.  Graphes orientés et matrices associées 7.2.  Probabilités de transition 7.3.  Chaînes de Markov 7.4.  Distribution stationnaire 7.5.  Applications 7.6.  Activités Python 📋 Bilan — Formules essentielles ⚠️ Pièges et contre-exemples

Prévoir la météo avec une chaîne de Markov

Les météorologues modélisent le temps par une chaîne de Markov : si aujourd’hui est beau, demain est beau avec probabilité 0,8 et pluvieux avec 0,2 ; si pluvieux, demain est beau avec 0,4 et pluvieux avec 0,6.

Écrire la matrice de transition. Si aujourd’hui est beau, quelle est la probabilité qu’il fasse beau dans une semaine ? Que se passe-t-il à très long terme ?

D’Euler aux chaînes de Markov

Euler (1736) résout le problème des ponts de Königsberg — peut-on traverser les sept ponts de la ville en ne passant qu’une fois sur chacun ? — en inventant la théorie des graphes. Al-Kindi (IXe siècle) utilise implicitement des graphes de connexions dans son analyse fréquentielle de textes chiffrés.

Andreï Markov (début XXe siècle) développe ses chaînes pour modéliser l’alternance consonnes-voyelles dans la langue russe — un problème linguistique qui débouche sur une théorie probabiliste fondamentale, aujourd’hui au cœur des moteurs de recherche et de l’intelligence artificielle.

📜 Lire l’article — Euler et les sept ponts de Königsberg →

Puissances d’une matrice de transition

Reprenons la météo de l’introduction. On note \(T = \begin{pmatrix}0{,}8 & 0{,}2 \\ 0{,}4 & 0{,}6\end{pmatrix}\) la matrice de transition (ligne 1 = beau, ligne 2 = pluie).

Calculer \(T^2\) (produit \(T \times T\), vu au chapitre 6). Que représente le coefficient en position (1,1) de \(T^2\) ? Calculer \(T^3\), \(T^5\), \(T^{10}\) (à la calculatrice ou en Python). Que remarque-t-on quand la puissance augmente ?

→ Solution complète en fin de chapitre

7.1.  Graphes orientés et matrices associées

Définition — Graphe orienté

Un graphe orienté \(G = (S, A)\) est un ensemble de sommets \(S\) reliés par des arcs orientés \(A \subseteq S \times S\).

On note \(s_i \to s_j\) s’il existe un arc du sommet \(s_i\) vers le sommet \(s_j\).

Exemple — Graphe à 3 sommets
1 2 3 4

Arcs : \(1\to2\), \(1\to3\), \(2\to3\), \(2\to4\), \(3\to4\), \(4\to4\) (boucle).

Définition — Matrice d’adjacence

La matrice d’adjacence d’un graphe à \(n\) sommets est la matrice \(M = (m_{ij})_{1\le i,j\le n}\) où :

\(m_{ij} = \begin{cases}1 & \text{si } s_i \to s_j \\ 0 & \text{sinon}\end{cases}\)

Exemple

Pour le graphe ci-dessus (sommets 1, 2, 3, 4) :

\(M = \begin{pmatrix}0&1&1&0\\0&0&1&1\\0&0&0&1\\0&0&0&1\end{pmatrix}\)

Ligne \(i\) = arcs partant de \(s_i\). Colonne \(j\) = arcs arrivant en \(s_j\).

Propriété — Chemins de longueur k

Le coefficient \((M^k)_{ij}\) compte le nombre de chemins de longueur \(k\) allant de \(s_i\) vers \(s_j\).

Démonstration (par récurrence sur \(k\))

Initialisation (\(k = 1\)). \(M_{ij}\) vaut 1 s’il existe un arc \(s_i \to s_j\), 0 sinon. Or un chemin de longueur 1 de \(s_i\) à \(s_j\) est exactement un arc \(s_i \to s_j\). Donc \(M_{ij}\) compte bien les chemins de longueur 1.

Hérédité. Supposons que \((M^k)_{ij}\) compte les chemins de longueur \(k\) de \(s_i\) à \(s_j\). Par définition du produit matriciel :

\((M^{k+1})_{ij} = (M^k \cdot M)_{ij} = \sum_{\ell=1}^{n} (M^k)_{i\ell} \cdot M_{\ell j}.\)

Interprétation : un chemin de longueur \(k+1\) de \(s_i\) à \(s_j\) se décompose de façon unique en un chemin de longueur \(k\) de \(s_i\) à un sommet intermédiaire \(s_\ell\) suivi d' un arc \(s_\ell \to s_j\).

Pour chaque \(\ell\), le nombre de tels chemins est \((M^k)_{i\ell} \times M_{\ell j}\) (par hypothèse de récurrence et initialisation). En sommant sur \(\ell\), on obtient exactement \((M^{k+1})_{ij}\). ∎

Exemple

Avec la matrice ci-dessus, \((M^2)_{14}\) compte les chemins de longueur 2 de 1 vers 4 : il y en a 2 (\(1\to2\to4\) et \(1\to3\to4\)).

7.2.  Probabilités de transition

Définition — Graphe probabiliste

Un graphe probabiliste est un graphe orienté où chaque arc \(s_i \to s_j\) porte un poids \(p_{ij} \in [0,1]\) tel que pour chaque sommet \(s_i\) :

\(\sum_{j=1}^n p_{ij} = 1\)

On dit que \(p_{ij}\) est la probabilité de transition de \(s_i\) vers \(s_j\).

Exemple — Météo simplifiée
☀️ Soleil 🌧️ Pluie 0,7 0,3 0,4 0,6

Matrice de transition : \(T = \begin{pmatrix}0{,}7 & 0{,}3 \\ 0{,}4 & 0{,}6\end{pmatrix}\) où la ligne \(i\) représente les probabilités depuis l’état \(i\).

Vérification : chaque ligne somme à 1 : \(0{,}7 + 0{,}3 = 1\), \(0{,}4 + 0{,}6 = 1\). ✓

Définition — Matrice stochastique

Une matrice \(T\) à coefficients dans \([0,1]\) est dite stochastique (ou matrice de transition) si la somme de chaque ligne vaut 1.

7.3.  Chaînes de Markov

Définition — Chaîne de Markov

Une suite de variables aléatoires \((X_n)_{n\ge 0}\) à valeurs dans \(\{s_1,\ldots,s_k\}\) est une chaîne de Markov de matrice de transition \(T\) si, pour tout \(n\) et tous états \(i, j\) :

\(\mathbb{P}(X_{n+1}=s_j \mid X_n = s_i) = p_{ij}\)

La probabilité du prochain état ne dépend que de l’état actuel, pas du passé : c’est la propriété de Markov (absence de mémoire).

Définition — Vecteur de distribution

À l’instant \(n\), la distribution de probabilité est le vecteur ligne :

\(\pi_n = \bigl(\mathbb{P}(X_n=s_1),\ \ldots,\ \mathbb{P}(X_n=s_k)\bigr)\)

où chaque coordonnée est la probabilité d’être dans l’état correspondant à l’instant \(n\).

Théorème — Évolution de la distribution

Si \(\pi_0\) est la distribution initiale et \(T\) la matrice de transition, alors :

\(\pi_n = \pi_0 \cdot T^n\)

La distribution à l’instant \(n\) est obtenue en multipliant la distribution initiale par la \(n\)-ième puissance de \(T\).

Démonstration (par récurrence)

Initialisation : Pour \(n=0\), \(\pi_0 = \pi_0 \cdot T^0 = \pi_0 \cdot I = \pi_0\). ✓

Hérédité : Si \(\pi_n = \pi_0 T^n\), alors :

\(\mathbb{P}(X_{n+1}=s_j) = \sum_i \mathbb{P}(X_{n+1}=s_j \mid X_n=s_i)\,\mathbb{P}(X_n=s_i) = \sum_i \pi_n(i)\, p_{ij}\)

En notation matricielle : \(\pi_{n+1} = \pi_n \cdot T = \pi_0 T^n \cdot T = \pi_0 T^{n+1}\). ✓

Exemple — Météo à l’étape 2

Si aujourd’hui il fait soleil, \(\pi_0 = (1, 0)\). Calculer la distribution à \(n=2\).



\(\pi_2 = \pi_0 \cdot T^2 = (1,0)\begin{pmatrix}0{,}7&0{,}3\\0{,}4&0{,}6\end{pmatrix}^2\)

\(T^2 = \begin{pmatrix}0{,}49+0{,}12 & 0{,}21+0{,}18 \\ 0{,}28+0{,}24 & 0{,}12+0{,}36\end{pmatrix} = \begin{pmatrix}0{,}61 & 0{,}39 \\ 0{,}52 & 0{,}48\end{pmatrix}\)

\(\pi_2 = (0{,}61,\ 0{,}39)\) : après 2 jours, il y a 61 % de chance de soleil.

7.4.  Distribution stationnaire

Définition — Distribution stationnaire

Un vecteur ligne \(\pi = (\pi_1, \ldots, \pi_k)\) est une distribution stationnaire de la chaîne de Markov si :

  • \(\pi \cdot T = \pi\) (stabilité par la matrice de transition)
  • \(\pi_i \ge 0\) pour tout \(i\), et \(\sum_i \pi_i = 1\)
Remarque — Lien avec les valeurs propres

La condition \(\pi T = \pi\) signifie que \(\pi\) est un vecteur propre à gauche de \(T\) pour la valeur propre 1. Toute matrice stochastique a 1 comme valeur propre.

Les notions de valeur propre et de vecteur propre sont définies au chapitre 6, section 6.6 (Hors programme — Valeurs propres et diagonalisation). Elles ne sont pas exigibles au programme, mais eclairent le phénomène de stationnarité.

Méthode — Calcul de la distribution stationnaire

Pour trouver \(\pi = (\pi_1, \pi_2)\) pour une chaîne à 2 états :

  1. Écrire le système \(\pi T = \pi\), soit \(\pi(T - I) = 0\).
  2. Ajouter la condition \(\pi_1 + \pi_2 = 1\).
  3. Résoudre le système (une équation est redondante).
Exemple — Distribution stationnaire de la météo

On cherche \((\pi_S, \pi_P)\) avec \(\pi_S + \pi_P = 1\) et \((\pi_S, \pi_P)\begin{pmatrix}0{,}7&0{,}3\\0{,}4&0{,}6\end{pmatrix} = (\pi_S, \pi_P)\).



Première équation : \(0{,}7\pi_S + 0{,}4\pi_P = \pi_S\), soit \(-0{,}3\pi_S + 0{,}4\pi_P = 0\), soit \(\pi_P = \frac{3}{4}\pi_S\).

Avec \(\pi_S + \pi_P = 1\) : \(\pi_S + \frac{3}{4}\pi_S = 1\), donc \(\frac{7}{4}\pi_S = 1\), donc \(\pi_S = \frac{4}{7}\) et \(\pi_P = \frac{3}{7}\).

Distribution stationnaire : \(\pi = \left(\dfrac{4}{7},\ \dfrac{3}{7}\right) \approx (0{,}571,\ 0{,}429)\).

À long terme, il y a soleil environ 57 % du temps, quelle que soit la météo de départ.

Vocabulaire — Chaîne irréductible et apériodique
  • Une chaîne est irréductible si, pour tout couple d’états \((i, j)\), on peut passer de \(i\) à \(j\) en un nombre fini d’étapes (avec probabilité non nulle). Autrement dit, le graphe orienté associé est fortement connexe.
  • Une chaîne est apériodique lorsque, pour tout état \(i\), le PGCD des entiers \(n \geqslant 1\) tels que \((T^n)_{ii} > 0\) vaut 1. Informellement : aucun cycle obligatoire ne force la chaîne à revenir uniquement après des pas multiples d’un même entier.
Théorème de convergence (admis)

Si une chaîne de Markov est irréductible et apériodique, alors :

  1. Il existe une unique distribution stationnaire \(\pi\).
  2. Pour toute distribution initiale \(\pi_0\) : \(\pi_0 T^n \xrightarrow[n\to\infty]{} \pi\).
Démonstration — admis au programme

Résultat admis. Ce théorème (appelé théorème de Perron-Frobenius ou théorème ergodique) est admis en Maths Expertes. Sa démonstration rigoureuse fait appel à la théorie spectrale des matrices positives et dépasse le cadre du lycée.

Les idées ci-dessous utilisent des notions (valeur propre, vecteur propre, diagonalisation, espace propre) définies au chapitre 6, section 6.6 (Hors programme). Elles ne sont pas exigibles, mais donnent l’intuition de la convergence.

Idée (cas à 2 états, par diagonalisation). On peut vérifier la convergence dans le cas simple d’une matrice \(T = \begin{pmatrix}1-a & a\\ b & 1-b\end{pmatrix}\) avec \(0 < a, b < 1\). Les valeurs propres de \(T\) sont \(1\) et \(1-a-b\), et \(|1-a-b| < 1\). Par diagonalisation (ch6 §6.6), \(T^n\) se décompose en une partie constante (associée à la valeur propre \(1\), qui donne \(\pi\)) et une partie qui décroît géométriquement comme \((1-a-b)^n \to 0\). D’où \(\pi_0 T^n \to \pi\).

Idée générale. Pour une matrice stochastique irréductible et apériodique, on montre que \(1\) est valeur propre simple et dominante (toutes les autres valeurs propres \(\lambda\) vérifient \(|\lambda| < 1\)). L’espace propre associé à \(1\) fournit l’unique distribution stationnaire, et \(T^n\) converge vers le projecteur sur cet espace. ∎

✅ Vérifie que tu as compris
Exercices graphesParcours, connexité
aléatoire · Tous les exercices du chapitre →

7.5.  Applications

PageRank (Google)

Exemple — Réseau de pages web

On modélise le web comme un graphe orienté : les sommets sont des pages, les arcs sont des hyperliens. Un internaute qui navigue aléatoirement en suivant les liens suit une chaîne de Markov.

La distribution stationnaire \(\pi\) donne le PageRank de chaque page : \(\pi_i\) est la probabilité qu’un internaute se trouve sur la page \(i\) après une longue navigation aléatoire.

Google utilise une variante pondérée : l’internaute a une probabilité \(\alpha = 0{,}85\) de suivre un lien, et \(1-\alpha = 0{,}15\) de téléporter vers une page aléatoire.

Modèle de partage de marché

Exemple — Fidélité client

Chaque mois, un client utilise l’application A ou B. La matrice de transition est :

\(T = \begin{pmatrix}0{,}8 & 0{,}2 \\ 0{,}3 & 0{,}7\end{pmatrix}\) (ligne = état actuel, colonne = état suivant)

Distribution stationnaire : en résolvant \(\pi T = \pi\), on trouve \(\pi = (0{,}6,\ 0{,}4)\). À long terme, A capte 60 % du marché.

7.6.  Activités Python avec NumPy

Activité 1 — Matrice d’adjacence et chemins

On considère un graphe orienté à 4 sommets \(S_1, S_2, S_3, S_4\). Programmer les fonctions mat_mul et mat_add pour les matrices (listes de listes), puis :

  1. Saisir la matrice d’adjacence \(M\) du graphe
  2. Calculer \(M^2\) et interpréter : le coefficient \((i,j)\) de \(M^2\) donne le nombre de chemins de longueur 2 de \(S_i\) vers \(S_j\)
  3. Calculer la matrice de connexité \(C = M + M^2 + M^3\) et vérifier quels sommets sont accessibles

Rappel : le coefficient \((i,j)\) de \(M^k\) compte le nombre de chemins de longueur \(k\) de \(S_i\) vers \(S_j\). Si \(C_{ij} > 0\), il existe un chemin de \(S_i\) vers \(S_j\).

Voir la solution
Activité 2 — Simulation d’une chaîne de Markov

On modélise la météo par une chaîne de Markov à deux états (Soleil, Pluie) avec la matrice de transition \(T = \begin{pmatrix} 0{,}7 & 0{,}3 \\ 0{,}4 & 0{,}6 \end{pmatrix}\). Écrire :

  1. vec_mat(v, T) : calcule le produit \(\pi \cdot T\) d’un vecteur ligne par une matrice
  2. Partir de la distribution \(\pi_0 = (1, 0)\) (soleil certain) et calculer \(\pi_n = \pi_0 \cdot T^n\) pour \(n = 1, \ldots, 10\)
  3. Comparer avec la distribution stationnaire théorique \(\pi^* = (4/7, 3/7)\)

Rappel : \(\pi_{n+1} = \pi_n \cdot T\). La distribution stationnaire \(\pi^*\) vérifie \(\pi^* T = \pi^*\).

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Activité 3 — Calcul de la distribution stationnaire

Écrire une fonction distribution_stationnaire(T, iterations=1000) qui calcule la distribution stationnaire d’une chaîne de Markov par itération de puissance :

  1. Partir d’une distribution uniforme \(\pi_0 = (1/n, \ldots, 1/n)\)
  2. Itérer \(\pi_{k+1} = \pi_k \cdot T\) un grand nombre de fois (1000 par défaut)
  3. Vérifier que le résultat satisfait \(\pi^* \cdot T = \pi^*\)

Tester sur trois exemples : la météo \(2 \times 2\), un partage de marché \(2 \times 2\), et une chaîne à 3 états.

Rappel : la distribution stationnaire est l’unique vecteur \(\pi^*\) tel que \(\pi^* T = \pi^*\) et \(\sum \pi^*_i = 1\). L’itération converge pour toute matrice de transition irréductible et apériodique.

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Activité 4 — Simulation Monte Carlo d’une chaîne de Markov

Simuler une chaîne de Markov (météo) sur 10 000 jours par la méthode de Monte Carlo :

  1. Écrire une fonction transition(etat, T) qui tire au hasard l’état suivant selon la ligne \(T[\text{etat}]\) de la matrice de transition
  2. Partir de l’état « Soleil » et simuler 10 000 pas
  3. Compter la fréquence de chaque état et comparer avec la distribution stationnaire théorique \((4/7, 3/7)\)

Rappel Python : random.random() renvoie un flottant dans \([0, 1[\). Pour tirer selon une loi discrète, on utilise les sommes cumulées des probabilités. random.seed(42) fixe la graine pour la reproductibilité.

Voir la solution
Activité 5 — PageRank simplifié

Implémenter une version simplifiée de l’algorithme PageRank de Google sur un réseau de 4 pages web :

  1. Construire la matrice de transition \(T\) : chaque page pointe vers d’autres pages avec probabilités égales parmi ses liens sortants
  2. Construire la matrice PageRank avec téléportation : \(T_{PR} = \alpha T + \dfrac{1-\alpha}{n} J\) avec \(\alpha = 0{,}85\)
  3. Calculer la distribution stationnaire de \(T_{PR}\) par itération pour obtenir le score d’importance de chaque page

Rappel : le facteur d’amortissement \(\alpha\) modélise la probabilité qu’un internaute suive un lien (plutôt que de choisir une page au hasard). \(J\) est la matrice dont tous les coefficients valent 1.

Voir la solution

Visualisation pas a pas : convergence de Markov

Observe comment le vecteur de distribution converge vers la distribution stationnaire en multipliant par la matrice de transition.

Bilan — Formules essentielles

NotionDéfinition / FormulePiège à éviter
GrapheEnsemble de sommets reliés par des arêtes (non orienté) ou des arcs (orienté)Ne pas confondre arête et arc
Matrice d’adjacence \(M\)\(m_{ij} = 1\) si arête (ou arc) de \(i\) à \(j\), 0 sinonSymétrique seulement si le graphe est non orienté
Chaîne de longueur \(k\)Le coefficient \((i,j)\) de \(M^k\) donne le nombre de chemins de longueur \(k\) de \(i\) à \(j\)Bien vérifier la convention ligne/colonne
Matrice de transition \(T\)\(t_{ij} = P(j \to i)\), chaque colonne a une somme égale à 1Attention au sens lignes/colonnes selon la convention choisie
État stable \(\pi\)\(T\pi = \pi\) et \(\displaystyle\sum_i \pi_i = 1\)Ne pas oublier la condition de normalisation \(\sum \pi_i = 1\)
Solution de l’énigme — Puissances d’une matrice de transition

\(T^2 = \begin{pmatrix}0{,}72 & 0{,}28 \\ 0{,}56 & 0{,}44\end{pmatrix}\). Le coefficient (1,1) = 0,72 est la probabilité qu’il fasse beau dans 2 jours sachant qu’il fait beau aujourd’hui.

En calculant les puissances successives, on observe que \(T^n\) converge vers \(\begin{pmatrix}2/3 & 1/3 \\ 2/3 & 1/3\end{pmatrix}\). Toutes les lignes deviennent identiques ! À long terme, il fait beau \(2/3\) du temps, quelle que soit la météo initiale. C’est la distribution stationnaire — notion que nous étudierons dans ce chapitre.

Pièges et contre-exemples

Graphes et Markov : teste d’abord ton intuition.

Score : 0 / 6 pièges identifiés
1 Somme des lignes d’une matrice d’adjacence

« Dans une matrice d’adjacence, la somme de chaque ligne vaut toujours 1. »

Cette affirmation est-elle correcte ?

Explication

C’est vrai pour une matrice stochastique (matrice de transition), pas pour une matrice d’adjacence. Dans une matrice d’adjacence, les coefficients sont 0 ou 1, et la somme d’une ligne donne le nombre de successeurs du sommet.

Matrice d’adjacence : coefficients 0/1, somme = degré sortant. Matrice stochastique : coefficients entre 0 et 1, somme = 1.

Mini-test : un sommet a 3 arcs sortants. La somme de sa ligne dans la matrice d’adjacence est :

Voir section 1

2 \(\pi \cdot T = \pi\) vs \(T \cdot \pi = \pi\)

« Pour trouver la distribution stationnaire, on résout \(T \cdot \pi = \pi\) (matrice × vecteur colonne). »

Cette formulation est-elle correcte ?

Explication

Ça dépend de la convention ! Si \(T\) est construite avec les probabilités en ligne (convention du cours), alors \(\pi\) est un vecteur ligne et on écrit \(\pi \cdot T = \pi\). Si on utilise la convention « en colonne » (certains manuels), c’est \(T \cdot \pi = \pi\).

Mélanger les deux conventions donne un résultat faux.

Toujours vérifier : les probabilités sont-elles en ligne ou en colonne dans votre matrice de transition ?

Mini-test : dans notre convention (probas en ligne), \(\pi\) est :

Voir section 4

3 Toute chaîne converge

« Toute chaîne de Markov converge vers une distribution stationnaire. »

Cette affirmation est-elle vraie ?

Explication

Non ! Il faut que la chaîne soit irréductible (on peut passer de tout état à tout état) et apériodique (les retours à un état ne se font pas à intervalles réguliers fixes).

Contre-exemple : \(T = \begin{pmatrix}0&1\\1&0\end{pmatrix}\). On alterne entre les deux états sans jamais converger : \(T^{2k} = I\) et \(T^{2k+1} = T\).

Irréductible + apériodique = convergence garantie. Sans ces conditions, pas de convergence.

Mini-test : la chaîne \(T = \begin{pmatrix}0&1\\1&0\end{pmatrix}\) est :

Voir section 4

4 Chemins de longueur \(k\) et matrice d’adjacence

« Le coefficient \((i,j)\) de \(M^k\) donne le nombre de chemins de longueur \(k\) de \(j\) vers \(i\). »

L’ordre est-il correct ?

Explication

C’est dans l’autre sens : le coefficient \((i,j)\) de \(M^k\) donne le nombre de chemins de longueur \(k\) de \(i\) vers \(j\) (ligne = départ, colonne = arrivée).

Ligne = d’où on part, Colonne = où on arrive. Comme pour la matrice de transition.

Mini-test : \((M^3)_{2,4} = 5\). Il y a 5 chemins de longueur 3 :

Voir section 1

5 La distribution stationnaire dépend de l’état initial

« La distribution stationnaire change selon l’état de départ. »

Cette affirmation est-elle vraie ?

Explication

Pour une chaîne irréductible et apériodique, la distribution stationnaire est unique et indépendante de l’état initial. C’est ce qu’on observe avec la météo : qu’il fasse beau ou qu’il pleuve aujourd’hui, à long terme la proportion est toujours 2/3 beau, 1/3 pluie.

La distribution stationnaire est une propriété de la matrice \(T\), pas de l’état initial.

Mini-test : on démarre par temps pluvieux au lieu de beau. À long terme :

Voir section 4

6 Somme des lignes d’une matrice stochastique

« Dans une matrice de transition (stochastique), la somme des coefficients de chaque ligne vaut 1. »

Cette propriété est-elle vraie ?

Explication

C’est vrai ! Chaque ligne d’une matrice stochastique contient les probabilités de transition depuis un état donné vers tous les états possibles. Comme ce sont des probabilités qui couvrent tous les cas, leur somme vaut nécessairement 1.

Ne pas confondre avec la matrice d’adjacence (piège 1) où la somme donne le nombre de successeurs.

Matrice stochastique ⟺ coefficients ≥ 0 et somme de chaque ligne = 1.

Mini-test : \(T = \begin{pmatrix}0{,}8 & 0{,}2 \\ 0{,}4 & 0{,}6\end{pmatrix}\). Est-elle stochastique ?

Voir section 2

➡️ Pour la suite
Ch. 8 — Divisibilité et congruences — Dernière partie du programme : l’arithmétique. Tu vas maîtriser divisibilité et congruences, base pour Bézout, Gauss et RSA.